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 Anatoli&Adonis || « Les mauvais souvenirs vous poursuivent sans que l'on ait besoin de les emporter avec soi. »

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MessageSujet: Anatoli&Adonis || « Les mauvais souvenirs vous poursuivent sans que l'on ait besoin de les emporter avec soi. »   Lun 22 Aoû - 11:56



« Les mauvais souvenirs vous poursuivent sans que l'on ait besoin de les emporter avec soi. »
Anatoli & Adonis
Georgia lui avait demandé si c’était pour une femme, qu’il se préparait avec autant d’attention. Adonis se tenait devant le miroir en pied de leur petite chambre, enfilant une longue cape noire au-dessus de sa tenue à la pointe de la mode.  Ses cheveux tombaient sur ses épaules, ondulant légèrement ; il souriait à son reflet, sous sa barbe de quelques jours. Georgia n’avait rien à craindre, évidemment, mais il laissait tout de même son imagination s’égarer. La Georgia qui lui gueulait dessus sans raison était la plus belle de toutes les Georgia. Et puis, il ne pouvait pas lui dire qui il s’apprêtait à rejoindre, il l’avait promis ; alors, il valait toujours mieux ne pas répondre à sa question que de lui mentir, non ? De toute façon, Georgia semblait être rassurée par le fait qu’Adonis amenât avec lui un sac rempli de livres qu’elle avait qualifié de barbants – quoi qu’Adonis les ait trouvés absolument passionnants. Il avait étendu d’un coup de baguette un sac en bandoulière en cuir dans lequel il avait finalement réussi à faire tenir une petite dizaine d’ouvrages pour la plupart issus d’une section de la bibliothèque réservée aux professionnels de la santé magique, dont l’accès lui avait été garanti par un médicomage bienveillant.
Se retournant finalement vers sa bien-aimée, il se pencha vers elle pour l’embrasser une dernière fois avant de lui adresser un coup d’œil taquin, toujours aussi mutique. Quelques secondes plus tard, il avait transplané et atterrissait avec aisance dans une rue de Pré-Au-Lard. L’air frais de l’Ecosse lui brûla presque immédiatement les joues, il regretta alors de ne pas avoir transplané avec plus de précisions dans le village sorcier ; il dû marcher une dizaine de minutes dans les petites rues, courbé pour se glisser avec plus de facilité entre les bourrasques de vent qui torturaient le paysage. Les jours de météo comme celle-là, Adonis regrettait Beauxbâtons et son temps doux qui s’étendait jusqu’aux jours les plus courts de l’année. Il semblait être le seul à véritablement s’en préoccuper, d’ailleurs. Autour de lui, des dizaines d’élèves de Poudlard couraient entre les boutiques, un sourire aux lèvres et des friandises dans la main. Ils n’avaient pas froid. Adonis continuait d’avancer vers sa destination, les yeux fixés devant lui. Il n’avait eu aucune envie de fêter Halloween, pas plus qu’il n’avait voulu rentrer en France pour la fête des morts, pour se recueillir sur la tombe de sa mère. A vrai dire, il n’était pas retourné la voir depuis l’enterrement, qu’il gardait en l’esprit comme un souvenir brumeux, et il n’était pas sûr que la Toussaint soit véritablement la bonne occasion de le faire. Et puis, peut-être que Georgia voudrait qu’ils se rendent sur la tombe de sa mère à elle ? Et de toute façon, il serait fatigué par l’après-midi qu’il s’apprêtait à passer, il n’aurait pas le courage de transplaner jusqu’au Sud de la France, n’est-ce pas ? Adonis ne se laissait pas le temps de réfléchir à l’éventualité de rendre visite à sa mère, préférant largement penser à l’après-midi qui se profilait devant lui alors qu’il atteignait la Tête de Sanglier, où il avait rendez-vous.

