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 Ephrem - Hibou d'Anatoli Slezniov

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MessageSujet: Ephrem - Hibou d'Anatoli Slezniov   Sam 5 Mar - 16:07


Le hibou d'Anatoli affiche la même mine altière et détachée que son maître, son plumage ocre et blanc, aux reflets plus sombres et ses yeux dorés le nimbant d'une aura de noblesse ; et, à son instar, n'a pas grande patience et est assez prompt à mordre véhémentement celui dont il juge le comportement irrespectueux - Anatoli lui-même en a d'ailleurs parfois fait les frais, avant qu'Ephrem ne s'accoutume à lui. C'est qu'il a choisi à dessein le hibou le plus sauvage et le moins domestiqué de la boutique où il l'a acquis, par projection sûrement ; lui, entre tous, ne chercherait jamais à le soumettre. Et Ephrem, il est vrai, n'est pas franchement domestiqué ni obéissant, bien qu'il soit irréprochable avec Anatoli, envers lequel il éprouve une grande reconnaissance.
Vous n'aimerez pas avoir affaire à lui ; pourtant, il accompagne souvent Anatoli quand celui-ci n'est pas en cours - il lui voue une grande affection, piquée d'une certaine possessivité qui pourrait être touchante si elle ne se manifestait pas la plupart du temps par des assauts riches en coups de becs et de griffes.
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MessageSujet: Re: Ephrem - Hibou d'Anatoli Slezniov   Sam 5 Mar - 18:28




Adonis Leroy
Earlham Street, 11
London

Londres, 6 septembre 1977

Slezniov,
Tu es venu me poser des questions en juin dernier, et je crois ne pas t'avoir apporté les réponses que tu cherchais. Sans me chercher d'excuse, tu n'es simplement pas arrivé au bon moment. J'aurais dû savoir que les russes manquaient de tact, et tu aurais dû savoir que les français sont trop fiers pour révéler leurs faiblesses aux inconnus. Tu as mis le doigt sur un sujet que je n'avais pas envie de traiter, mais je crois être prêt à te répondre, maintenant.
Ma mère est décédée le 3 mai 1977, après avoir passé près de sept mois d'agonie. Tu voulais savoir à quoi c'était dû, je t'ai répondu qu'elle se mourrait depuis longtemps ; ce n'était pas faux, ma mère n'allait en effet pas bien depuis des années. Ce n'était néanmoins pas un poison distillé dans ses veines qui aurait dû la tuer, mais un suicide. Tout a été précipité par la main de Rabastan Lestrange, comme on le murmurait à Poudlard l'année dernière. C'est un meurtre qui ne trouvera jamais Justice, et ce bien que Lestrange soit aujourd'hui en prison.
Avant de me lancer dans un roman qui te conterait la biographie de la matriarche Leroy – que je serais bien capable d'écrire, par ailleurs – j'aimerais savoir pourquoi cette affaire t'intéresse. Ce n'est pas la première fois et ça ne sera certainement pas la dernière fois qu'un homme jaloux se vengera de celui qui lui a fait de l'ombre en s'en prenant à quelqu'un qui lui est cher. J'ai eu le malheur de me poser comme rival de Rabastan Lestrange, et j'ajouterais même que je l'ai presque fait sans faire exprès. Ma mère l'a payé de sa vie.

Pose-moi toutes les questions que tu souhaites, je tenterai d'y répondre avec honnêteté. En échange, pourrais-tu envoyer mes meilleurs vœux de nouvelle année scolaire au Professeur Slughorn pour moi ?

Cordialement,

Adonis Leroy
© sobade.





Adonis laissa tomber sa plume dans l'encrier, et relu sa lettre plusieurs fois, s'assurant qu'il n'y ait aucune faute d'orthographe ou de grammaire. Il avait tergiversé des jours avant de se décider à l'écrire, avait réfléchi une nuit entière à ce qu'il allait coucher sur le papier avant de se lancer. Il était six heures du matin, Azur venait tout juste de rentrer d'une nuit de chasse, mais le français se décida à tout de même réveiller son oiseau. S'il n'envoyait pas la lettre tout de suite, il y repenserait, et risquerait de changer d'avis. Avec un peu de chance, le parchemin arriverait pour l'heure du déjeuner à Poudlard.
Il ne savait pas vraiment ce qu'il l'avait décidé à écrire cette lettre. Le premier septembre, quand le classique article de la Gazette du Sorcier sur la rentrée à Poudlard était paru, Adonis s'était souvenu de cette discussion qu'il avait eue avec le Serpentard, et quelque chose ne sonnait pas juste. Ce n'est pas tous les jours que l'héritier d'une famille de sang-pur vient questionner un compère sang-pur sur les vices que peuvent avoir certains sorciers. Adonis savait où il se tenait, mais Anatoli Slezniov avait l'air plus …perdu. Il faudrait l'aider.

Quelques minutes après qu'Adonis eut reposé sa plume dans son encrier, Azur partait rejoindre le château de Poudlard, tandis que lui retournait se coucher près de Georgia.

ω



Georgiado
« Moi je t'offrirai des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas. Je creuserai la terre jusqu'après ma mort pour couvrir ton corps d'or et de lumière. Je ferai un domaine où l'amour sera roi, où l'amour sera loi, où tu seras reine. Ne me quitte pas » Jacques Brel
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MessageSujet: Re: Ephrem - Hibou d'Anatoli Slezniov   Sam 12 Mar - 17:13


 
 

 
Adonis Leroy
Earlham Street, 11
London

 
Londres, 12 septembre 1977

 
Slezniov,
 

Contrairement à ce que sembles sous-entendre, je crois sincèrement que l'acte de Lestrange était, comme tu le dis si bien, une histoire d'amères rivalités viriles, et de jalousies trop brûlantes. Le poison qu'il a envoyé à ma mère n'était pas censé la tuer. La rendre malade, tout au plus – quel intérêt aurait eu le Lestrange à assassiner la matriarche de l'une des familles de sorciers les plus puissantes de France ? Je ne sais pas si tu arrives à voir ce que je commence à te dessiner, mais ce qui se joue ici est en réalité beaucoup plus grand que cela. Lestrange n'a pas voulu la tuer ; ça aurait pu déclencher une guerre. Un gamin de dix-sept piges aurait pu créer un schisme dans le monde magique à cause de sa stupide jalousie. Crois-moi, Rabastan Lestrange est bien trop intelligent pour risquer cela ; jamais il ne l'aurait intentionnellement tuée. Et pourtant, ma mère est morte. Comprends-tu ce que je cherche à te dire ?
Je t'ai dit en juin dernier que ma mère se mourrait déjà depuis longtemps. Je ne saurai certainement jamais pourquoi, mais ma mère était dépressive. Je ne saurais pas non plus comment te dépeindre le chagrin qui était toujours représenté sur son visage ; ô combien j'ai cherché à lui transmettre un peu de ma joie, je ne l'ai jamais vue heureuse. Avant de boire ce verre de vin qui a signé sa fin, elle devait déjà être perchée au bord du ravin qu'est la folie. Quand le poison a filé au travers de ses veines, elle a plongé. Elle n'était pas supposée y rester, elle aurait du nager, remonter à la surface, sortir de cet océan de folie pour revenir à la normalité. Lestrange, il fallait le voir dans ses yeux, était fasciné par ce qui lui arrivait. Fasciné, mais aussi … terrifié. Et si sa potion instable tuait une sang-pure ? Et si le mot courait dans le monde magique, et si l'on apprenait qu'un Lestrange avait tué un Leroy, et tout cela par jalousie ? Mais le mot n'a jamais couru, et ça ne s'est jamais su. Tu vois, ou tu ne vois pas, ce que je veux te dire ?
Tu dis, pour te citer à nouveau, que tu vois se profiler les engrenages d'une machine sociale à l'ampleur massive, mais Anatoli, je crois que tu ne les vois pas au bon endroit. Ce n'est pas sous Rabastan que tournent ces engrenages. Ou peut-être que si, mais nous y intéresser ne ferait que nous éparpiller. Je hais Lestrange parce que finalement, c'est lui qui a poussé ma mère du bord de ce ravin jusqu'à cet océan de folie. Mais celui que je hais plus que lui, c'est l'homme qui a refusé de la sauver, celui qui a poussé sa tête sous l'eau alors qu'elle cherchait à remonter. Les engrenages ne tournent pas sous un Lestrange, mais sous un Leroy. C'est mon père qui a tué ma mère, presque autant que Lestrange l'a tuée, et presque autant que je l'ai tuée. C'est mon père qui, pour ne pas déclencher ce fameux schisme entre deux familles, pour ne pas se mettre les Lestrange à dos, pour ne pas trop en sacrifier, a accepté de perdre sa femme.

