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 Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups

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MessageSujet: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Lun 5 Sep - 1:25


Василий Александрович Слезнов

La nuit viendra et d'un coup de dent dévorera tout

ϟ Prénom(s) : Vassili. Un prénom choisi presque au hasard, par des parents égarés, perdus dans les grandes salles vides de ce palais, et face à cet objet, incongru. Un berceau, avec cet être écarlate et vagissant. Qu'il porte ce nom, ce nom de monarque, puisqu'il en faut un... Et que l'on y accole ce patronyme, seul héritage venu de son père : Alexandrovitch.
ϟ Nom : Les dynasties de magiciens russes remontent en des temps antiques, à l'ère des Rurikids et des puissants mages scandinaves. Leur sang a suivi les veines fluviales de la grande Russie, et coule maintenant en moi. Un sang pur, qui me donne mon nom : Slezniov.
ϟ Age : 27 ans
ϟ Date et lieu de naissance : La neige avait recouvert les ruines, jadis fumantes. Un espace meurtri, chaotique, semblable à un océan de glace décharné. Stalingrad. Au creux de la Volga gelée, sombre et austère, la demeure des Slezniov. J'y suis né. Ce 21 janvier 1950. Enfant du coeur de l'hiver..
ϟ Statut & Sang : Sorcier Sang-Pur. Oseriez-vous remettre cela en cause ? La pureté de notre race, la pureté de notre lignée, est inscrite dans les archives les plus ancienne, qui courent au fil des siècles jusqu'à mes veines... et celles de mon frère.
ϟ Particularité, don : non-obligatoire
ϟ Ancienne Maison : Je sais ce que je veux. Et le plus souvent, je l'arrache, par n'importe quel moyen, traître comme l'onde mouvante, bondissant au gré de mes ambitions. Dans les anciens halls de Durmstrang, je fus désigné pour rejoindre les Wasser. En cette terre où l'eau se fait rapidement glace, aux éclats durs et tranchants.
ϟ Profession : Nos familles ont des intérêts, qui s'étendent bien au-delà des frontières de nos nations. Je les défends, diplomate au service du ministère de la Magie d'Union Soviétique. Et croyez moi... la négociation n'est qu'une facette de ce métier.
ϟ Opinion Politique : Il est des idées anciennes, sur lesquelles se sont basées notre histoire, nos traditions... et notre pouvoir. Forgé par cette idéologie, comptez-moi au rang de ces Sympathisants.
ϟ Baguette : 30,5 cm, épicéa, ventricule de dragon. Une baguette rigide, puissante, quoique difficile à manier.
ϟ Patronus : Il est des sacrifices à accomplir, sacrifices de sang, sacrifice d'âme. Je n'ai pas de patronus. Le prix à payer pour s'initier aux arcanes des savoirs les plus sombres.
ϟ Epouvantard : Tolia... Je le vois, hésitant, puis brusquement frappé d'inertie... Alors son corps décharné se cambre, se brise, se déchire en un hurlement muet. Frappé du sortilège Doloris. Personne ne peut plus le torturer de la sorte. Personne. Je le sais... Personne d'autre que moi.
ϟ Amortentia : Si jamais vous allez à Leningrad, traversez le parc Alexandrovsky et ralliez l'île aux lièvres. De là, longez les murailles de la forteresse Pierre-et-Paul, et placez-vous face à la Neva. Respirez. Et sentez cet air aux senteurs salines qui vous vient du golfe de Finlande comme un souffle de liberté.
ϟ Miroir du Rised :Au coeur du Kremlin moscovite, dans les dédales du ministère russe de la Magie. Derrière cette porte, d'or et d'argent... Me voilà, trônant, comme un souverain des temps païens. Maître du pouvoir et des destinées qui germent sur le sol russe.
ϟ Feat : Martin Wallström
ϟ Crédits : tumblr
Image: Cranberry
Qui es-tu ?
Ces questions nous servirons à mieux comprendre votre personnage. Vos réponses doivent faire 50 mots au minimum. Pour vous aider, n'hésitez pas à aller lire la chronologie.

1. Votre personnage partage-t-il les idées montantes qui reprochent aux nés-moldus l'impureté de leur sang ?
Au départ l'Homme n'était rien, rien qu'un amas cellulaire, un amas planctonique barbotant dans l'immensité océane. Reptiles, ils ont atteint la terre, mammifères ils l'ont colonisée... Vous n’étiez que des singes, dégringolant de vos branches, vous n'étiez que des êtres voûtés, velus, hésitants... Nous avons appris à maîtriser la magie. Nous avons purifié nos lignées, évoluant vers toujours plus de... perfection. Nos savoirs, nos traditions se sont forgées au fil des siècles. Un mécanisme d'acier, plus lourd que n'importe quelle autre réalité. Nous somme l'évolution. Une aristocratie destinée à dominer toute autre existence, un aboutissement de vie, au sang pur, à la lignée écarlate tissée à travers les âges, tendue vers cet avenir qui nous appartient. Les sang-de-bourbe ne sont guère d'autre que des rebuts de l'histoire naturelle. Des hominidés malhabiles, maladroits. Des êtres inférieurs qu'il convient de brider pour les remettre à leur place juste. Rien d'autre que de la vermine à écraser.

2. Que pense votre personnage du ministère actuel ? Le trouve-t-il plus apte à faire face à la situation actuelle ? Le trouve-t-il trop idéaliste, laxiste, sévère ?
Les Britanniques. Des libéraux, farcis de tolérance. Ils ne savent pas, ils ne savent plus où plongent les racines de leurs savoirs, à travers quelles profondeurs lithosphériques elles se sont enfouies, à travers quelles crevasses, à travers quelles fissures, jusqu'à quel abîme antique remonte leur tradition. Ils nient tout ce qui les constitue, ils nient leur propre sang. Le Ministère ne se bat guère plus que pour l'ombre qu'il est, un pâle reflet de puissance, la persistance d'une institution... Il peut bien se faire austère, se faire sévère, il ne défend rien, rien que du vent. Un vide béant où hurlent les fantômes du passé, oubliés dans leur caveau. Car il ne peut y avoir que mensonge lorsque l'on renie son sang.
3. Votre personnage est-il prêt à s'investir dans la défense de ses idées, quelles qu'elles soient, ou préfère-t-il rester éloigné des jeux des politiques ?

La politique n'est pas un jeu, c'est une lutte, sanglante, c'est une confrontation de pouvoirs... Pourquoi les sang-mêlé, les sang-de-bourbe, voudraient s'en emparer, sinon ? Ils veulent imposer le métissage comme une règle, pour affaiblir les nôtres, nous égaliser avec la bassesse moldue. Je suis ambassadeur, je résous tous ces problèmes politiques, pour la communauté sorcière de Russie, loin de nos terres natales. Oui, nous défendrons la pureté de notre race partout où il faudra la défendre. Par le sang et la mort, s'il le faut.

4. Que pense votre personnage du rapprochement des ministères de la magie anglais, français et slaves ? Est-ce un front utile et capable contre la menace que représente en Europe la montée de Voldemort au pouvoir ?