Il ne se souvenait plus bien du visage d’Anatoli Slezniov. Quand ce dernier était venu l’aborder en juin, Adonis lui avait à peine accordé un regard avant de le rembarrer. C’était une impression étrange que de savoir tant de chose sur une personne sans pour autant se rappeler de ses traits avec précision. Le français avait donc fait en sorte d’arriver un peu avant l’heure du rendez-vous, de sorte à ce que ce soit Anatoli qui ait à se souvenir de son visage et à le chercher, une fois qu’il pénètrerait dans la tête de sanglier. Avec un peu d’espoir, il aurait une meilleure mémoire que lui et n’hésiterait pas en croisant son regard.
Adonis passa par le bar avant d’aller s’assoir et y commanda un verre de vin rouge qu’il espérait ne pas être trop immonde ; au vu de l’endroit, tout aurait probablement un goût se rapprochant plus de la pisse de chat que d’autre chose, mais après avoir passé plus d’un an en Angleterre maintenant, il avait fini par s’y faire. Et puis c’était pour la bonne cause : après quasiment deux mois d’échanges épistolaires, il retrouverait enfin Anatoli dans ce pub sordide, et aurait la possibilité de lui parler en face. Il avait la sensation d’avoir mille choses à lui dire, particulièrement au sujet de ce qu’il avait trouvé dans ces grimoires de médicomagie. Appréhendant malgré tout la rencontre, il aspira une longue gorgée de vin à peine assis à la veille table en bois bancale qu’il leur avait choisi. Autour de lui, il ne reconnaissait aucun sorcier qui aurait pu être un élève de Poudlard ; ils étaient tous trop vieux. Rien d’étonnant, tous devaient se retrouver aux Trois Balais, ou alors dans ce Salon de Thé tout rose duquel il oubliait toujours le nom car il n’y gardait que des souvenirs ennuyeux (Adonis avait la fâcheuse tendance à oublier les noms des personnes, ouvrages ou salons de thés qui l’ennuyaient ou qu’il n’aimait tout simplement pas). C’était l’objectif premier de ce choix de lieu de rendez-vous : qu’ils ne soient pas découverts ensemble, comme s’ils étaient de véritables amants maudits. Adonis était maintenant considéré comme un paria de la société magique au sang-pur avec lequel il valait mieux ne pas traîner, de peur qu’il insuffle en vous ses horribles idées de tolérance. Maintenant, le français parvenait à en sourire. Mais être vu comme un monstre par ceux qu’il avait pendant dix-sept ans considérés comme ses pairs n’avait au départ pas été des plus aisé. Peut-être que cette rencontre aurait été facilitée si Adonis avait porté des hauts talons et s’était ensorcelé la face pour être plus féminin comme il l’avait proposé dans une de ses lettres à Anatoli ; on n’aurait pas posé de question sur la nature de leur rendez-vous, on aurait laissé faire, ravi que le russe se trouve une fiancée. Finalement, Adonis avait tout de même préféré rester homme pour ce rendez-vous, parce qu’il avait décrété que c’était tout de même pousser le ridicule un peu loin – mais ça ne l’avait pas empêché de véritablement considérer l’option pendant au moins quelques minutes.

Il attendait alors Anatoli, un bouquin de médicomagie posé sur la table, jouant nerveusement avec sa baguette dans sa main droite. C’était une situation un peu étrange, il fallait l’avouer, qui appelait à la nervosité, et qui risquerait, pendant quelques minutes au moins, d’être assez gênante. Les portes s’ouvrirent une première fois, et Adonis releva la tête presque immédiatement, pour voir rentrer dans le pub un homme d’une trentaine d’années recouvert de tatouages, qui semblait connaître la maison puisque le gérant l’appela par son prénom. Définitivement pas Anatoli. Adonis soupirant presque de soulagement, attrapa son verre de pisse de chat pour en boire une gorgée, et c’est à cet instant que la porte choisit pour s’ouvrir une seconde fois. A vrai dire, il n’eut aucun mal à reconnaître Anatoli, alors qu’il avait pensé plus tôt avoir oublié son visage. C’était une grande perche russe aux cheveux au moins aussi longs que les siens qui se dirigeait vers lui alors qu’il buvait ce foutu vin et tentait de se lever de sa chaise en même temps. Il le salua du regard, reposa son verre sur la table, avant de tendre sa main, attendant avec impatience qu’Anatoli la lui serre. Un sourire chaleureux au visage, Adonis ne sut d’abord pas vraiment quoi dire. Quelques secondes s’écoulèrent, silencieuse, avant qu’il ne bégaye finalement :

« Anatoli … je … enfin … Ravi de te voir, enfin. »

Il avait presque employé le mot rencontrer, parce que c’était de cela dont il était question, ou presque : une rencontre entre deux sorciers dont la route ne se serait jamais croisée s’ils n’avaient pas décidé de faire le premier pas, chacun leur tour.  