Le voile dont tu parles commence-t-il à se lever, Anatoli ? Ou alors, te serre-t-il un peu plus le cou ? Je ne sais pas si mes réponses vont t'apporter le moindre réconfort. Pour moi, c'était toujours pire. Plus j'en apprenait, plus je voulait détourner le regard. Fermer les yeux est tellement plus facile. Les ouvrir, par Merlin... C'est à s'en arracher le coeur. Et encore, je crois ne pas savoir le quart de ce que je devrais sur ma famille ; pourtant, j'ai l'impression de savoir où je me tiens – contre eux. Mais toi, où es-tu, Anatoli ? Que sais-tu sur ta famille ? Cette fois, c'est moi qui devient curieux, mais je crois que ça n'est pas toujours un vilain défaut, de l'être un peu.

Tu trouveras, en plus de ma lettre, un poème de Charles Beaudelaire que la lecture de tes mots m'a rappelé.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d'un œil fâché,
Épiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu'elle avait lâché.


Je t'ai débusqué une traduction anglaise la plus proche possible de la version originale du poète, que je t'ai jointe aussi, si tu pratiques un peu le français. Je crois que le monde magique comme le monde moldu pourra s'accorder sur la grandeur de cet homme, aussi moldu qu'il ait pu être.  

Soit un charognard, Anatoli, si tu le souhaites ; mais il te faudra le faire en acceptant combien ce faisant, tu rends la charogne magnifique. Le travail de Baudelaire nous aura fourni la preuve de la difficulté de rendre le laid beau.

 

 
Adonis Leroy
© sobade.

 

 

⊹ Anatoli & Adonis
Le russe et le français


Un hibou fort peu sympathique avait apporté la lettre du Slezniov à Adonis ; le français avait tout de suite deviné à qui appartenait cet oiseau au port altier, bien digne de l'héritier d'une famille de sangs-purs. Azur n'était pas là quand le hibou d'Anatoli s'était posé sur le rebord de la fenêtre de son appartement, et c'était certainement mieux comme ça ; pas sûr qu'ils se soient bien entendus. Mais arrêtons maintenant de parler des oiseaux : parlons plutôt de notre français. Il n'avait pas ouvert la lettre tout de suite, attendant certainement le « bon moment » pour ce faire.  Il plongea  pourtant le parchemin dans la poche intérieure de sa blouse de stagiaire en médicomagie, et le lendemain,  assit dans une aile calme de Sainte-Mangouste, fut le moment qu'il choisit pour le lire. Anatoli commençait par se pourfendre en excuses – enfin, autant qu'un Serpentard soit capable de le faire, et aussi sous-entendues que ça ait pu être. Adonis en fut satisfait, certainement n'aurait-il pas pu continuer cette correspondance si elle avait été prise pour acquis par le russe.
Le reste de la lettre montrait un jeune homme qui se posait des questions, en lequel Adonis se reconnaissait. Certainement avait-ce été différent pour lui, cependant : il n'avait jamais été chez les Serpentard, ou dans quelconque maison apparente à Beauxbâtons, et la réputation des Slezniov était pire que celle des Leroy. Pourtant, Adonis se sentait apte à répondre à son cadet. Il voulait entendre des horreurs sur les Sang-Purs ? Pas besoin de s'appeler Black ou justement Lestrange pour trouver le vice dans ces familles au sang soit-disant intouché. Être un Leroy suffisait amplement.
Il répondit rapidement après cela, mais mis quelque jour à trouver une édition de Une Charogne de Beaudelaire qui lui convenait, en anglais. Pas qu'il soit un grand expert en poésie, encore moins traduite en anglais, mais il avait envie qu'Anatoli comprenne pourquoi il avait pensé à ce poème en lisant sa lettre. La version française avait été arrachée d'une de ses multiples éditions des Fleurs du Mal. La plupart des sang-purs apprenaient le français ; peut-être était-ce aussi le cas du Slezniov.
Azur emporta la lettre le 12 septembre vers le château de Poudlard, alors que son maître se disait que c'était certainement le début d'une longue série d'allers-retours entre le Château et Londres pour son hibou. Il espérait en tout cas que cette correspondance continue, et soit aussi fructueuse de possible. Pas pour lui, pas consciemment du moins, après tout, il se convainquait déjà qu'il s'était éloigné des griffes de sa famille. Pas pour lui mais pour Anatoli, qui, Adonis en était sûr, était proche de sauter le pas, et de lever ce fameux voile.  

Spoiler:
 

ω



Georgiado
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MessageSujet: Re: Ephrem - Hibou d'Anatoli Slezniov   Jeu 31 Mar - 2:36


 
 