Il est utile, oui, de tisser des liens par delà les terres et les mers. Il nous faut tisser nos relations dans chaque nation, pour lutter contre la montée des idéologies libérales, des idéologies de métissage. Chaque nation a sa tradition à préserver... Il nous faut jouer finement, afin de veiller à la sauvegarde de ces intérêts, entrer dans la danse pour être au centre des attentions, pour porter nos discours conservateurs... Et si le pouvoir changeait de main en Angleterre... Ce serait loin d'être un drame. Tant que la tradition de notre sang est préservée. Ces relations que nous tissons devraient nous permettre de nous rapprocher de ce Voldemort, de cet homme du passé... et de notre avenir commun.
Survole l'image pour en savoir plus
Anecdotes



  • Pourquoi tu veux des anecdotes sur moi, toi ? Rien n’est anecdotique dans la vie d’un Slezniov. Si notre sang est pur, ce n’est pas par ces petits fragments de vie, par ces parenthèses dans lesquelles vous voulez fouiner. Notre Histoire s’inscrit avec un H majuscule.

  • On avait un chat, lorsque j’étais petit. Un bleu russe. Mes parents y étaient beaucoup attachés. Mais vous savez ce que c’est. On ne contrôle pas ses pouvoirs, quand on est petit. Et je n’avais pas apprécié qu’il me griffe… Pas du tout apprécié. La misérable bête.

  • Les moments les plus lumineux de mon enfance… Juste avant d’entrer à Durmstrang, ces longues chasses, dans l’hiver Sibérien. La neige, immaculée, à perte de vue, et toute cette vie qui foisonne malgré tout. Et dans le calme absolu, dans ce silence entier, l’infini à portée de main… Les seuls moments où mon oncle pouvait paraître humain, chaleureux…

  • Je n’ai que rarement été puni, malgré la violente discipline qui régnait à Durmstrang. Il s’agit simplement de savoir régner sur les siens, de faire régner un climat et d’autorité qui vous soit directement attaché… La crainte se gagne rapidement, le respect vient ensuite. Il y en a un qui a osé m’insulter, un jour. On l’a retrouvé nu dans la neige. Il n’a voulu donner aucun nom.

  • Si j’ai déjà tué… Vous n’en aurez aucune preuve. Mais j’ai vu mourir, oui, beaucoup d’hommes, des moldus, des sang-de-bourbe, des cracmols. Mais ce n’est pas un meurtre, ce n’est pas un assassinat, lorsque l’on travaille pour la science, pour la biologie… et avec les autorisations nécessaires, en théorie. Il faut voir palpiter les organes, exposer à l’air, battre encore un instant, et puis plus rien… La vie qui ne tient qu’au fil du scalpel, qu’à la pointe de la baguette. Pour finir sous la neige, loin, très loin des hommes, broyée par le camp de correction.

  • Je maîtrise à la perfection le sort doloris. Je n’ai pas à en dire plus, sinon qu’une froideur méthodique vaut mieux qu’une haine enragée. Mon frère, si tu me lis…

  • Au ministère, on a pris l’habitude de me confier des tâches exceptionnelles. Certains les considèrent comme trop délicates. Ils oublient qu’il suffit d’y apporter des réponses exceptionnelles. C'est d'ailleurs pour cela que l'on m'a nommé ambassadeur. Chargé des problèmes exceptionnels de l'étranger...

  • Il porte toujours des chaussettes noires.


Derrière l'écran

ϟ Pseudo ou Prénom : Yves
ϟ Âge : 22 ans
ϟ Double compte ? Nope
ϟ Comment avez-vous découvert le forum ? Me suis fait traîner par la peau du loup Sad
ϟ Vos premières impressions ? GODGODGODTROKOOLMAGNIFAÏKBIUTFULL Я ТАК ЛЮБЛЮ ЭТОТ КРАСИВЫЙ ВЕЛИКОЛЕПНЫЙ ИДЕАЛЬНЫЙ ФОРУМ!!!
ϟ Autre chose ? Hâte de RP ? bril

fiche by laxy



Il était une fois ...

Et puis la liberté, qu'est-ce que c'est ? Rien. De la fumée, un mirage, une fiction ... Le délire de ces dangereux démocrates ...  

Partie 1. Les fleuves de sang

I. Une rivière de sang dans un chaos de ruine de ruine et d’ombre

Connaissez-vous les grands halls sombres de Russie ? Avez-vous déjà erré dans ces salles sombres, où les éclats de feu se reflètent sur les pierres de jais? Il faut entendre le sifflement aigu du vent, s’engouffrer de la plaine jusqu’à cœur du foyer, enrouler de ses dents glacées les piliers de marbre noir. Il faut goûter la morsure ardente du froid, qui vous dévore les joues, vous fige les lèvres d’un baiser livide à la tendre saveur. Seule une faible flamme s’élève, tremblotante, dans l’âtre de l’immense poêle russe ;  il n’en vient aucune chaleur, aucun crépitement. A quoi bon ? Le combat est perdu d’avance. Tout semble immense, tout semble pesant, impersonnel. Nulle trace d’humanité, en ces lieux. Le plafond s’élève dans les  hauteurs, se perd dans les ténèbres ; c’est une cathédrale, sinistre, funèbre. Des langues d’un feu clair, presque verdâtre, s’élèvent dans des coupelles suspendues, à votre passage. Il y a là tout juste de voir autour de soi, rien de plus ; tout est fait pour entretenir le mystère, l’opacité.  Sur les côtés du grand hall, une galerie d’arches, aux fins piliers. Des liserés d’or viennent dessiner sur la pierre noire des entrelacs runiques, héritage d’enchantements perdus. Sur la galerie occidentale, les grandes baies vitrées donnent sur les courbes de la Volga, sur les campagnes blanches de l’hiver. On devine les rayons du soleil s’y miroiter, mais les sortilèges qui protègent le lieu, antique magie, en obscurcissent l’éclat. A l’est, d’étroits couloirs parallèles courent sur la plaine, s’enfonçant progressivement dans les profondeurs de la terre russe. De part et d’autre s’ouvrent salons, études, bibliothèques et chambres. Alors que l’on avance, le marbre noir des derniers siècles est remplacé par la pierre nue de temps plus anciens ; tout au long s’étire, continu, l’arbre généalogique des Slezniov, dont la lueur bleutée vacille dans la pénombre. Les multiples branches s’y entrecroisent, s’y regroupent, au fur et à mesure.  Rejoignez donc  les profondeurs de cette chapelle antique, tertre slave creusé dans le sol fertile en des temps immémoriaux. Vous y verrez les ancêtres de nos ancêtres, les gens des Rurikids, descendus du nord par le fleuve. En suivant les fines lignes en sens inverse, vous rencontrerez les enfants de leurs enfants, gardiens de ces racines et des pouvoirs antiques, jusqu’à la dernière germination, jusqu’à la dernière floraison. Jusqu’à ce nom, inscrit en fin caractères cyrilliques : Vassili Aleksandrovitch Sleznov.