Codage par Emi Burton

ω



Georgiado
« Moi je t'offrirai des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas. Je creuserai la terre jusqu'après ma mort pour couvrir ton corps d'or et de lumière. Je ferai un domaine où l'amour sera roi, où l'amour sera loi, où tu seras reine. Ne me quitte pas » Jacques Brel
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MessageSujet: Re: Anatoli&Adonis || « Les mauvais souvenirs vous poursuivent sans que l'on ait besoin de les emporter avec soi. »   Mer 24 Aoû - 1:12


je n'ai pas peur de la route, faudrait voir, faut qu'on y goûte




Le jour s'est à peine imposé dans le ciel morne qu'Anatoli s'est défait de ses draps dans une inexplicable précipitation, se ruant véritablement sous le jet brûlant de la douche, les mouvements relativement peu fébriles compte tenu de l'indécence de ses heures de sommeil – la moyenne hebdomadaire se situant entre deux et quatre heures. Le jour crucial se profilant peu à peu, ses nerfs n'ont pas été épargnés par l'immense mise en branle de ses pensées, ruminant chaque chemin pris par leurs mots au cours de leur prolixe échange épistolaire, chaque ramification de leurs réflexions respectives, chaque pas supplémentaire permis par l'autre, comme s'ils étaient aidés mutuellement de leurs épaules pour se hisser vers les hautes lumières de la pleine compréhension. Et si Anatoli estime – à raison – les siennes bien frêles, il a foi en l'apaisante largesse de celles d'Adonis, lesquelles ont déjà commencé à mettre sur les pans encore sombres de son enfance leur franche luminescence. C'est d'ailleurs une joie mêlée de nervosité qui l'a fait jaillir de son lit ce matin-là, les paupières à peine pénétrées du grand jour grisâtre tout juste levé – d'aucuns l'auraient très probablement qualifiée d'excessive, et il ne doute pas que si quelque curieux s'amuse ce jour-là à s'approcher d'un peu trop près des douches, le jugement qu'il portera sur la mélodie guillerette qui s'en élève n'aura rien de clément. Car, contrairement à ce que pense Anatoli, le ruissellement de l'eau est perceptible au mieux, et très loin d'être torrentiel – rien de bien suffisant pour couvrir l'engouement de sa voix lorsqu'elle entonne pas si doucement une quelconque mélodie moldue qu'il aura entendue pendant l'été, sur la vieille radio usée jusqu'à la corde qu'il conserve secrètement comme le plus précieux des joyaux. Fort heureusement, l'assoupissement de ses camarades semble trop profond pour qu'une quelconque réaction se fasse de leur part – ou ils se sont tous massés devant la porte dans l'attente d'une sortie triomphante et d'un déhanché assumé. Anatoli secoue énergiquement la tête en enfilant sa chemise immaculée – il lui faut se composer à nouveau une face placide et indifférente, retrouver ce masque cireux du Serpentard las du monde et de la basse altérité. Sa cravate, très librement nouée, est lâche autour du col qu'il a déboutonné – les vêtements mêmes lui pèsent au cœur comme quelque terrible autorité ; le joug cauteleux et suffocant de cette société nauséabonde et affectée dont il exècre les décrets avec passion. Et c'est précisément cette exécration qui le mène, ce jour-là, le 31 octobre 1977 – il a griffonné la date à la hâte sur un parchemin vierge pour en apprécier la grisante matérialité, caresser de la pulpe de son doigt la délicieuse tangibilité des caractères et de ce qu'ils représentent – à Pré-au-Lard, et à la Tête de Sanglier très précisément, pour y rencontrer un certain Adonis Leroy.