 
Adonis Leroy
Earlham Street, 11
London

 
Londres, 15 septembre 1977

 
Anatoli,
 

Crois-moi, je ne cherche pas d'excuse au Lestrange. Tu as bien pointé ce qui était le plus important dans cette histoire : il a tué ma mère. Et peut-être as-tu raison ; peut-être connaissait-il ses faiblesses, et peut-être a-t-il trop voulu s'approcher de cette ligne tracée entre ce qu'il s'autorisait à faire et ce qui lui était interdit. Il est très doué, à ce jeu-là : preuve en est qu'il est parvenu à tuer ma mère sans qu'il ne soit jamais désigné comme coupable par qui que ce soit d'autre que moi. Mais on ne peut pas toujours gagner, surtout quand on parie autant que lui. Va savoir pourquoi il a assassiné ces moldus. En tout cas, ça lui a valu un aller-simple pour Azkaban, et je ne parviendrai certainement jamais à me sentir désolé pour lui.
Je dis « va savoir », mais en réalité, je crois déjà avoir ma réponse. Rabastan aussi est penché au-dessus de cette falaise qui surplombe la folie – quoi que ce soit une falaise différente de celle de ma mère. Si tu l'as connu, alors tu l'as vu. Ce n'est pas un Rosier ou un Malfoy, ni même un Yaxley. Eux, ils menacent et ils tuent pour leurs intérêts, certainement par conviction aussi, et ils le font eux-aussi sans trop de remords. Mais Rabastan Lestrange tue principalement pour le plaisir, j'en suis certain. Rien d'étonnant, si tu veux mon avis, que son frère aîné se soit choisi Bellatrix Black comme épouse. Pour l'avoir beaucoup fréquentée pendant mon enfance, je peux t'assurer qu'elle aussi lèche tout le sang qu'elle a sur les mains. C'est certainement pour cela que cette « orbite servile », comme tu l'appelle, tournait autour de Rabastan. Il vaut mieux avoir la folie dans sa poche plutôt que contre soi, n'est-ce pas ?
Je crois qu'il vaut mieux éviter de se demander ce qu'on aurait fait dans une situation identique. Et je crois qu'au combien tu pourrais essayer, arriver au niveau de Rabastan resterait compliqué. Son ego n'était pas si bafoué que ça, le moment qu'il a choisi comme excuse pour cet acte immonde, il en sortait vainqueur, pas moi. Je n'ai jamais gagné contre lui, il n'y avait aucune nécessité de vengeance. Et ce n'était pas comme si le château avait cru pendant un instant que sa nana l'avait trompé avec moi. Tout le monde savait qu'elle avait écrasé ma virilité entre ses doigts avant de me laisser m'échapper – j'en ai boité toute une journée. Il a sauté sur l'occasion comme une lionne saute sur sa proie. Je ne crois pas que ce soit une quelconque violence qui brûle en Rabastan, attendant d'être rassasiée, mais possiblement raisonnée par l'esprit, à l'image de celle qui brûlerait en toi. Il n'a pas été rassasié par le meurtre de ma mère, et n'aurait jamais pu être raisonné. Ce n'est pas une forme de violence qui brûle en lui, mais une sorte de folie qui pousse aux pires actions, et que j'aurais pu  plaindre, s'il n'avait pas tué ma mère.
Je n'avais jamais vu cette affaire sous l'angle du complot. Peut-être aussi n'ai-je pas voulu voir, comme je n'ai pas voulu voir, pendant longtemps, la part de faute qu'avait mon très cher patriarche dans la mort de ma mère. Mais je crois en tout cas que le nœud de l'histoire se tient autre part, ou plutôt, je dirai que ce qui m'intéresse le plus n'est pas de savoir si mon père a renseigné en plus d'avoir couvert Lestrange – à vrai dire, ça ne m'étonnerait pas. Je veux savoir pourquoi ma mère déprimait. Quelque chose me dit que c'est là que je trouverait la confirmation que j'attends. C'est là qu'enfin je pourrai me dire « j'ai bien fait » de tourner le dos à toutes les personnes qui m'ont élevé, et qui ont fait de moi, en partie au moins, qui je suis aujourd'hui.

Te faut-il absolument un modèle, Anatoli, ou une ancre, comme tu les appelles ? Je crois que je me pose plus la question à moi-même plus que je ne te la pose à toi, en réalité. Pas que ce soit une mauvaise chose, je trouve simplement que les modèles ont trop tendance à nous décevoir, et les ancre à nous couler. Je mentirais si je te disais que je n'en avais pas. La douce créature qui dort actuellement dans mon lit est à la fois un modèle – au sang-pur,  ils ne sont pas tous si terribles, soit dit en passant – et une ancre.  Il y en avait d'autres, mais elle est la dernière qui tient encore debout. N'est-ce pas trop risqué, de se créer des figures telles que celles-ci ? On se fait manipuler tellement plus facilement par quelqu'un envers lequel on dévoue tout … Tu me parles de Vassili, et en lisant tes mots, j'ai plus l'impression de lire la description d'un tortionnaire, manipulateur justement, que celle d'un frère – mais je n'ai jamais eu de frère, comment pourrais-je alors juger la relation que tu entretiens avec le tien ?

J'aimerais tenter de t'aider à éclaircir ce passé trouble. Pour cela, j'aimerais te poser des questions ; n'hésite pas à me dire si je vais trop loin, et évidemment, libre à toi de ne pas me répondre. Mais nous sommes protégés par le parchemin, n'est-ce pas ? Tes expressions me sont illisibles, et ce sont elles qui, en réalité, trahissent tout.
Je commencerai par te demander de me situer ce gouffre que tu mentionnes. Quel âge avais-tu, plus ou moins ? Gardes-tu ne serait-ce qu'un souvenir de ce moment ? Tes pouvoirs magiques s'étaient-ils déjà révélés, à cette époque ? Et il me semble ne pas avoir compris quelque chose : Vassili fait-il partie de cette confidence de laquelle tu crains avoir été écarté ? Tu mentionnes des détails quant à ce départ dont je ne suis pas encore au courant, mais alors, ce départ serait en conséquence directe avec ce moment qui te manque, n'est-ce pas ?
Je vais me permettre de poser sur parchemin ce que tu n'as fait que sous-entendre ; je veux être certain de ne pas me méprendre. Tu écris entre les lignes qu'on t'a volontairement enlevé un souvenir, n'est-ce pas ? Serais-tu capable de déterminer l'identité de ce « on » ? Je suppose néanmoins que les raisons de cette violation de ta mémoire ne se révéleront qu'au moment où ton souvenir sera retrouvé.

Ne t'excuse plus de la confusion. Je crois qu'elle est assez évidente, au vu de la raison pour laquelle elle est provoquée. Il te manque quelque chose ; ce n'est pas anodin.

J'ai gardé les Charognes pour la fin, car aux travers d'elles, tu mentionnes le doute, et c'est certainement cela qui m'a le plus intéressé, à la lecture de ta lettre. Tu veux vouloir être ancré comme tu crois que je le suis (nous reviendrons sur ce point plus tard, d'ailleurs). Si je peux me permettre un conseil, remet en question tes bases, ton éducation, si tu le souhaites, mais ne cherche pas à les supprimer, ça ne ferait que s'écrouler tout ce que tu as construit par-dessus. Créé-toi de nouvelles bases autour de celles déjà existantes, creuse-toi d'autres fondations au-dessus desquelles du pourras construire ta vie, mais ne cherche pas à trop occulter une partie de toi.

Bien à toi,

 
Adonis Leroy
© sobade.

 

 

⊹ Anatoli & Adonis
Le russe et le français

Comme à son ordinaire, Adonis avait commencé sa lettre en écrivant le nom de famille de son correspondant, pour finalement choisir de l'effacer d'un coup de baguette pour le remplacer par son prénom. Ce choix n'est pas motivé par une raison qu'Adonis saurait s'énoncer, il sent simplement que c'est mieux comme cela.
Il pensait, en écrivant la première lettre au Slezniov, qu'il serait celui qui prodiguerait des éclaircissements à l'autre, et certainement pas qu'il serait le bénéficiaire d'une quelconque lumière. Pourtant, il a l'impression que c'est sur un chemin de double-éclaircissement qu'Anatoli et lui se lancent. Si le russe croit et écrit en avoir beaucoup à apprendre du français, ce dernier se surprend à vouloir en entendre plus de la part de son cadet. Il a l'impression que coucher sur papier l'histoire de sa famille l'aide, et surtout, qu'Anatoli lui permet de voir ce que lui ne sait pas déceler. Certainement parce qu'il est trop proche, qu'il a le nez collé au parchemin, alors que l'autre, en le lisant de loin a forcément un œil plus neuf sur la question.
Quand Adonis a lu ce passage sur le doute, un sourire n'a pu s'empêcher de se dessiner sur son visage, alors qu'il se demandait ce qu'Anatoli voulait précisément dire par là : allait-il jusqu'à remettre en question la supériorité des sangs-purs sur les moldus. Mais il n'avait préféré rien écrire sur ce sourire – sur cet espoir. Ne pas trop le brusquer, n'est-ce pas ?
Il se mit à la réponse rapidement, quoi qu'il tarda un peu à la boucler, ne sachant trop bien jusqu'où aller, et effaçant plusieurs fois des questions trop … polémiques. Peut-être qu'un jour, il oserait les poser, ou peut-être que même, Anatoli y répondrait sans qu'il ait besoin de demander.