Je suis né de l’ombre et de la ruine. Stalingrad était encore en ruine, le jour de ma naissance.  Ravagée par les massacres des moldus, par leurs guerres bestiales, par l’affrontement du rouge et du brun. L’immense ville n’était plus qu’un charnier de bâtisses, où s’agitaient les hommes, grouillants comme des bêtes, toujours emplis d’une nouvelle folie.  Les immeubles communautaires crevaient péniblement le sol, rampaient vers le ciel, pesants blocs de béton aux structures encore décharnées. Le passé n’était plus qu’une charogne, encore sanguinolente tant la mémoire restait à vif ; moins de dix ans s’étaient écoulés depuis la fin du siège. Autant dire un battement de cil, au regard de la terre meurtrie, dont les souffrances avaient imprimé la trace dans la chair. Et ces souffrances se lisaient dans les regards, dans les démarches des moldus dont la fierté victorieuse restait amputée par les malheurs. Les hommes n’étaient plus que l’ombre d’eux-mêmes, brisés, rabotés par les amputations, s’appuyant sur leurs canes ou rampant dans les chariots des invalides. Seules les femmes pouvaient se battre encore, pour faire vivre cet univers-là. Ce monde, dépourvu  de magie, n’était qu’une ruine, un chaos, un chaos d’ombres fluettes qui erraient au hasard, s’agitaient pour sauver ce qui pouvait l’être, frappées de stupeur, de fierté et de terreur. Ce n’étaient là bien sûr que des vies moldues, une histoire hors du monde de la magie. Mais la ville, voisine du manoir des Slezniov, avait imprimée sa marque dans la dynastie. De l’antique héritage reçu, des traditions inculpées et de la grandeur transmise, ne restait que l’ombre, et la ruine.

Mes parents n’étaient que des ombres fluettes, inconsistantes, broyées par la grandeur qui aurait dû être la leur. Des aristocrates de fin de lignée, dépourvus de toute prestance, de toute autorité. De piètres magiciens, de piètres êtres. Ils erraient dans ces halls trop grands pour eux, dans un univers de puissances qui les dépassaient, au cœur de jeux politiques dans lesquels ils s’égaraient.  Dressés par des percepteurs, ils ne se comportaient que comme des chiens obéissants, tous justes bons à faire bonne figure en public, à faire les beaux, et à montrer les tours dont ils étaient capables. Ils n’étaient, ils ne seraient rien d’autres que des jouets du sort ; leur vie avait été arrangée pour eux, leur vie avait été arrangée pour qu’ils ne soient qu’un point dans l’antique lignée des Slezniov, tout juste bon à faire perdurer la race. Leur éducation avait été arrangée. Leur mariage avait été arrangé. Leurs relations avaient été arrangées, de même que leur reproduction, et il avait fallu pour cela être certains que ces deux êtres timides et effacés se retrouvent nus, l’un contre l’autre, dans les draps glacés de leur chambre. J’ignore quels ont pu être leurs gestes malhabiles, comment leurs peaux translucides ont pu se rencontrer, et s’épouser. Quels baisers innocents ont pu être les leurs, et quelle a pu être la froideur de leur étreinte. Peu importe, à vrai dire. Ces deux vies effacées, jetées malgré elles l’une contre l’autre, ont pu s’aimer, peut-être, mais je ne suis pas le fruit d’un quelconque amour. Je suis le fruit de toutes ces tractations, de tous ces arrangements, fruits des jeux de pouvoirs qui avaient pris pour pantins mes parents, fruit de cynisme et d’autorité. Peu importe quel a été le lait que j’ai tété, j’ai été abreuvé de ce sang-là, et c’est ce sang qui coule en mes veines, et nourrit mon esprit. Un sang qui bouillonnait, rivière ardente brûlant au cœur de ce monde de ruine et d’ombre.

II.  Le souffle salin de la Neva et la bise glacée du golfe de Finlande

« Concentre-toi. » La rage brûle, la rage explose.  Impossible de se redresser, impossible de vaincre cette étreinte qui me plie en deux, implacable. Ce sentiment d’impuissance qui ronge plus sûrement que l’acide le plus concentré…  Il me fait bouffer de cette humilité, il me fait bouffer de cette défaite. A moi. A moi ! Je sers les dents, tendu, crispé. En face, Feodor relève doucement ma baguette, et avec lui, mon corps se redresse. Sa voix est douce, suave. « Toute étude requiert rigueur et discipline. Peu m’importe les promesses que tu portes en toi, peu m’importe si la puissance qui coule en tes veines se révèle au grand jour. Elle ne te sera pas utile si tu n’es pas maître de toi-même. Concentre-toi. Sois-discipliné. » Le feu me brûle encore la poitrine, le feu de l’insoumission ardente de la jeunesse, ce feu rebelle qui danse encore en moi. Sous mes paumes, posées sur le rebord du bureau d’acacias, le bois a brûlé. Mais Fiodor, engoncé dans son long et élégant manteau de pourpre sombre, n’y prête pas attention. Il connaît bien mes éruptions magiques, et celle-ci n’en est qu’une parmi d’autres. Sitôt le rappel à l’ordre fait, il se détourne négligemment, s’en retourne vers ses croquis, projetés sur le mur blanc de l’étude.  Forge-toi auprès des braises de ce savoir, et devient d’acier tranchant et glacé, aussi brutal, aussi sec qu’il le faut pour asseoir ton pouvoir.  Ce ne sont pas des savoirs d’enfants, qu’il m’inculque.

Face à mon visage juvénile, face à mes yeux encore aussi innocents qu’ils pourraient l’être, ce sont des dissections qu’il projette, des comparaisons de crânes, de squelettes, ce sont des sciences dures.  A l’âge des récits héroïques,  il me parle d’anatomie, de biologie, m’inculque les rigueurs de la pensée scientifique.  Son obsession est mon principal sujet d’étude, sa passion est froide, mais sa voix doucereuse, il m’accompagne, lui qui m’a soutiré à mes parents, et me réprimande plus qu’il n’est nécessaire, avec une dureté glaciale, qu’il corrige de ses manières pressantes. Il m’enseigne l’histoire des races et les rudiments de la magie, les chroniques antiques et le fonctionnement du vivant. Il accompagne mes gestes, et me corrige avec mes erreurs. « Le savoir est le pouvoir, Vacha. Et la science méthodique est le fondement du savoir, le fondement du pouvoir ! » Avec la rigueur militaire que l’on m’a inculqué, j’acquiesce, gravement. Qu’est-ce qu’un enfant de dix ans peut répondre à cela ? Mes seuls jeux sont les parties de chasse dans les vastes plaines de Russie. Feodor a cette manie de disséquer la nature à chaque occasion, et aussi bien le cerf abattu que le plat servi sont découpés de la même manière, sur la pierre ou dans l’assiette. Il me fait courir torse nu dans les neige d’hiver, et plonger dans la glace crevée, au cœur de l’eau sombre de nuit. Il éprouve mon corps encore juvénile, le fortifie, le repousse dans ses derniers retranchements. Âme et chair poussés à l’extrême, je brûle de rage, d’épuisement, d’acharnement, la magie explose en mes veines, se manifeste violemment. Et lui regarde ça légèrement, sans y accorder trop d’attention. Et pourtant, je le devine bien qu’il me pousse à dessein, je sais bien qu’il jubile à chaque incident… Entraînement de fer, éducation militaire, pour un enfant, sous la rigueur permanente de la méthode scientifique.

Un jour, le voilà qui s’accroupit face à moi, qui suis assis, son crâne dégarni à hauteur de ma tête d’enfant, ses yeux gris et durs plantés dans les miens, ses avant-bras  posés sur ses cuisses. Vois-tu, Vacha. Il n’existe qu’une seule question capitale en biologie. Comment interagissent la chair et la magie. Retiens cela, s’il ne devait te rester qu’une seule question à te poser, un seul savoir à percer, ce ne devrait être que celui-là. La chair, et la magie, les deux moitiés indispensables, les deux hémisphères de l’âme. Et son regard d’airain me reste dans l’âme.