Il y a quelques longues semaines déjà qu'il pense à leur rencontre – et deux petits mois que leurs lettres ne quittent plus son esprit. Leurs interactions physiques se limitent à quelques secondes un peu sèches ; l'audace maladroite d'un Anatoli désemparé, et la repartie d'Adonis aux yeux éteints qui cingle entre eux, un coup que le Russe a amplement mérité : c'est qu'il a creusé de la pointe des ongles cette plaie peinte de sang séché, chagriné ce cœur encore à vif, Anatoli. Il n'a pas manqué de s'excuser, à plusieurs reprises, dans les lettres qui ont suivi – et pourtant, il a toujours contre le crâne cette impardonnable gaucherie, cette égoïste brutalité, pour lesquelles il se blâme encore, les nuits où l'insomnie est la seule à se lover contre lui ; mais, quelque part, en lui, une petite voix lui souffle que c'est cette méprise, cette rudesse et cet égoïsme brutal qui les ont entrechoqués, Adonis et lui, sur le même chemin escarpé, mutilé par les obstacles épars et divers – alors, il s'endort avec des ailes au cœur et le corps plus léger. Ce sont ces paradoxes-là qui remuent son esprit enfiévré par l'excitation, piqué néanmoins d'une touche d'angoisse, tandis qu'il se hâte dans Pré-au-Lard en direction du lieu de leur rendez-vous – lequel se trouve être l'un de ces pubs miteux que ni lui, ni Adonis n'auraient eu l'idée saugrenue de fréquenter en temps normal ; et qui fait, de ce fait, le lieu idéal pour leur première entrevue, nul individu de leur statut ne risquant d'y faire une apparition surprise. Car Anatoli n'oublie pas, malgré la progression effectuée, malgré les pas et son avancée sur le chemin qu'il a choisi d'emprunter, et dont Adonis est l'enviable horizon, la nécessité qui est la sienne de ce masque, de cette comédie ciselée qu'il lui faut adopter lorsqu'il évolue en société. Et, s'il en croit le récit qu'à fait Adonis de son évolution à lui en cette même société, en déduire qu'il ne doivent pas être vu l'un en compagnie de l'autre ne relève pas du génie du millénaire – alors, ils ont choisi la Tête de Sanglier, son air empuanti, ses parois noirâtres, qui semblent presque immatérielles tant la poussière les couvre, et ses clients aux mines interlopes. Le temps grisâtre, ainsi que les bourrasques qui, impitoyablement, fouettent les corps osant s'aventurer à l'extérieur, font se presser Anatoli encore davantage entre les ruelles de Pré-au-Lard, étonnamment peu fréquentées en ce jour de festivités – il a, d'ailleurs, toujours autant de mal avec le culte des citrouilles qui semble être de mise cet unique jour de l'année.

Il ne tarde donc pas à arriver au lieu convenu ; jetant un rapide coup d’œil à sa montre, il se rassure quant à sa ponctualité parfois sujette à variation – cette fois-ci, il semble que son anticipation sautillante lui ait assuré un timing tout à fait irréprochable puisqu'il dispose d'une légère avance, appréciable sans être rébarbative ; c'est l'air très content de lui qu'il pousse donc la porte du pub – Adonis n'est très certainement pas encore présent, et il peut donc prendre le temps de réfléchir quant aux premiers mots qu'il va lui adresser. Mille scenarii se sont fait une place titanesque derrière son front, ont envahi ses réflexions il y a de ça des jours – c'est que le Slezniov n'a rien d'un maestro en matière d'interactions sociales, encore moins lorsqu'il s'agit d'étrangers. Mais Adonis n'est plus un étranger, n'est-ce pas ? Anatoli a l'impression troublante qu'il va, à ce jour, connaître deux Adonis, deux faces radicalement opposées d'un même astre – l'une purement spirituelle, le Adonis auquel il a confié des parcelles de son intimité la plus profonde, et qui lui a livré en retour les fragments les plus déchirants de la sienne, celui avec lequel il a conversé de ses passions les moins avouables, celui qui l'a accepté pour l'être en perpétuelle transition qu'il est, pour ses contradictions et ses hésitations, ses incomplétudes et ses échecs ; et l'autre, tout à fait physique et matérielle, l'Adonis dont il va pouvoir contempler les traits aujourd'hui, dont il va pouvoir entendre la voix et observer les mimiques. C'est sur cette pensée qu'il porte un regard d'ensemble à la pièce, à la recherche d'une table à laquelle il pourrait s'installer en l'attendant – et puis il le voit. Attablé, déjà, un verre de vin à son côté, en bon Français, Adonis ne s'est pas laissé oublier – l'image que l'esprit d'Anatoli en a conservé est d'une exceptionnelle fidélité ; l'élégance un peu désinvolte dans la tenue comme dans l'apparence, et cette noblesse de stature qui ne laisse subsister aucun doute quant à ses origines. Ses jambes, comme mues par une volonté propre, ou bien son instinct le plus viscéral, le portent vers lui – il se retrouve à une proximité qu'il juge affolante sans bien avoir réalisé le chemin parcouru par ses membres.