ω



Georgiado
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MessageSujet: Re: Ephrem - Hibou d'Anatoli Slezniov   Jeu 21 Avr - 1:34


 
 

 
Adonis Leroy
Earlham Street, 11
London

 
Londres, 30 septembre 1977

 
Anatoli,
 

J'ai eu peur d'être allé trop loin dans ma lettre en attendant ta réponse qui tardait à venir. J'ai craint d'avoir fait preuve d'insensibilité à ton égard en me permettant de commenter la relation que tu entretiens avec ton frère, ou en te posant aussi directement toutes ces questions. La lecture de ta réponse m'a rassuré, mais j'aimerais m'excuser des migraines et des nuits blanches que j'ai pu te causer. Loin de moi l'intention de te tourmenter sans raison. Encore une fois, si ma curiosité pousse mes questions trop loin, un mot, et je me tairai. Je ne crois pas que le but de cette correspondance soit de nous faire du mal. Au contraire, j'aimerais qu'elle ait pour fin le soulagement de notre conscience. J'ai d'ailleurs plus de mal à utiliser ce terme – conscience – maintenant que tu m'as fait découvrir Sigmund Freud, dont je n'avais jusqu'à la lecture de ta lettre jamais entendu parler. Devrais-je alors plutôt dire que j'aimerais qu'elle ait pour fin le soulagement de notre inconscient ?
Si j'ai d'ailleurs à mon tour tardé à te répondre, c'est parce que je suis allé me renseigner sur ce personnage, et ait lu quelques unes de ses œuvres les plus courtes. Passionnant. Tout ce que nous manquons à nous croire plus intelligents que les moldus ; cet homme, comme tant d'entre eux, est brillant. Mais ne nous éloignons pas. Je te laisserai le soin d'embrouiller un peu nos pistes, tandis que de mon côté, je m'appliquerai à y trouver de l'ordre.

Commençons alors par mon cas. J'aimerais entamer ce paragraphe en disant que je ne m'attendais pas, en t'écrivant ces lettres, à trouver des réponses à mes propres questions : je pensais que nous nous satisferions de répondre aux tiennes. Tu me places dans une position d'aîné plus avancé que tu ne crois l'être dans la maîtrise de sa propre vie ; pourtant, il me suffit de regarder un petit peu derrière moi, ou même de lire les questions que tu me poses pour comprendre que je ne sais pas bien ce que je fais. Je ne sais pas ce qui m'a décidé à tourner le dos à ma famille, pas vraiment, en tout cas. Je tenterai alors de retrouver le moment qui a été celui de non-retour, en remontant un peu dans le temps. Te l'expliquer me permettra certainement de mieux le comprendre. J'ajouterais que je ne cherche pas ta pitié ou ta désolation quand à ma triste histoire familiale. Je pense simplement qu'en retraçant le fil des événements, je saurai pointer le moment exact où je me suis dit que revenir en arrière serait impossible.

J'ai passé un peu plus de huit mois à combattre mon père quant au traitement de ma mère auquel il ne l'a jamais vraiment tenue, ce qui m'exaspérait, et surtout, me terrorisait. Je suis descendu pendant les vacances d'avril dans notre maison du sud de la France où elle logeait depuis le début de sa maladie. J'étais à son chevet tous les jours ; pas une fois son mari n'est venu lui rendre visite. Je la sentais sur le point de partir, mais mon père ne m'a pas autorisé à rester ; Dumbledore me l'aurait permis, pourtant. Je me suis convaincu, en rentrant à Poudlard, qu'il avait bien fait de me renvoyer, que je n'aurais rien pu faire. Moins de deux semaines plus tard, elle mourrait seule dans son lit. Comment tient-on debout après la mort de la femme qui nous a donné la vie ? Je n'y suis pas parvenu, pas les premiers jours, en tout cas. Quand je suis retourné en France pour enterrer ma mère, j'éprouvais déjà une colère immense à l'égard de mon patriarche, mais elle ne dépassait pas celle que j'éprouvais à mon encontre. Je me détestais au point que me regarder dans un miroir était devenu une torture. Quand c'est ton meilleur ami qui doit te raser et t'habiller à une heure de l'enterrement de ta mère, je crois que tu sais que tu touches le fond.
Les quelques mois après l'enterrement furent presque faciles : j'avais les ASPIC à travailler, je me suis enfoncé dans le travail, et suis même parvenu à reprendre un peu de poids, alors que j'oubliais presque les mois d'enfer que je venais de passer. Je mettais un point d'honneur à ne pas mentionner Louise Leroy, et soudain, la correspondance avec mon père me semblait plus facile. Il me parlait d'obligations dues à mon sang, me racontait qu'il appréciait ma relation avec Georgia Prince – une sang-pure, donc – et me disait vouloir la rencontrer, quoi qu'elle ne fasse pas partie des Vingt-Huit Sacrés. Me prenant au jeu, je m'appliquais à défendre sa cause, comme si j'en avais quelque chose à faire de la couleur de son sang ! Il discutait de banquet et de comptes en banque, et je courbais l'échine, ravi de ne pas avoir à parler de l'elephant in the room sur lequel tout le monde m'interrogeait. Ma petite amie la première, jusqu'à toi, jeune sang-pur russe expatrié. Mon père était ravi, ceux qui ne me connaissaient pas pensaient que j'allais mieux, et moi, j'ai passé mes ASPIC avec brio. Mais Georgia m'a quitté alors que l'été commençait à peine, et je me permets de répéter maintenant – après tout ces mots, je m'excuse déjà de la longueur que prendra certainement cette lettre – que je ne cherche pas de pitié en t'écrivant tout cela. Loin de moi l'idée de tomber dans le pathos comme dans un mauvais ouvrage. Donc, Georgia m'a quitté, je suis arrivé chez mon père le lendemain, et le deuil de ma mère m'est retombé dessus en m'atteignant encore plus fort, comme une lame en plein coeur.
Il faudrait demander à Freud pourquoi c'est si dur, pour un fils, de voir sa mère trompée par son mari. Et pourquoi ce fils considère sa mère comme trompée alors que dans la réalité, elle est décédée. Mon père parcourait Paris sans s'en cacher avec toutes les petites minettes au sang-pur fraîchement diplômées de Beauxbâtons. Ça a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, il me semble. La haine que je m'adressais a, en l'espace d'une semaine avec mon père, été complètement reportée sur lui. Soudain, le petit jeu du sang-pur parfait auquel je jouais tous les jours depuis ma naissance, que je connaissais par coeur, toutes les règles, tous les vices, toutes les limites … Renversé. Quand j'ai été réparti chez les Poufsouffle, j'ai eu droit à une lettre incendiaire de la part de mon père – c'est le genre d'homme qui méprise la loyauté. Je ne l'avais jamais autant vu que durant cette semaine passée chez lui, semaine où régnaient hypocrisie et faux semblants. Tout est faux, tout n'est que poignards dans le dos et sourire dans la face. Quand je suis parti, après une semaine passée à ne cesser de nous disputer, j'ai été très clair : il ne me reverrait plus. Pourtant, il ne m'a pas coupé les vivres, et surtout, il n'a répété à personne ce qu'il avait osé me dire en face : qu'après tout ce que je lui faisais subir, il ne me considérait plus comme son fils. Il ne veut pas perdre la couronne des Leroy au profit de son frère. Il veut faire croire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, alors qu'en l'espace de quelques mois, il a perdu une épouse et un fils.
Pour résumer : mon éloignement n'a commencé qu'après l'empoisonnement de ma mère et n'a pu être arrêté par les vaines tentatives de mon père. Je crois que le mot « nocivité » que tu emploies est assez juste pour le qualifier : le sentiment d'étouffement dans lequel je me suis senti piégé était indescriptible, je sentais les mains de mon père se serrer contre mon cou jusqu'au moment où je les aies arrachées. Evidemment, ça n'avait rien à voir avec ces « gonzesses » comme il les appelait, qui se baladaient à son bras. Elles ont été le déclencheur. Était-il la cause du malheur de ma mère ? Je peine à en douter, maintenant que tu le mentionnes. Qu'il y ait participé, je crois que je l'ai toujours su, mais qu'il l'ait créé … A la facilité avec laquelle il lui a dit au revoir,  j'ai plus de mal à le dénier. Saurais-je jamais comment ? Par quel détour peut-on rendre une femme aussi malheureuse que ma mère l'a été ? Je ne sais pas si j'ai vraiment envie de le savoir …      