Omniprésent, il me dresse, m’éduque, me forge, me durcit. Il est un tuteur inflexible, sévère. Il est mon seul repère, lui qui m’a retiré de toute influence étrangère, et principalement de celle de mes parents. Ce n’est pas leur nom que tu portes, ni même leur sang, qui coule dans tes veines, mais celui de notre race, de notre lignée. Toute question posée à leur propos se heurte à un mur glacial. Feodor déteste son frère. Qui n’a pas la force ni l’autorité de le lui rendre. Il le méprise ouvertement, et semble avoir une peur incessante, que mon père me macule de son influence néfaste. Alors je me plie à ses désirs, fiers de régénérer notre race. Stalingrad était à peine devenue Volgograd qu’il m’avait emporté chez lui, en sa résidence de Leningrad. Les murs sombres du manoir parental remplacés par les façades bleues et or de l’ancienne capitale des tsars, jouxtant les berges ombragées du canal Griboïedov. La ville devient mon académie, l’école de mon enfance ; les promenades dans le parc Mikhaïlovski deviennent les estrades de ses cours magistraux. A peine puis-je entrer goûter l’air des bords de Volga lorsque se meurt la semaine, et là encore, il me tient contre lui, face à mes procréateurs, la main posée sur mon épaule. Et moi, avec ma dureté gamine, je les regarde avec aplomb et mépris. Mais la Volga jamais ne pourra égaler le souffle salin de la Neva, ni la bise glacée du golfe de Finlande.

III. Par notre sang qui coule en nos veines – 16 mars 1961

Les larges ailes blanches du Harfang se déploient,  au-dessus des toits verts et des fumées de Leningrad.  L’oiseau se laisse porter un moment par le vent, planant silencieusement dans le ciel cotonneux, loin, loin au-dessus des hommes et de leur fourmillement. Sous ses serres, les bâtiments de l’ancienne capitale impériale s’étendent, jusqu’à l’horizon, bordés par les eaux grises de golfe de Neva, où paresseusement se détachent les blocs de glace. Le printemps n’est pas loin. Doucement, le harfang s’incline, oblique pour suivre le trait clair dessiné par le canal Griboïedov, encore gelé.  Il fend l’air, perd de l’altitude, et en contrebas, les détails s’affinent, et les êtres s’animent. Les bourrasques s’enroulent autour des bulbes multicolores de ce qui était l’église de Saint Sauveur sur le sang versé, l’oiseau les contourne, flèche immaculée. Les rares passants ne lèvent pas la tête, le nez renfoncé dans  leurs longs manteaux, et n’accordent aucune attention à cet animal que l’on n’imaginerait jamais voir en ville. Quelques rares véhicules roulent sur la perspective Nevski, soulevant dans l’air matinal de légers nuages de brume, qui tranchent avec le noir des carrosseries. Sur le bord de la route bitumée, tous ces débris de glace brisée, salie par les immondices et les poussières. Mais déjà défilent les silhouettes ailées du pont aux griffons, et la chouette s’engouffre brutalement par la fenêtre ouverte d’une bâtisse imposante.

« Vassia ! » La voix de Feodor retentit dans le bâtiment, tressée d’une note d’urgence. Lui, d’habitude si calme, si méthodique, semble brusquement précipité, presque paniqué. Ses pas rapides escaladent à la hâte les escaliers de marbre. « Vassia ! Vassili Aleksandrovitch ! » Doucement, je repose le grimoire, lève la tête. Les portraits sombres hochent la tête, d’un air grave, silencieux. Ils restent là, soigneusement debout dans leurs cadres, sans oser bouger, et les aplats de peinture à l’huile leur donnent de cette apparence solennelle. Debout, face à la porte, la main posée sur le dossier de ma chaise, je ne peux qu’attendre, le col resserré autour de ma gorge nouée. L’inhabituel s’est fourré en bourrasque dans cet imposant espace rigoriste, méthodique. Je l’entends qui arrive, qui halète presque. Les pas se précipitent. Le vent souffle. La porte s’ouvre. Et le voilà qui se tient droit, raide, le visage pâle, à reprendre son souffle, le regard fiévreux. Sa voix est moins posée qu’à l‘habitude. « Viens. On va à Volgograd. »
Ils sont tous là. Tous, droits, dans leur plus belle robe de sorcier, avec les mines hautaines et orgueilleuses des grandes occasions, l’air pincé et autoritaire. Elle est là, aussi fragile qu’elle l’a toujours été, le visage baigné de larmes, sans que l’on ne sache vraiment pourquoi, et la peau battue par la fatigue, par l’épuisement, par les émotions. Enfermée dans une fine tenue noire, elle pourrait être brisée par un simple souffle, elle qui pourtant en a fait naître un nouveau. Lui a cet air gêné, de celui qui ne sait pas où se mettre, qui voudrait disparaître mais qui ne le peut, et dont le corps bancal gêne le moindre mouvement. Ses doigts se croisent, s’entortillent, nerveusement, tandis que son regard fuyant tente en vain de s’enfuir de la pièce où il est enfermé. Surtout, ne pas se laisser capturer par les regards inquisiteurs qui l’enserrent. Un demi-cercle leur fait face, ouvertement méprisant, et les faces des Slezniov s’y enchaînent invariablement, venus de toute la Russie. Au milieu, fermé par ces barreaux de bois noir, saturé de draps douillets et finement ouvragés, le berceau. Comme une épave échouée on ne sait trop comment entre ces murs poussiéreux. Quelque part, dans les tréfonds de la bâtisse, un nouveau bourgeon éclot, timidement, goûtant à la fraîcheur de cette fin d’hiver, et face aux frêles feuilles argentées, tous ricanent, car cette nouvelle vie germe sur cette brindille tordue, rachitique. Dans les ténèbres de l’endroit, sous la décrépitude et l’ardeur brûlante de la honte, dans cette gêne timide maladive, dans cette risible maladresse, marquée par le stigmate de la dégénérescence de la lignée, le voilà, ce petit être de chair, minuscule, ridicule, qui s’agite doucement, ses grands yeux fixant ce qui l’entoure, sans qu’il n’ose pousser le moindre cri. Et la voix féminine de sa mère qui s’envole en un filet d’air, un simple souffle, presque un soupir : « Vassili… Anatoli… Ton frère…. »