Et puis Adonis se lève, les traits d'abords plutôt grimaçants – dus au goût exécrable de son vin, préfère supposer Anatoli plutôt que de succomber aux suggestions perfide d'une angoisse frôlant la paranoïa consistant à s'imaginer que la grimace du Leroy est due à une quelconque déception ; lorsqu'enfin leurs regards tombent l'un en l'autre, le Russe se rassure ; Adonis lui a souri. Il lui sourit avec cette même chaleur que ses mots ont laissé transparaître ; et son regard est tout entier empli de cette attention éminente et soutenue qui a contribué à raffermir l'estime d'Anatoli pour lui-même – c'est comme recevoir une autre lettre, songe-t-il. Il y a la curiosité dévorante, et puis cette fascination irrépressible – le frisson de la découverte. Et il est soulagé de constater qu'il n'est pas le seul que la nervosité ait saisi, à l'idée de cette rencontre – les hésitations d'Adonis lui collent à la bouche un petit sourire doux, qu'il ne peut se résoudre à faire s'évanouir sous le masque de sa froideur aristocratique. Il lui rend sa poignée de main avec une fermeté un peu trop enthousiaste, peut-être – l'autre main, qu'il a ramenée derrière son dos, a quelques tremblements – c'est qu'il lui a tant confié... La sensation lui demeure encore étourdissante – il se sent rapetisser face à l'immensité de leur situation, et de ces chemins croisés, défaits, délacés par les maladresses de l'un, puis mêlés à nouveau par la curiosité de l'autre, la haine de l'inachevé, peut-être... Bonjour, je – c'est un plaisir pour moi aussi... Il se sent presque fier de la relative cohérence de ses propos ; son regard se porte alors sur l'ouvrage qui trône en évidence sur la table, et une curiosité ambivalente le prend, qui fait tressauter son cœur et se tordre ses entrailles d'appréhension dans le même temps. Ça paraît presque trop beau pour cet endroit – le livre, le vin. Je présume qu'il ne fait pas franchement honneur à la France ? Ils détonnent terriblement parmi la faune de la Tête de Sanglier, avec leurs mines altières et leur port de tête aristocratiques, c'est très clair – les regards qui, de temps à autre, convergent dans leur direction sont au mieux amusés. Mais Anatoli n'en a cure – il a, à dire vrai, bien du mal à détacher les yeux d'Adonis ou de la couverture du livre de médicomagie qu'il a eu l'attention d'emporter avec lui ; et lui, qui foudroie d'ordinaire d'audace, lui, que n'arrêtent ni les conventions ni l'expression la plus hostile, se trouve bouche bée, incapable de formuler la demande qui le taraude si péniblement. Tu... tu as pu trouver quelque chose, alors ? J'espère que tu ne t'es pas trop escrimé pour moi, au moins... Il lui semble qu'il n'a jamais connu son timbre si mal-assuré, ni sa voix si hésitante, si peu encline à passer la muraille de chaque syllabe – ses joues s'en colorent quelque peu, et il se réjouit, pour la première fois de la journée, du ciel grisâtre qui ne fait guère qu'assombrir le pub où ils se trouvent ; il ne se savait pas balbutiant et encore moins rougissant – il ne tient pas à ce qu'Adonis le considère comme tel dès leur première entrevue...

ω




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MessageSujet: Re: Anatoli&Adonis || « Les mauvais souvenirs vous poursuivent sans que l'on ait besoin de les emporter avec soi. »   Dim 11 Sep - 20:00