Bon, je crois que je vais m'arrêter là quant à ma partie, elle devient véritablement trop longue, et je ne veux pas t'ennuyer. Tu en sais maintenant plus sur moi que la plupart de mon entourage, ma plume semble courir sur ce troisième parchemin, et nous étions en principe supposés parler de toi.
Résumons donc la situation : tu nais dans dans une famille de sangs-purs conservateurs, et acquiers par là le statut de deuxième dauphin des Slezniov. Ton frère fait déjà ses preuves en matière de magie alors que tu viens à peine de naître. Tes pouvoirs tardent quant à eux à apparaître, chose qui devait particulièrement angoisser tes parents, s'ils sont un tant soit peu comme les miens. C'est sur ce prétexte que Vassili qualifie ton « incomplétude » : un sang-pur doit être capable de produire de la magie – sinon, comment expliquer notre supériorité ? Tout le monde dans lequel tu évolues t'insulte et te regarde de haut, tu deviens une honte pour le nom des Slezniov. Certains se moquent de toi et d'autres te craignent, mais Vassili, lui, te regarde droit dans les yeux, comme le ferait n'importe quel frère. Jusqu'à tes neuf ans, pas une trace de magie chez toi ; tu suis ton frère comme son ombre, il t'aide à te sentir entier, et ça fonctionne. Mais cet état de complétude n'était pas destiné à rester, puisque c'est là qu'apparaît le gouffre ; plus rien pendant un temps et quant tu te réveilles, tu as des pouvoirs, et ta famille décide de quitter la Russie pour rejoindre l'Angleterre.
Plus je te lis, plus j'en suis persuadé : tu n'as rien oublié, surtout pas si tu situes ce « trou de mémoire » à tes neuf ou dix ans. Conséquences de toute cette affaire, en tout cas, tu es véritablement devenu incomplet : on te faisait croire que tu l'étais avant, puisque tu n'avais pas encore fait de magie, mais l'étais-tu véritablement ou est-ce seulement quelque chose dont on t'a convaincu ? Cette fois-ci, en tout cas, c'est différent : il te manque effectivement quelque chose. Quelque chose t'a véritablement été enlevé. Si ce sont tes défenses personnelles qui se sont appliquées à effectuer ce « découpage », comme tu l'appelles, ou si c'est un sorcier qui l'a perpétré, c'est là que réside la véritable question : on pourra en effet arguer que c'est le traumatisme que représente cet événement qui t'aura fait tout oublier. Penses-tu que ce serait possible ? Que cette chose qui t'es arrivée juste avant l'apparition de tes pouvoirs ait pu être tellement terrifiante, angoissante, qu'elle ait premièrement permis l'apparition de la magie enfouie en toi, et qu'elle ait causé deuxièmement  un refoulement massif de tout l'événement ?
J'avoue avoir du mal à croire en cette proposition, au combien la lecture freudienne pourrait l'éclairer. On a tenté de te convaincre que ce n'était qu'un oubli : mais oublie-t-on simplement quelque chose d'aussi massif ? Et pourquoi alors ne pas t'aider à t'en souvenir ? Pourquoi ne pas te rappeler l'événement ? J'ai entendu mille fois l'histoire de la première fois où j'ai effectué de la magie : mes parents n'auraient pu en être plus fiers. Tes parents auraient dû l'être aussi, surtout s'ils t'ont cru cracmol pendant dix ans.

J'écris et je me rends compte que je suis brusque. C'est cette écriture qui te donne des nuits blanches. Ma clarté ne laisse pas de place au tact … Je m'en excuse d'avance, et à nouveau. Peut-être ai-je tout faux, peut-être ai-je trop tendance à trop voir d'horreurs dans ce monde auquel je m'applique à tourner le dos… Ça ne serait pas étonnant, crois-moi.
Georgia m'appelle, j'ai déserté notre couche depuis trop longtemps déjà. Avant de clore cette lettre, j'aimerais tout de même te faire une proposition – après tout, quitte à commencer un quatrième parchemin, autant en faire l'usage : d'abord, je ne sais pas si tu le sais, mais j'étudie la médicomagie à Sainte-Mangouste ; ça me donne accès à une immense bibliothèque d'ouvrages dont certains, j'en suis sûr, seront consacrés aux pertes de mémoire. Je peux aller faire quelques recherches pour toi,  quitte même à t'envoyer quelques œuvres, il te suffit d'ordonner, et je serai ton serviteur. Je pense néanmoins que quelque que soient les théories que je puisse lire à ce sujet, seule ta famille pourra t'apporter les réponses dont tu as besoin.

Avec mon affection,

 
Adonis Leroy
© sobade.

 

 

⊹ Anatoli & Adonis
Le russe et le français

Adonis est vidé, quoi que satisfait. Ses doigts lui font mal tant il a écrit, et il sent la frustration monter alors qu'il voit la cage d'Azur désertée – évidemment, c'est la nuit, il chasse. La lettre ne pourra pas partir avant le petit matin. Il se glisse jusqu'au lit où sa blonde l'attend ; il est bien réveillé, tandis qu'elle se blottit contre lui pour s'endormir. Il n'arrive pas à déterminer si le retour dans le temps qu'il vient d'effectuer est plus apaisant que douloureux, avant de se questionner sur le sort d'Anatoli : sa famille est-elle vraiment capable de faire ça ? D'arracher un bout de vie à un enfant, aussi honteux que ce bout de vie ait pu être ? Jusqu'où va le vice de ces familles au sang-pur ? Ça en devient comme un jeu terrible, entre Anatoli et lui : qui aura la pire ?
Le français songe à attraper l'édition de Malaise dans la Culture posée sur sa table de chevet, mais il ne veut pas réveiller sa belle. Pourtant, il le fait quand même, avec néanmoins une autre intention en tête : quitte à ne pas dormir de la nuit, autant qu'elle l'accompagne dans son insomnie.