Il y a, au milieu de cette salle, au croisement de tous les regards, ce morceau de chair rose, encore fripée d’écarlate. Et cet être là est de mon sang. Il est de mon sang. De ma lignée. Ses veines encore bleues qui pulsent doucement battent au même rythme que mon cœur. La mine sérieuse, moi qui n’arrive qu’à la poitrine des adultes présents, je suis un géant, pour ce bout d’humain, cet être en devenir, qui déjà respire, qui déjà s’agite, et il porte un nom, il porte un patronyme. Les mêmes que les miens…  La même gloire, la même lignée illustre, lignée de sang pur. Tu es un Slezniov, mon frère. Tu es de notre race et de notre chair. Tu partages la même tradition. Et toi, mon frère, tu partages la même infamie, la même honte que mon, ton frère. Anatoli Aleksandrovitch. Tu ne comprends rien à ce monde, tu ne connais rien de ce qui t’entoure, et tu ne sais même pas ce que tu ressens toi-même. Voilà que ceux de ta famille ricanent, discrètement, et tu es au cœur de tout cela sans même en avoir conscience. Tu portes le même stigmate que je tiens dans ma rancune, dans ma rancœur d’enfant. La même faillite nous a façonnés, nous sommes nés de gestes patauds et d’indignité. C’est plus violent qu’une gifle, et je ne peux te le dire, toi qui ne sais même pas la brûlure des coups donnés.  Me voilà qui suis seul à tes côtés, au milieu de ces statues du passé, notre famille. Les unes insignifiantes, les autres menaçantes, terribles de sarcasme. Je suis seul à tes côtés, au-dessus de ton berceau, et moi qui ai disséqué les bêtes avant d’en avoir l’âge, je vois ta vie, braise fragile gémissant dans les cendres. Je te regarde, un peu curieux. Ne m’en veux pas, mon frère, c’est un animal terriblement étrange qu’un nouveau-né. Et toi petit feu follet tout juste naissant, et moi à tes côtés, nous voilà pris au cœur de ces traits enflammés, qui nous considèrent comme de vulgaires insectes. C’est bête, l’orgueil d’un enfant, mon frère. Et l’on peut en avoir tant, de cet orgueil, quand l’on a dix ans, et que l’on s’appelle Slezniov. Et alors que la partie continue pour ces adultes-là, moi, à côté de toi, je me fais ce serment, auprès de toi qui ne le comprends pas. Je serai ce que nul ne sera pour toi, je ferai ce que nul de fera pour toi, je te donnerai ce que nul ne de donnera. La dignité et l’honneur. Et cela, mon frère, mon adoré petit frère, Tolia, je te le jure, par notre sang qui coule en nos veines.

IV. Une soif de dignité et de domination – Septembre-Octobre 1962

« Vassili Aleksandrovitch Slezniov. » La voix retentit, lourde et trainante. Le silence plane sur la masse des élèves attroupés dans la grande salle. Les uns portent encore les stigmates des épreuves passées, les autres frémissent d’impatience. L’instant est solennel, tous sont tendus, figés dans l’expectative. C’est que leurs prochaines sept années se décident là, sous leurs yeux, sans qu’ils ne puissent avoir le moindre contrôle sur leur destinée. La plupart porte encore une innocence chérubine sur leur face rougie par le froid ; ceux-là sont les plus terrifiés, qui ont eu à tenir entre leurs doigts leur baguette pour la première fois. D’autres affichent une expression morne et blasée ; vous pouvez deviner que les journées précédentes n’ont pas été les meilleures de leur vie. Seule une minorité montre ouvertement sa supériorité morgue. Ils sont de ceux qui ont reçu la meilleure éducation qui soit, de ceux qui ont été dressés avec tout le maintien aristocratique, et dont la pureté du sang ne pourra jamais être questionnée. Ceux-là savent que le monde leur appartient, et que c’est dans l’ordre des choses. Leur arrogance est celle de leur sang, leur nom suffit, comme toute épreuve, et même sans cela, ils pourraient briser toute concurrence. Comment pourrais-je trembler, ma lignée vaut mieux que la leur. Mais mon patronyme, lui, continue de souiller mon âme, le nom de mon père reste attacher au mien. Certains n’avaient rien à prouver, dans ces épreuves, d’autres les craignaient. Beaucoup les attaques scolairement ; il ne faut pas leur en vouloir, ce ne sont que des enfants, encore. Mais moi… Moi j’avais cette rage en moi, cette furie qui brise tout obstacle, toute barrière se dressant face à moi. Et je les ai brisées, mon frère, je les ai brisées pour toi. Me voilà qui répond à l’appel de mon nom, triomphant. D’un geste ample je retire mon ushanka de mon crâne, et je m’avance, je fends la foule. Les regards s’attachent à mon dos, j’arrive face à mon préfet, un colosse aux traits durs, le visage dévoré par une épaisse barbe noire. « Bienvenue en Wasser, Vassili Aleksandrovitch. » Et dans ses yeux je lis déjà une partie du respect gagné.  

« Aleksandrovitch ! »  Mes doigts s’arrêtent brusquement, posés sur les reliefs de la pierre runique. La vapeur d’eau s’exhale doucement de ma bouche entrouverte, sans que je ne prenne la peine de répondre. Je ne connais que trop la misérable qui vient me narguer. Mais il est encore trop tôt pour la briser. Juste un peu trop tôt. Nous nous sommes enfoncés loin, au nord de notre école, pour travailler sur le terrain les savoirs anciens, les sortilèges enfermés là par les hommes du nord. La plupart ont été brisés, à vrai dire, et ce n’est qu’un simple travail de lecture de runes que l’on nous impose, dans ce cadre magnifique. Les hautes pierres s’élèvent au-dessus de l’herbe rase, tandis que nous frappe la senteur saline du fjord qui brise là la terre en une profonde saignée. Je connais déjà la plupart des caractères gravés dans la roche, ma plume griffonne rapidement les transcriptions alors que je passe d’une pierre à l’autre, m’éloignant de mes camarades. Et il y a cette voix qui vient me fouetter, par derrière. Nasillarde. Moqueuse.  Et elle revient, cinglante : « Aleksandrovitch ! Serais-tu aussi timide que ton père ? »

On ne me respecte pas encore. J’ai beau être un sang-pur, issu des plus nobles familles, il reste de ces jeunes coqs, qui, pour se faire une place au sommet, s’attaquent à ceux qu’ils estiment être trop faibles pour résister. Je ne suis pour eux qu’une simple marche dans cette compétition. Une étape à franchir. Les moins tenaces ont déjà lâché prise, certains me respectent déjà, parmi les première année, et même au-delà. Mais il en est d’autres qui s’accrochent, de jeunes loups ambitieux. Il y en a tant parmi les wasser, qui me regardent de travers. Ils ont soif. Ils crèvent de soif, de cette soif de pouvoir qui nourrit nos pairs. La gueule desséchée, ils me prennent pour une cruche, et veulent se désaltérer à mes dépens. Mais ce n’est encore qu’un jeu pour eux, un vulgaire jeu. Moi, je suis sérieux. Je suis sérieux mon frère, parce que je me souviens des ricanements le jour de ta naissance, et que toutes ces moqueries, tous ces quolibets qui t’entouraient, et que tu ne pouvais pas même comprendre, ont transformé ma soif en brasier ardent. Et cela, mon frère, cela, cette Grishenka là l’ignore. Elle a beau être fille d’Ataman, elle ne sait pas sur qui elle ose porter ses ricanements. Nous sommes souillés du même patronyme, Tolia, et je m’en vais le nettoyer pour toi.

« Olga. Ta mère… Oui, ta mère est bien une sorcière ? »

L’Ukrainienne me regarde, indécis. Elle s’attendait à ce que j’insulte ses parents, sans doute, mais ne comprend pas où je veux en venir. Elle ne comprend pas à quelle école j’ai été dressé.