« Les mauvais souvenirs vous poursuivent sans que l'on ait besoin de les emporter avec soi. »
Anatoli & Adonis
La veille de sa première rencontre avec Anatoli, Adonis relisait les lettres qu’il lui avait envoyé, comme pour les apprendre par cœur. Il avait décidé depuis quelques semaines de prendre le métro pour rentrer de Sainte-Mangouste, dans une vaine tentative de mieux connaitre le monde moldu, « vaine » car il ne semblait toujours pas très bien comprendre comment on pouvait se satisfaire d’un système de locomotion aussi lent (il faut dire qu’il n’avait toujours pas compris qu’il n’était pas nécessaire de faire quatre changements pour arriver chez lui, puisqu’employer une seule ligne était largement suffisant). Il avait néanmoins trouvé une certaine utilité à ses voyages ferroviaires, puisqu’il profitait usuellement de ces heures pour réviser ses cours de médicomagie. Les lettres d’Anatoli entre les mains, il avait un peu l’impression de faire la même chose ; réviser pour la rencontre qui l’attendait le lendemain. Du bout de ses doigts nobles, il tenait le parchemin avec fermeté, comme inquiet qu’il ne disparaisse. Une moldue assise à côté de lui le regardait curieusement, comme si elle n’avait jamais vu un parchemin de sa vie. Trop concentré pour répondre à son regard, il relisait les moments de leur conversation qu’il jugeait comme clefs. Il retenait par exemple la première lettre d’Anatoli, où celui-ci lui écrivait : « je suis venu à toi pour lever ce voile, dans une certaine mesure, ce voile qui, je le sens, commence à me serrer le cou » . Parvenaient-ils, ensemble, à détendre le tissu de mensonges qui entouraient tout l’être du russe ? En écrivant à Anatoli, Adonis s’était en tout cas découvert son propre voile, qui lui apparaissait maintenant très clairement, mais dont il parvenait, petit à petit, et surtout, au fil des lettres, à se détacher.

Adonis ne savait pas vraiment ce qu'il devait attendre de cette rencontre. Après tout, il ne l'avait organisée que sous le prétexte de pouvoir prêter à Anatoli les livres qu'il avait empruntés à la bibliothèque de Sainte-Mangouste pour lui. Il les avait rangés alphabétiquement dans ce sac en cuir qu'il tenait entre ses jambes, il pourrait le lui donner immédiatement et rentrer la seconde d'après à Londres auprès de Georgia – qui lui en voulait de mépriser comme il le faisait la fête d’Halloween. Adonis avait tout de même espoir que ça dure un peu plus longtemps, qu'il puisse recommander un verre de vin dégueulasse et demander à Anatoli comment il se sentait. Ce dernier avait visiblement réussi à échapper à la surveillance de ses camarades en cette journée de célébration, il faudrait en profiter car ça n'arriverait que rarement. Entre les horaires infernaux du français et le simple fait que le russe vivait dans un château duquel on ne sortait pas aisément compliquait les possibilités de rencontre entre les deux.
Adonis cherchait, quelque part, à réparer l’erreur qu’il avait l’impression d’avoir commise lors de leur première rencontre. Anatoli était venu à lui à Poudlard, faisant preuve d’un courage inespéré de la part d’un Serpentard sorti de son nid. Le français l’avait rejeté sans hésitation, et surtout, le croyait-il alors, sans regret. S’il essayait aujourd’hui de se convaincre que c’était pour le mieux, qu’il n’avait pas les épaules à ce moment-là pour supporter les questions d’Anatoli, il ne pouvait s’imaginer leur relation actuelle s’il l’avait laissé rentrer dans sa vie en juin. Certainement se seraient-ils familiarisés l’un à l’autre depuis un moment déjà, cette entrevue ne serait pas leurs premières retrouvailles, et Adonis n’appréhendait pas ce moment comme c’était maintenant le cas. Adonis préféra néanmoins concentrer son regard sur la silhouette anatolienne qui se rapprochait de lui plutôt que de refaire le monde avec ses « et si ». S’il réalisa qu’il se souvenait en fait très bien de ce à quoi il ressemblait, Anatoli lui parut surtout extrêmement familier. C’était comme s’il s’était attendu à le voir habillé de cette manière aussi noble que nonchalante, comme s’il connaissait déjà par cœur son allure dégingandée, comme s’il pouvait prédire avant même qu’il le dise la manière dont il le saluerait. Adonis le jaugea un instant, comme pour vérifier ses théories. Vu de l’extérieur, nos deux sang-purs détonnaient dans l’ambiance putride de la Tête de Sanglier. Tous les deux, au combien ils essayaient de gommer leurs origines, ne pouvaient empêcher la noblesse de transpirer de toutes leurs pores. Anatoli avait vaguement noué une cravate autour de son cou, laissant découvrir sous sa chemise ouverte une peau laiteuse ; malgré cela, ses traits fins, son port altier, ses grands yeux par lesquels Adonis se sentait transpercé… On ne doutait pas de l’aristocratie de son nom. Adonis ne valait pas mieux ; un verre de vin dans une taverne, une longue cape noire qu’il n’avait toujours pas enlevée, nouée autour de son cou et retenue par une broche en or qui avait appartenu à un grand-oncle au niveau de son cœur. Malgré ses cheveux longs, malgré ses cernes, et malgré l’endroit dans lequel il se trouvait, Adonis était racé comme l’était tout sorcier ayant vécu toute sa vie dans une famille au sein de laquelle le sang est prétendument bleu. Adonis était racé comme Anatoli l’était.