ω



Georgiado
« Moi je t'offrirai des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas. Je creuserai la terre jusqu'après ma mort pour couvrir ton corps d'or et de lumière. Je ferai un domaine où l'amour sera roi, où l'amour sera loi, où tu seras reine. Ne me quitte pas » Jacques Brel
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MessageSujet: Re: Ephrem - Hibou d'Anatoli Slezniov   Mer 22 Juin - 19:05


 
 

 
Adonis Leroy
Earlham Street, 11
London

 
Londres, 8 octobre 1977

 
Anatoli,
 

Je prends le temps de te répondre, assis à la bibliothèque de Sainte-Mangouste, entre différentes œuvres très éclairantes sur la question de la mémoire. J'aurai quelques ouvrages à te transmettre, Anatoli, et je crois que ça sera l'occasion pour nous de nous rencontrer. Je me doute que trouver une excuse pour me voir ne sera pas facile pour toi – la rumeur de ma trahison a dû se répandre à Poudlard aussi rapidement qu'on attrape la dragoncelle – mais je pense qu'on ne pourra pas retarder encore longtemps ce que je crois être une nécessité. Tu n'auras qu'à inventer que je suis une des nombreuses prétendantes russes que tes parents veulent que tu rencontres, et l'affaire sera réglée. Tu noteras ici que je suis prêt à beaucoup pour te rencontrer, même à porter des talons hauts … Si Georgia le savait, elle en serait probablement jalouse, mais ne nous égarons pas ... Je crois savoir que Poudlard organise une sortie à Pré-Au-Lard pour leur week-end d'Halloween – ces anglo-saxons ne cesseront jamais de m'épater avec leurs festivités folkloriques. Je ferai en sorte d'être disponible pour que nous nous y rencontrions, si cette date te convient bien sûr. J'aurai quelques commentaires à te transmettre sur ces ouvrages au moment venu ; en tout cas, il y en a certains que je pourrai emprunter pour toi, la tâche sera donc facile dans leur cas, mais d'autres œuvres sont attachées à la bibliothèque et ne pourront en sortir. Tu te doutes que c'est là-dedans que résident les informations les plus intéressantes, et surtout celles que je ne peux me permettre de divulguer dans une lettre, par crainte qu'elle n'atterrisse dans de mauvaises mains. J'aimerais en tout cas te rassurer sur un point : faire ces recherches pour toi a quelque chose d'assez passionnant pour moi, je ne me suis pas lancé dans ce champ d'études pour rien. Je me nourris de mes lectures que je suis loin de trouver pesantes ou désagréables. Quant à chronophages … Elles le sont sûrement, mais je suis persuadé qu'on ne laisse son temps être dévoré que par des choses que l'on apprécie faire.
Tiens-moi donc au courant de ton emploi du temps, mais il nous reste de toute façon près tout près de trois semaines pour organiser cette rencontre, ça ne devrait pas nous poser trop de problème.

Passons maintenant aux choses sérieuses, et puisque j'ai commencé par ta situation, je vais continuer sur ce chemin-là. En te lisant, je me dis que si je t'avais rencontré à cette époque, je n'aurais pas effectué sur toi un meilleur traitement que celui que tous ces adultes t'ont infligé. Du haut de mes huit ans, je me serais moqué de toi comme on m'a si bien appris à le faire. Je t'aurais nargué avec la baguette dont on m'avait fait cadeau cette année-là pour me féliciter de mon comportement exemplaire lors de l'enterrement de mon grand-père, et je t'aurais rappelé combien toi, tu n'aurais jamais le droit d'en avoir une. Maintenant que j'écris cela, je me rends compte de combien ce cadeau est absolument sordide : sur le lit de mort de mon ancêtre, j'ai reçu sa baguette qui est aujourd'hui toujours la mienne, et ce parce que je n'ai ce jour-là pas réclamé trop d'attention … Moi qui reprochais aux anglais leur comportement folklorique, on atteint quand même ici des sommets... Ça me paraît aujourd'hui folie que de malmener un enfant pour sa différence, qui plus est différence qui n'est que banalité quand on prend la norme de quelques autres millions (milliards ?) d'êtres humains. Que tu sois ou ne sois pas cracmol, ça n'a finalement aucune importance : il fallait se moquer, dénigrer, mépriser, juste au cas-où, et ce pourquoi ? Pour cacher la peur, la terreur que l'on éprouve face à l'idée de ne pas être magicien, je n'en ai aucun doute, puisque c'est là, finalement, que réside chez moi ma plus grande terreur. Je suis fils de sang-purs, et si je ressens cela, d'autres doivent le ressentir aussi, j'en suis certain. Être privé de magie, moi qui ne sait rien faire de mes dix doigts ! Être arraché à un monde qui est le seul que je connais, pour être transporté vers un environnement qui me paraît, je ne peux que le dire, terriblement inconnu, comment y survivre ? Je comprends la peur, je la vis moi-même, mais les conséquences qu'elle a, je ne peux m'empêcher d’écarquiller les yeux face à elles. Tu as certainement raison, je reste fixé sur le pourquoi. Pourquoi donc mépriser les moldus, pourquoi se sentir supérieurs à eux ? Pourquoi la peur fait de nous des êtres aussi faibles ? Enfin, c'est à mon tour de m'égarer, arrêtons-nous donc là.

Ton enfance éclectique a le don de me fasciner tant elle a été différente de la mienne. Laissé seul à errer dans les rues d'une grande ville, uniquement protégé et surveillé par ton frère … Tu dois en garder des souvenirs étonnants. De mon côté, je m'étonne que les crises de colère que tu décris n'aient pas déclenché en toi ta magie, c'est pourtant typiquement le genre d'événement à la suite duquel les assiettes se retrouvent explosées en mille morceaux et les cheveux des parents brûlés jusqu'à leur racine. Conséquence de tout cela : je ne suis que plus curieux de savoir ce qui a véritablement déclenché chez toi cette magie profondément enfouie. Que fut-ce ? La joie ? La tristesse ? La peur ? Evidemment, cette curiosité ne risque pas d'être assouvie tout de suite. Il me semble que nous avons maintenant établi que cette apparition de la magie coïncide avec cet événement retiré de ta mémoire, tu n'en retrouveras donc sa nature qu'au bout d'un chemin sur lequel je te promets de t'accompagner, tant que tu voudras en tout cas de moi. J'ai tout de même l'impression d'arriver au bout de ce que je peux faire pour toi, avec cette recherche bibliographique. En effet, quoi que je puisse lire qui réunisse tous les symptômes que tu m'évoques, je reste persuadé que dans ton cas aussi, il s'agit de chercher du pourquoi, pas du comment. Et ça, les bouquins ne te l'expliqueront pas, seuls ceux qui sont à l'origine de ce traitement pourront t'éclairer. Mais peut-être qu'à l'inverse de moi, tu ne veux pas connaître les raisons de cette opération, et préfères laisser ça au passé. Merlin sait que ce n'est pas toujours bon de remuer le couteau dans la plaie.