« Ta grand-mère aussi était sorcière, et ton arrière-grand-mère. Ma sa mère à elle… Pourquoi ne peut-on en trouver trace ? »

Le sang, mon frère. Le sang est quelque chose avec laquelle on ne plaisante pas. Il est sacré, lors qu’il coule et arrose le sol, il est sacré, lorsqu’il pulse dans nos veines, gorgé de cette magie dont nous avons hérité, et que nous nous devons de garder pure au fil des générations. Les élèves de Durmstrang le savent. Olga le sait, toute cosaque qu’il est. Je la vois qui bout de colère, qui voudrait m’insulter. Elle est peut-être un peu plus pale, aussi. On ne s’attend pas souvent à voir sa généalogie connue de quelqu’un de son âge, quand on est aussi jeune. Mon oncle y aura veillé.

« Peut-être que si on examine ton sang on trouvera un peu du sang des chevaux que votre peuple monte. »

La baguette jaillit avec une vivacité dont je ne l’aurai pas crue capable. Elle tremble, au bout de sa main, tendue vers ma silhouette sombre. Ses yeux écarquillés, la bouche tordue, elle me pointe, sans oser lancer le sortilège. Elle voudrait. Elle voudrait tant, pouvoir me faire du mal, là, devant tous. Mais elle n’ose pas. Elle n’a pas la force de braver les interdits. Elle n’a pas même la force de m’attaquer réellement. Et tous la regardent, figés, tous attendent le dénouement. Qui sortira vainqueur de la confrontation. Les duels sont interdits, en dehors de ceux organisés par l’école, et nous sommes encore trop jeunes pour ceux-là. Ils sont encore trop jeunes pour pouvoir laver leur honneur. Le bras levé, elle croit pouvoir le faire, mais non, non, bien sûr que non, elle est trop jeune… Dans un ou deux ans, peut-être. Mais maintenant elle ne peut que baisser sa baguette. Tandis que la mienne, dissimulée sous mes parchemins, le cible sans qu’il n’en ait conscience. Mais elle abandonne, face à l’arrivée du professeur. C’en serait presque dommage. Il m’aurait bien fallu son humiliation pour satisfaire, face à ces pierres runiques, la soif ardente qui me tiraille le cœur. Une soif de dignité et de domination.


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Dernière édition par Vassili A. Slezniov le Lun 24 Oct - 22:22, édité 16 fois
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MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Lun 5 Sep - 1:26


Il était une fois ...

Et puis la liberté, qu'est-ce que c'est ? Rien. De la fumée, un mirage, une fiction ... Le délire de ces dangereux démocrates ...  
Partie 2 : la fureur des flammes

V. Je te forgerai – Septembre 1965

La foule des première année est là, bruissante, indécise, agitée par cette vague de tension et d’attente qui revient, chaque année, lorsque les jeunes magiciens montent sur le pont du navire de Durmstrang, et voient pour la première fois l’établissement finlandais.  Ils restent broyés dans l’expectative pendant tous ces jours d’épreuves, cette poignée de jours qui doivent décider de leurs prochaines années, du fil que prendra leur vie. Un poids lourd à porter, sans doute, pour des gosses de leur âge. Du moins pour ceux qui n’ont pas eu l’opportunité d’une éducation exigeante.  On reconnaît aisément à la dureté des visages ceux qui s’apprêtent à diriger leurs camarades, ceux qui ont le sang le plus pur, ceux qui sont issus des plus nobles familles. Je note mentalement leurs faces ; il faut toujours surveiller les plus jeunes loups, eux dont les crocs de peuvent percer le moindre cuir, mais dont la soif d’ambition est encore jeune, et ardente.

Tous sont emmitouflés dans leurs longues robes noires, le revers de leur col tapi de fourrure.  Ils n’osent pas parler, le moment est solennel. Un par un, les noms s’égrainent. Les jeunes sorciers s’agrainent, doucement, parmi les cinq castes. Lorsque tu seras enfermé dans cette masse informe, tu ne sauras en saisir tous les enjeux, mon frère. C’est, pour ceux qui doivent être choisis, un moment surréel, ce sont tes maîtres qui t’appellent, et tu es leur serviteur, et tu peux seulement courber l’échine et les rejoindre, et les servir ; ils ont entre leurs mains ton destin. Tu n’es que le fruit de leurs jeux, égaré dans la foule, un moment magique, indépendant de toute emprise, toi qui es marqué dans ta chair et ton esprit par les épreuves passées. Mais quand tu passes de l’autre côté du miroir… Voilà où est la vraie magie, mon frère, la magie des complots, des tractations, des échanges, des engueulades, de la politique et des coups en traître. Les préfets se battent pour les meilleurs élèves, essaient de se débarrasser des moins bons, ils s’écharpent sur un nom de famille, dont le sang ne présente aucun défaut, et veulent se défausser de celui dont on n’est pas sûr de l’ascendance.  On parle de génération et de résultats, là où les fondateurs accentuaient les discours sur les traits de personnalité, et c’est là où l’on se rend compte de l’influence réelle de chaque caste.

Les élèves rejoignent leur caste, les uns après les autres, rejoignent les leurs.  Ils s’entassent, enthousiastes ou indécis, encore égarés par leur récente arrivée, auprès de leurs aînés, qui les dominent de toute leur stature, échanges quelques bribes d’informations, quelques plaisanteries. Toujours le même rituel. Certains s’amusent à effrayer leurs nouveaux camarades. « Au premier cours d’approche de la magie noire, on inflige aux élèves les sorts impardonnables… Arrange-toi pour ne pas tomber sur le kedavra… » Les grimaces éloquentes achèvent de convaincre les plus crédules, tandis que d’autres ricanent. Qu’ils s’amusent donc. Ces jeux ne sont pas pour moi. Je préfère porter mon attention sur ceux qui n’ont pas été encore choisis… Et soudain, mon regard s’arrête sur un visage pale, défait. Les yeux cernés, la mine froide, fermé à ce qui l’entoure. Azraël. Et au même moment, son nom retentit. Porté par deux voix sonores, qui s’opposent, se confrontent, se percutent au-dessus des têtes. Azrael Zakharovitch Silaiev. Tous relèvent la tête, je fronce les sourcils et le fixe, sans le lâcher un seul moment. Les erden et les wasser se disputent cet être défait. Le compagnon de mon enfance, si l’on peut appeler cela comme ça, un fils de l’aristocratie russe, que l’on rencontrait à l’occasion. Et le nom se répète encore. Azrael Zakharovitch Silaiev.

Une ombre, qui fend à marche forcée le parc de Durmstrang. L’ombre de lui-même. Je sais bien le drame qui a frappé sa famille. Les flammes l’ont brûlé ardemment, lui aussi, bien qu’elles n’aient laissé aucune empreinte physique. Elles ont brûlé son âme, l’ont flétrie,  jusqu’à ne laisser que ce tronçon de cendres, cette silhouette qui erre, en peine, diaphane. Il me faut courir pour le rattraper.  « Azraël ! » Il n’y a aucune surprise dans le regard froid qui me fixe. Je ne suis rien d’autre pour lui qu’un autre de ces coqs arrogants, un de ces chiens de meute qui dévore ses camarades. Rien de plus. Un instant, mes yeux se posent sur les couvertures sombres des trois épais grimoires qu’il emporte avec lui. Ils sont bien trop lourds pour quelqu’un de son âge. Et bien trop indigestes. « Viens avec moi. » Chaque famille à son stigmate, mon frère, et celui des Silaiev est inscrit dans les flammes. Je connais cette hargne qui l’anime, mon frère, comme elle t’animera un jour ; c’est elle qui me brûle les poumons chaque jour et me noue le ventre. Il n’y a qu’une seule chose à faire, mon frère, tu le sais bien, tu le sauras bien assez tôt. Il faut faire éclater cette hargne au grand jour, en une bourrasque terrible, qui vienne courber les âmes les plus fragiles, briser les plus fortes. La force de la volonté ne suffit pas à cela, il faut avoir le corps et l’esprit plus dur et glacial que l’acier ; et lui, lui, l’aîné survivant de sa race, lui n’est rien d’autre qu’une vieille barque rongée par la pourriture, qui prend l’eau de toute part, s’accrochant désespérément à une bouée, sans oser renflouer le reste. Et je le renflouerai, de gré ou de force. J’ai encore en tête les paroles du préfet des wasser : « Il est aussi bon que tu l’étais à son âge. Peut-être plus. Peut-être… » Par orgueil et par jalousie, je ne peux pas laisser sombrer ce concurrent, non, je ne peux pas…