Leurs mains se serraient pour la première fois, avec une chaleur et un entrain inattendu. L’excitation, Adonis l’avait sentie monter toute la matinée, en préparation de leur rencontre. Il n’avait pas osé s’imaginer qu’elle serait la même chez Anatoli, et pourtant, son cœur s’accéléra quand il la devina dans la voix du russe. Il admit à son tour le plaisir que représentait pour lui cette rencontre, et Adonis s’en sentit presque soulagé. Apparemment, il n’avait pas été le seul à trépigner d’impatience.
Quand le regard du russe quitta le sien pour s’intéresser à la table à laquelle il s’était installé, Adonis s’en inquiéta presque. Maintenant qu’il était là, comment lâcher prise ? Comment s’assurer qu’il ne le décevrait pas à nouveau, comment lui laisser entendre qu’il ne le rejetterait plus ? Adonis fut néanmoins soulagé par le contenu de la réplique d’Anatoli ; un fin sourire apparu à nouveau sur son visage alors que le russe devinait la piètre qualité du vin anglais. En français, pour ne pas attirer l’attention du gérant en le critiquant et certain qu’Anatoli le comprendrait, il répondit :

« Dégueulasse. J’aurais dû le savoir, ça fait plus d’un an que je vis en Grande-Bretagne maintenant, mais je m’acharne toujours à trouver un vin qui soit meilleur que de la pisse de chat. Je crois que j’ai trouvé le pire ici, quand même. »

Quelques étincelles de malices étaient devinables dans les iris d’Adonis alors qu’il indiquait de la main le siège en face du sien, invitant ainsi Anatoli à s’assoir. Il le sentait hésitant, sans réellement savoir pourquoi. Les deux s’assirent et Adonis écouta avec attention Anatoli lui demander s’il avait trouvé quelque chose le concernant. A nouveau, il sourit, se revoyant ensorceler ce sac pour l’agrandir et y ranger avec précaution l’ensemble anthologique d’œuvres qu’il avait trouvées, mentionnant de près ou de loin la question de la mémoire – et de la perte de celle-ci. Adonis chercha le regard d’Anatoli, cherchant à se montrer aussi rassurant que possible. Cette fois, Anatoli n’avait pas à s’inquiéter ; il ne lui filerait pas entre les doigts, quoi qu’il dise. Adonis referma le livre devant lui pour laisser Anatoli découvrir sa couverture qui titrait d’une manière assez moldue : « De la kleptomanie ». Rien à voir avec ce qui faisait perdre son sommeil au russe, donc, et, comme pour faire monter le suspense, Adonis tarda pour se pencher et attraper l’anse du sac rangé sous sa chaise. Finalement, il lâcha le regard d’Anatoli pour aller récupérer ce qu’il attendait tant, alors qu’il retrouvait l’anglais pour dire :

« Je dois admettre avoir passé de très longues heures à te constituer la meilleure anthologie possible, mais je ne voulais pas te … décevoir, et puis je crois que je me suis pris au jeu ; tu verras, ils sont passionnants. Je crois, enfin j’espère, que tu trouveras ton compte parmi eux ».

Il laissa tomber dans un certain fracas le sac sur la table et l’ouvrit avec empressement, laissant découvrir les tranches ordonnées de la plupart des ouvrages à l’œil avisé d’Anatoli. Le regard brillant d’excitation, Adonis qui souriait encore attrapa son verre de vin, oubliant momentanément combien il était immonde pour le porter à ses lèvres. On aurait pu croire qu’il avait fini par se faire au goût, qu’il s’était résigné, mais c’était plutôt qu’il était trop pressé de montrer ses découvertes à Anatoli pour passer trop de secondes à grimacer et à se plaindre – encore – de la qualité du vin. Après tout, ils n’étaient pas venus là pour une dégustation œnologique, et toute cette excitation lui donnait soif.