Une question me brûle les lèvres depuis que nous avons commencé à nous écrire, et je crois qu’il est temps que je te la pose : ne crains-tu pas le moment où tu vas devoir choisir un camp ? Cette interrogation doit te sembler hors propos, pourquoi suis-je en train de te parler de la guerre alors que nous parlions de ta mémoire ? Crois-moi pourtant, j’ai une idée en tête. La guerre se prépare, j’en suis le premier témoin ici à l’hôpital où nous arrivent des blessés de toutes parts ; on pourrait croire que j’ai fait un choix, j’ai en effet tourné le dos à ma famille et à ses idéaux tordus, on me prend souvent à lire l’œuvre d’un grand écrivain moldu, et je ne regarde pas la couleur du sang de mes patients (et Merlin sait que certains magicomages ici le font …). Mais je vois mon meilleur ami, avec qui je vis, qui écume tout Londres pour espérer rentrer en contact avec l’Ordre du Phoenix, auprès desquels il rêve de s’engager. Quand il me parle de cette volonté, j’ai l’impression d’en être à des kilomètres. J’ai l’impression d’être coincé dans un entre-deux duquel je n’arrive pas à sortir. J’admire le courage de ceux qui choisissent (que ce soit un clan ou l’autre, quoi que, je suis de plus en plus persuadé que l’un des deux choix relève plus de la faiblesse que du courage, mais là n’est pas le propos). Tout ça pour dire : on sent au travers de tes mots le lien qui t’unit, entre autres, avec ton frère. Se sent il même concerné par cette guerre ? Peut-être pas, mais toi, tu dois forcément l’être, tu as vécu plus de temps que lui en Angleterre ? London is my home, sans aucun doute ; j’ai tourné le dos à la France au moment où j’ai tourné le dos à mon père. Je me sens concerné, par la guerre. Reste la question de la légitimité : est-ce vraiment ma place, celle d’un sang-pur qui n’a pas hésité, toute sa vie, à dénier les « sangs-de-bourbe », que de les défendre maintenant ? La réciproque vaut d’ailleurs aussi : pourrais-je rejoindre la pensée sympathisante, moi qui compte aujourd’hui plus d’amis sang-mêlé que sang-pur ? Certains diraient que oui, qu’il faut faire un choix. Je me connais : j’attendrai le dernier moment. D’un côté, c’est parce que je ne veux pas y croire, à cette guerre. De l’autre, et je crois que c’est la principale raison pour laquelle je retarde cette prise de décision, c’est parce qu’elle me confronte à une problématique bien plus personnelle : elle finalisera le choix que j’ai fait cet été. Si je choisis, comme mon meilleur ami, de poursuivre l’Ordre pour y trouver une place, je dis définitivement adieu aux Leroy. En réalité, je ne songe pas à l’autre porte qui s’offre à moi : ça n’arrivera jamais, je ne me rangerai pas du côté de celui qui se fait appeler Seigneur des Ténèbres. Anatoli, es-tu capable de faire un choix ? Es-tu capable de tourner le dos à ta famille et à ton environnement et surtout à tous ses idéaux, quoi qu’elle t’ait fait subir pour que tu perdes la mémoire ? Apparemment, le décès de ma mère ne m’a pas suffi, c’est à se demander ce qui serait suffisant. Tu comprends bien mes mots, je crois : je te pose la question autant que je me la pose à moi-même.
Je crois, à la lecture de tes lettres, ne pas trop m’être avancé en présumant que le Mage Noir ne te séduisait pas non plus, et pourtant te voilà toi, imitant le stéréotype du parfait Serpentard à Poudlard ? Et moi qui détourne les yeux à chaque fois que quelqu’un ose me mettre devant le fait accompli... Que choisit-on, dans ces cas-là ? De tourner le dos à notre famille, quoi qu’elle nous ait fait, et bien qu’elle nous ait construite ? Je veux dire, d’une manière définitive, c’est ce que les guerres font, n’est-ce pas ? Elles créént des schismes entre les peuples. Allons demander aux moldus, ils doivent être plus renseignés, ils en ont connus des belles.

Bref, j’ai l’impression que cette fois, c’est moi qui me suis égaré ; si c’est le cas, je te prie de m’excuser. Merci de me lire assidument en tout cas. Crois-moi, ça me fait du bien à moi aussi…
Tiens-moi au courant pour ce rendez-vous, et moi, je retourne à ma lecture.

Avec toute mon affection,

 
Adonis Leroy
© sobade.

 

 

⊹ Anatoli & Adonis
Le russe et le français

Adonis plia le parchemin avec attention, comme sa mère lui avait appris à le faire. Il récupéra dans son sac sa barrette de cire rouge qu'il laissa fondre un instant au-dessus de la flamme de la bougie qui brûlait à côté de lui. Puis, il laissa la cire couler sur son parchemin, de sorte à le sceller. Presque machinalement, il apposa sur le liquide encore chaud le blason des Leroy, gravé dans la chevalière qu'il portait à l'auriculaire droit. Son père la lui avait offerte à son entrée à Beauxbâtons, de sorte à ce qu'il soit un Leroy jusqu'au bout des doigts, comme il l'avait si bien formulé.
Drôle d'ironie qu'Adonis la porte toujours aujourd'hui alors qu'il se jurait qu'il n'en était plus un. Il n'était plus Adonis Leroy. Mais qui était-il, alors ?

Spoiler:
 

ω



Georgiado
« Moi je t'offrirai des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas. Je creuserai la terre jusqu'après ma mort pour couvrir ton corps d'or et de lumière. Je ferai un domaine où l'amour sera roi, où l'amour sera loi, où tu seras reine. Ne me quitte pas » Jacques Brel
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MessageSujet: Re: Ephrem - Hibou d'Anatoli Slezniov   Mar 2 Aoû - 1:38


 
 

 
Adonis Leroy
Earlham Street, 11
London

 
Londres, 19 octobre 1977

 
Cher Anatoli,
 

L’affaire est donc réglée, nous nous verrons le 31 à la Tête de Sanglier si ça te va, tu m’enverras une note pour l’heure à laquelle tu pourras être là et je transplanerai au moment voulu. De toute façon, les stagiaires ne travaillent pas ce jour-là, il parait que certains voulaient rentrer chez eux pour la fête, et on nous a à tous accordé ce droit ; je suis donc libre quand tu veux. J’ai hâte que ce jour arrive, d’abord parce que les livres que j’ai sélectionnés pour toi s’empilent, mais surtout parce que ça me paraît aujourd’hui presque incongru que tu en connaisses autant sur moi sans que nous ne nous soyons jamais parlé. J’espère néanmoins que tu me pardonneras mon flux de parole que je sens déjà arriver. Je parle trop, quand je suis impressionné, et tu m’impressionnes, Slezniov. De tes lettres transpirent déjà toute ton intelligence et ta grandeur d’esprit, je n’ose même pas imaginer ce que ça doit être quand on se tient face à toi. Tu es doté d’une sensibilité que j’ai rarement vue chez quelqu’un, et l’exposer comme cela, ne serait-ce que par lettre, à quelqu’un qui il y a moins d’un mois n’était qu’un inconnu … c’est courageux … Et ton humour, par Merlin, quel cynisme, ça en serait presque décapant. Ta remarque sur mon éventuelle moue condescendante de gamin, quelle sauvagerie, De Funès et tout son talent (encore un sacré moldu !) ne m’avait pas encore arraché un sourire pareil !
Bref, j’aimerais te remercier pour tes mots qui m’ont touché plus que de raison. Je crois que je commence à comprendre pourquoi tu es venu t’adresser à moi il y a maintenant trois ou quatre mois. Nos expériences se ressemblent, Anatoli, et c’est pour cela que t’évoquer quelques bribes de ma vie me permet à moi aussi d’y voir plus clair. Ce n’est pas pour rien que je suis revenu vers toi après ta tentative maladroite de juin dernier. Je crois que j’avais déjà compris que tu saurais m’accompagner dans ma quête de réponses, comme je tente de t’accompagner dans la tienne. Ce qu’il est fort, cet inconscient ! En tout cas, si je ne sais pas si toutes les qualités jaunes et noires que tu m’attribues me caractérisent vraiment, j’ai été extrêmement fier d’appartenir à cette maison, ne serait-ce que pour un an. Le grincement de dents passé après l’annonce du Choixpeau (parce qu’évidemment, on m’avait appris à croire que la Maison de Helga Poufsouffle était celle des faibles), j’ai appris à découvrir mes camarades, et je crois qu’ils ont été très importants dans mon ouverture d’esprit. Je ne sais pas tant si ce sont les élèves qui forment la maison, ou la maison qui forme les élèves, à vrai dire. J’ai en tout cas l’impression que sans ce passage par la case des blaireaux, je ne me serais peut-être pas lancé dans cette profession qui est finalement comme une vocation pour moi … Enfin, de toute façon, si je n’étais pas passé par la case Poudlard plus généralement, je n’en serais pas là aujourd’hui. J’ai passé l’été à regretter la décision que j’avais prise, un an auparavant, de venir en Angleterre. Si tu savais combien tout a basculé pour moi à partir de la seconde où j’ai enfilé cet uniforme noir (enfin, tu dois quand même en avoir une petite idée, maintenant, après tout ce que je t’en ai dit). Pourtant, aujourd’hui, je crois m’être décidé à ne pas regretter. J’ai perdu ma mère, mais j’ai énormément gagné, aussi. Je me suis trouvé, je crois. J’espère que tu pourras bientôt en dire autant. Et tu sais, on peut trouver des personnes de confiance un peu partout autour de soi, même là où on ne les attend pas. Il m’a fallu un peu de temps pour m’ouvrir à toi, si bien que parfois, je regrette presque d’avoir mis tant de temps à t’écrire. Mais je me suis quand même trouvé ce que je crois être un allié – oserais-je employer le mot ami ? – dans un cercle qui me paraissait inatteignable : celui des sang-purs russes de bonne famille.