Je l’ai emmené au sommet de la falaise, un peu contre son gré, il me semble. En dehors de l’école. Peu importent les règlements. « Pose tes livres. » Mon ordre claque, dur et froid. Il a toujours cette même mine défaite, les yeux cernés, le visage avachi. Il pourrait être beau, pourtant. Mais peu importe. Je réitère l’ordre. « Pose tes livres. » Et alors qu’il hésite, je sors ma baguette. « Tu crois que personne ne t’aperçoit, lorsque tu t’exerces seul, en cachette. Mais tout se sait à Durmstrang… Et si tu veux t’imposer, il va falloir plus que quelques tours en cachette.  » Qu’il se renferme sur lui et il se fera dévorer, quelles que soient ses connaissances. L’être glacial qu’il est à besoin d’être battu. Je te forgerai, Azraël. Je te forgerai.  

VII. Ce vide qui enserre notre famille - Août 1967

Un cri strident. Le fracas des meubles qui s’abattent brutalement sur le sol. Le bris de quelques bibelots, qui tintent sur le sol. Quelques chocs sourds. Et les cris continuent. Hargneux, violents.  Désespérés.  Il hurle, il hurle à la mort, il hurle pour cracher, briser, détruire tout ce qui s’entrechoque en lui, en son corps malingre, et qui le torture, qui le brûle.  Sa voix se brise, mais il continue, il ne peut s’arrêter, pas tant que cet égarement lui déchire encore le ventre, pas tant qu’il peut encore se tenir debout, pas tant que ses mains fines peuvent encore marteler le mur, pas tant, pas tant… Il ne sait plus, mais il lui faut continuer, il lui faut continuer, encore et encore, jusqu’à l’épuisement, crier à la face de ce monde-là, et l’on ne pourrait, à le voir, le suspecter d’en être capable, mais il crie, il crie, il crie… Il crie… Autour de lui, tout n’est que ruine. Tout ce qui pouvait être brisé, cassé, détruit, gît maintenant au sol, épars. Et au milieu de tout cela, détruit lui aussi, Anatoli, mon Tolia, haletant, tremblotant, haletant au milieu de ce décor sinistre.

« Tolia… »

Je m’approche de lui doucement. Mes bras l’enserrent, je le tire à moi, tout lentement, fourre mon visage contre le sien. Il est contre moi, tout contre moi, je sens son souffle, sa poitrine qui se soulève précipitamment contre mon avant-bras. Je le laisse s’affaisser par terre, je m’accroupis, ma bouche près de son oreille, à lui murmurer toujours les mêmes paroles, d’une voix basse, douce, à le rassurer encore et encore et encore…

« Tolia… Mon Tolik… Je suis là… Je suis là pour toi… Mon Tolik…  Mon Tolik… »

Ses mains s’agrippent à mon bras, il me plante ses ongles dans la chair, mais il est là, il est là contre son frère, son frère qui le protège, qui le protègera toujours. Tu es contre moi, mon frère, sens ma chaleur couler vers toi, sens la puissance de ces membres qui t’enserrent, ils broieront tes ennemis… Je suis ton frère… Je suis ton frère… Et il n’y a rien de plus sacré. Tes parents ne savent pas t’atteindre, ils sont là, à contempler leurs erreurs, et voir leur autorité diaphane s’évaporer… Ils t’ont abandonné, ils te laissent te briser sur les récifs de leur stigmate… Tu es tellement jeune, mon Tolia, tu ne sais rien de tout ça, tu ne peux encore comprendre tout ça, tu ne peux saisir ce qui te dépasse… Mais ton sang bout… Je le sens, tout contre moi, il bout, furieux, vorace… Et nous partageons le même sang. Je sens toute ta fureur, elle est en moi aussi… Doucement, tu t’apaises,  tu t’abandonnes dans notre étreinte commune.  Je passe une main dans ses cheveux, je les ébouriffe tendrement. Tu m’appartiens, petit frère… Tu es as moi. Toi qui ne peux te calmer que dans la chaleur de mon corps, tu dépends de moi, entièrement, je t’abrite de toute mon emprise sur ton être… Doucement, je retourne ce corps trop frêle, je l’embrasse sur le front.

« Viens avec moi, mon Tolia, viens. Il faut te forger comme homme. A défaut d’être un sorcier… »

Ma voix traîne, et le frappe cruellement, lui qui est encore égaré. Je le tiens à l’épaule, tout contre moi, alors que je le traîne dans ma chambre. Mon reproche plane en l’air, je garde le silence, pour que les mots crus entrent, entrent toujours plus profondément dans son esprit, le marquent au fer rouge. Il est encore instable, et pourrait basculer dans une de ses crises à tout moment.  Je ne l’ai qu’à peine calmé, et mon attaque sournoise le fait trembler, je le sens, chancelants contre moi, mais ma main ne veut pas lâcher prise. J’ai intériorisé, j’ai appris de toutes les brimades de mon oncle. Elles avaient pour seul but de laisser s’exprimer ma magie, de forger mes pouvoirs. Mais toi, mon frère, tu es encore vide. Vide, entièrement vide… Rien ne sort de toi, malgré ton âge, et le temps marche toujours tandis que tu restes immobile.  Je ne veux pas d’un autre stigmate sur notre sang, Anatoli. Je ne veux pas d’un autre membre débile, je ne veux pas d’un autre poids mort sur la dynastie. Dussè-je te tuer pour venir à bout de tes résistances, mon frère. Mon frère adoré. J’irai jusque-là pour toi, pour toi qui a tes petits poings puérils ensanglantés, pour toi qui tremblote contre, je tâcherai de ton sang le mien.

Alors que nous entrons dans ma chambre, je le jette par terre. Violemment. Son corps frêle bascule dans le vide. S’étale sur les tapis. Il lève les yeux, étonné, surpris, terrorisé. Le grand frère tendre a brusquement disparu. Mes traits sont durs, le regard, glacial. D’un geste sec, je sors ma baguette, je la pointe sur lui. Mon poing se referme sur son col, je l’arrache du sol, le plaque contre le mur, la baguette posée sur sa gorge. Il écarquille les yeux. Immobile. Nous restons tous les deux fixes, l’un face à l’autre. Dans un face à face surréaliste. Les deux frères, figés dans la confrontation. Mes yeux vrillent les siens, cruels, glacés. Ma main hésite, un instant. J’ai le droit, à présent, d’user de magie hors des murs de Durmstrang… Cela pourrait… Déclencher quelque chose… Une étincelle… Une simple réaction magique… Mais non. Non. C’est mon frère, c’est mon sang. Ma déception.  Je le repose au sol, las. Rien. Toujours rien. Un calme plat, morne, désespérant. J’avais promis de te protéger, petit frère… J’avais promis de te défendre. Mais comment pourrais-je te protéger contre toi-même… Comment pourrais-je te défendre contre ce vide qui étreint, qui enserre notre famille ?