« Tu verras, je t’ai mis mes notes sur un petit parchemin derrière la première page de chaque grimoire. Je t’ai facilité le travail en t’indiquant les chapitres les plus intéressants, et puis je t’ai écrit quelques conclusions mais bon, il vaut mieux que tu te fasses les tiennes. Surtout, je t’ai mis la date butoir à laquelle je dois rendre ces bouquins, on devra se revoir dans quelques semaines, tu verras. Tu feras gaffe, le grimoire de Stanislas Eskivdur est un peu taciturne. Il n’aime pas trop quand la flamme de la bougie est trop proche de ses pages et il te le fera savoir en criant, ne le teste pas ! Et puis celui de Leopoldine Meliflua a besoin de repos, parfois, donc il se refermera en pleine lecture. Surtout, n’essaye pas de le rouvrir avant le lendemain si ce n’est le surlendemain, tu en perdras des ongles ! C’est le livre de Flavius Zograf qui m’a le plus intéressé, et je crois que toi aussi, il te plaira, j’attends déjà tes lettres pour que tu me dises ce que tu en penses ! »

Plus il parlait vite, plus il laissait transparaître sa nationalité : son accent réapparaissait avec la vitesse et le trahissait dans les syllabes qu’il prononçait d’ordinaire si bien. Adonis, à cet instant, s’était emballé dans une de ses longues tirades habituelles, ses mots se bousculant dans sa bouche, perdant du même coup un peu du sens qu’il voulait le leur donner. Rougissant légèrement, il dégrafa la broche de sa cape pour la laisser tomber autour de lui. Il portait une chemise bleu ciel en dessous, dans laquelle il avait l’impression de mourir de chaud alors qu’il s’était pris des bourrasques de vent glacial dans la figure quelques minutes auparavant et qu’il avait eu l’impression de mourir de froid – dans sa capacité d’exagération habituelle. Baissant finalement les yeux vers son bouquin sur la kleptomanie qu’il lisait depuis qu’il avait croisé à nouveau la route d’une certaine Eve Millerfield, il ajouta :

« Je vais me taire, maintenant, parce que je vais finir par te faire peur. Mais tu finiras de toute façon par découvrir que je suis au moins aussi bavard que dans mes lettres, j’espère que tu ne m’en voudras pas trop. »

C’était maintenant un sourire gêné qu’on pouvait lire sur le visage d’Adonis, qui évita le regard d’Anatoli en le portant sur le gérant qui se tenait derrière le bar. Il remarqua au passage certains regard quitter brusquement le point sur lequel ils étaient fixés : cet étrange duo que formaient Adonis et Anatoli. D’un signe de main, Adonis appela le barman, avant de plonger à nouveau ses yeux miels dans ceux, très bleus, d’Anatoli :

« Je me suis emballé alors que tu n’as encore rien commandé, je t’en prie … Je crois que moi je vais juste me prendre une bière-au-beurre, ce vin m’est déjà monté à la tête… »

Adonis s’accorda enfin le droit de ralentir un peu, pour la première fois depuis qu’il s’était réveillé, bien trop tôt, ce matin-là. Il était bel et bien assis en face d’Anatoli Slezniov qui ne filerait pas, il s’en était assuré en lui proposant de boire un verre avec lui : ils avaient encore au moins un petit moment devant eux – qu’Adonis aurait aimé voir durer au moins une heure – pour parler d’abord de ce qu’ils s’étaient écrits, et pour, ensuite, développer ce qu’Adonis aimait appeler une nouvelle amitié.

Codage par Emi Burton

ω



Georgiado
« Moi je t'offrirai des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas. Je creuserai la terre jusqu'après ma mort pour couvrir ton corps d'or et de lumière. Je ferai un domaine où l'amour sera roi, où l'amour sera loi, où tu seras reine. Ne me quitte pas » Jacques Brel
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Anatoli&Adonis || « Les mauvais souvenirs vous poursuivent sans que l'on ait besoin de les emporter avec soi. »
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