Tu m’avais évoqué tes colères, oui. Nous n’en avions néanmoins pas fait grand-chose, j’espère donc que nous pourrons développer ça autour de notre bière au beurre aux trois balais – à défaut que ça soit sur la plage de Saint-Tropez, un pastis à la main. Nous avons matière à travailler, de toute façon. Je crois que j’emporterai cette dernière lettre que tu m’adresses lors de notre rencontre. Elle met en avant tous les points importants que nous avons réussi à faire ressortir jusqu’à présent. Je suis fier de voir l’avancée que tu effectues et à laquelle j’ai participé. Le fil rouge que tu viens de tracer est d’une clarté sans nom, et les lacunes – ou devrais-je plutôt dire, la lacune – qui reste n’est pas vraiment de ton ressort. La conclusion que tu en tires me parfait tout à fait correcte : refoulement freudien ou magique, là n’est pas vraiment la question. Il s’agit de chercher à connaître ce qui en a été la cause pour le ramener dans le conscient, que ce soit d’une manière freudienne ou là encore, magique. Si tu sens contraint à le faire, comme tu me l’écris, alors nous nous y mettrons avec assiduité. Je crois qu’en effet, si tu espères retrouver le sommeil un jour, il faudra répondre à cette contrition, quitte à passer par une phase où tu ne dormiras plus du tout. Sans aucun sous-entendu mal placé (je m’applique à écrire cela au cas où Georgia serait en train de regarder au-dessus de mon épaule), si tu me le permets, je pourrai t’accompagner même dans ces insomnies. Pas littéralement (je te jure, parfois j’ai l’impression qu’elle a des yeux partout), mais en l’esprit. J’espère que tu me feras assez confiance pour partager avec moi les conclusions que tu tireras de la discussion qu’on aura le 31, et des livres que je te prêterai à ce moment-là. En un mois, j’ai déjà l’impression que nous avons parcouru un certain chemin, toi particulièrement, mais je te l’assure, moi aussi.

Je ris en lisant la description que tu me fais des Sang-Purs que tu côtoies. Il vaut mieux ça qu’en pleurer, n’est-ce pas ? Je t’avoue maintenant avoir enlevé et réécrit ce paragraphe plusieurs fois avant qu’il soit formulé comme tu l’as lu. Je ne voudrais pas, justement, être trop direct. Je ne voulais pas que tu te braques ou que tu te sentes mal à l’aise, mais en même, j’avais l’impression d’avoir besoin de te poser la question – certainement parce que je me la pose à moi-même avant tout. C’est une question qui me paraît tout aussi incongrue et ubuesque que nécessaire. Nous devrions tous nous la poser, et quand je dis nous, je veux mentionner les sangs-purs, aujourd’hui, car nous vivons en Angleterre et que cette grande île est au bord de la guerre. Mais en même temps, comment se la poser quand nous sommes à l’exact cœur de ce qui dérange, quand nous sommes à la frontière entre les deux extrêmes ? Je suis un sang-pur et je crois que je l’assumerai toujours alors qu’aujourd’hui, certains me demandent d’en avoir honte. Des personnes très bien, très douées, très saines, on tout de même porté le nom Leroy, et quand bien même ça n’aurait pas été le cas, ce n’est tout de même pas de ma faute si je suis né avec ce nom-là. Nous demander de rejeter tout ce que l’on nous a appris … ça part d’une bonne intention, je crois, mais se figurent-ils que ce serait quelque chose de facile ? Et quand, de l’autre côté, ils nous demandent de tout accepter en bloc, de ne pas se poser de questions ? J’aimerais avoir l’esprit aussi clair que celui d’un Black. Sirius et Andromeda sont partis d’un côté, Bellatrix est restée de l’autre, pour mieux s’y ancrer. Ceux qui ne semblent pas vraiment avoir eu le choix, un peu à ton image, ce sont les benjamins de chaque branche : Narcissa qui a dû rattraper l’erreur de sa sœur en se fiançant avec le Malfoy, et Regulus qui doit rattraper celle de son frère pour devenir le parfait héritier Black. Tu dois mieux le savoir que moi, vous êtes dans la même année, non ?

Je ne sais pas bien pourquoi je te parle de ça, et pourquoi je déblatère en plus sur les Black qui ne m’avaient rien demandé. Tout cela n’a rien à voir avec cette question d’oubli qui te taraude, mais je suppose que c’est ce qui me taraude, moi, en ce moment. On aura tout le temps d’en parler le 31, en tout cas.

A nouveau, avec toute mon affection,

 
Adonis
© sobade.

 

 

⊹ Anatoli & Adonis
Le russe et le français

Adonis lit et relit sa lettre, se demandant s’il doit la laisser telle quelle ou s’il doit réinsérer cette phrase qu’il a déjà effacée puis remise maintes et maintes fois. Osera-t-il ? Apparemment pas, il a déjà appelé Azur à la tâche. Il ne veut pas effrayer Anatoli, il ne veut pas briser la confiance qui a réussi à s’installer entre eux parce qu’il a été un peu trop avenant.  Je ne crois pas qu’une personne naisse morcelée, bien au contraire. Je crois qu’on s’applique à la morceller à cause de la menace qu’elle représente, c’est bien pour cela que certaines personnes prennent tant de plaisir à en briser d’autres. Pour mieux pouvoir les reconstruire à la suite. Le sous-entendu est trop clair, et pourtant, il n’arrive pas à reformuler sa phrase de sorte à pouvoir l’inscrire dans la lettre. Plus les lettres passent, plus Adonis en est persuadé. Les Slezniov sont au premier plan dans ce que leur plus jeune héritier appelle son incomplétude ; ce sont ses lectures qui le poussent vers cette conclusion. La raison, il ne saurait pas même l’effleurer, mais la cause, c’est eux, il en est plus sûr chaque jour. Vassili semble en être un noyau encore plus certain. Mais cette conclusion ne doit pas venir de lui, au risque qu’Anatoli se braque (ou qu'Adonis ait tort, tout simplement). C’est le jeune Serpentard qui doit la formuler, pour mieux pouvoir l’accepter.

ω



Georgiado
« Moi je t'offrirai des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas. Je creuserai la terre jusqu'après ma mort pour couvrir ton corps d'or et de lumière. Je ferai un domaine où l'amour sera roi, où l'amour sera loi, où tu seras reine. Ne me quitte pas » Jacques Brel
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