VII. Et les éclairs jaillissent des baguettes - Mai 1968

« Vassili Aleksandrovitch Sleznov. »

La voix traînante de Karkaroff reste suspendue un instant en l’air. Il me tourne le dos, affairé au-dessus de son bureau. Je reste immobile. C’est la première fois que je me retrouve dans cette position. Il me semble que c’est là une position d’accusé, mais comment en être certain…  On ne m’a donné aucun motif de convocation, aucune explication, et je ne sais si j’ai affaire-là à mon juge, mon bourreau, ou… Que pourrait-il être d’autre ? On a du mal à percevoir d’une autre façon le directeur de Durmstrang. Il a su se tailler une renommée par ses moyens… raffinés. Parfois expéditifs. Mais comment régner autrement sur l’école scandinave, comment gagner autrement le respect de ses élèves aristocrates, habitués depuis la naissance à ce que tout pouvoir leur revienne ?  Il savait faire régner son autorité et imposer une discipline sévère à tous, et c’est ce qui comptait.  Peu importe si les plus libéraux appelaient cela de la cruauté, elle s’appliquait à chaque fois avec une cynique justice. Mais aujourd’hui semblait être mon tour, de faire face à l’homme fort du nord. Engoncé dans son épais manteau, il paraissait de m’accorder aucune importance. Tout juste pouvais-je entendre le griffonnement d’une  plume sur le vélin. Cela valait mieux pour moi… Je ne pouvais qu’attendre, dans cette position inconfortable, silencieux. Au moins n’avais-je pas à lui faire face.

« Vassili Aleksandrovitch. Combien d’élèves avez-vous envoyé à l’infirmerie ces derniers temps ? »

La situation s’éclaircit, un peu. Elle n’en devient pas plus confortable.  Je reste silencieux. Devant moi, toujours le dos vouté du directeur, et cette appréhension qui me broie le ventre… La peur. Me voilà propulsé au sommet, seul, seul perdu dans ces hauteurs et face à cet homme que l’on sait cruel, imprévisible… Je reste cois, mais à quoi bon ? Je dois faire face à l’un des sorciers les plus expérimentés du grand nord, face à un homme de pouvoir et d’ambitions… Qui suis-je pour le défier ? Un étudiant de sixième année. Oh, je ne suis pas n’importe quel étudiant, mon frère, tu le sais… Mais peu importe votre sang, peu importent vos capacités, lorsque vous faites face à Karkaroff. Je regarde discrètement le décor du bureau, austère. Des livres aux sombres reliures. Quelques vieux portraits. Des piliers d’acier noir, et ce bureau, tourné vers la mer. Je devine sur la gauche une porte étroite, fermée. Deux antiques statues de pierre la flanquent, comme si elles gardaient le passage. Elles semblent elles aussi m’observer. Je me redresse. Je n’ai aucune confiance en cet endroit. Les magies les plus anciennes sont les plus terribles. Et les murs de Durmstrang ne sont pas réputés pour la délicatesse  de leurs concepteurs…

« Alors ? Combien ? »

Il a cessé d’écrire. Sa voix s’élève, à nouveau, sans la moindre nuance d’irritation. Je ne peux pas m’esquiver. Il faut que je m’engage dans sa danse. Il me tend un piège. Cela ne peut être autrement…  Peu importe. Il ne peut me briser. Qu’il essaie. Qu’il essaie donc.  Je resterai droit, flegmatique. Je garderai notre nom intact de toute nouvelle courbure servile… Serait-ce devant Karkaroff… Impassible, je lui réponds, sincèrement :

« Un par phase de sélection. »

Les premiers duels ont commencé, pour le célèbre tournoi de Durmstrang. Tous les élèves, de la deuxième à la septième année, qui s’imaginent pouvoir remporter le trophée de l’école… Tous pétris d’ambition, de cruauté, d’orgueil, tous qui s’imaginent vainqueurs…  Une véritable boucherie, une curée figée dans la discipline et l’organisation, tandis que juges et professeurs, avec leur sévérité implacable, tentent d’imposer, malgré tout, des apparences de fair-play. Cela fait longtemps qu’il n’y a pas eu de morts, oui… Cela fait longtemps. Mais chaque année, l’infirmerie ne désemplit pas, tout au long des épreuves. Et cette fois, j’en suis largement responsable.

« Etait-ce nécessaire pour vaincre vos adversaires ? »

Je marque un temps de pause. Je ne sais pas s’il est courroucé. Mais froidement, je réplique :

« C’était nécessaire pour vaincre celui qui viendrait après. »


Cette fois, il a redressé la tête. Lentement, il se tourne vers moi, l’air grave.  Je ne cille pas. Je ne bouge pas. Le ventre toujours noué par l’appréhension, oui, mais ma réponse effrontée me réchauffe les tripes, me brûle l’esprit, dissipe toute peur. Mais le directeur de Durmstrang paraîtrait presque enjoué, face à cette cynique sincérité.

«Certaines familles au sang irréprochables aimeraient éviter d’avoir un des leurs un peu trop endommagé. Que cela soit par mes bons offices… ou les vôtres. »

Il marque une pause, alors que je reste silencieux. Cela sonnerait presque comme un compliment, dans sa bouche… Mais il reprend.

« Vous connaissez bien votre prochain adversaire. Azrael Zarakhovitch. Vous ne l’affronterez pas. Vous serez forfait. »

Le vent souffle, au sommet de la falaise, chargé des embruns du large. Il ratisse l’herbe rase, enserre les rares pierres qui osent se dresser sur les hauteurs dénudées, embrasse le moindre centimètre de peau qui s’offrirait à lui. En contrebas s’étalent les sombres bâtiments de l’école de Durmstrang, qui vient à la rencontre des eaux glacées. La mer est là, immense, sombre, puissante, tout juste écrêtée d’écume, à se soulever avec toute sa puissance, laissant entendre son puissant grondement, qui résonne comme un puisant cor. Et les deux étudiants sont là, perdus dans cette immensité, leurs longs manteaux de fourrure battus  par la brise. Le ciel est plombé par de lourds nuages d’orage, et les quelques rais de lumière qui percent l’épaisse masse ne sont que quelques traits livides, qui s’abattent péniblement sur le sol. Les deux élèves, la mine grave, se font face. D’un geste sec, presque mécanique, ils sortent leur baguette, la montent en l’air, se saluent en inclinant le torse. Quelques pas pour s’écarter, et à nouveau ils se font face. La mine toujours aussi grave, fermée, avec peut-être un air de cruauté. Doucement ils élèvent leurs baguettes.

Azrael. Tu es à moi. Tu me dois tout. Tu n’étais qu’un jeune coquelet perdu, Azrael, quand tu es arrivé. Arrogant, mais désemparé… Te souviens-tu de tes mines ravagées ? Te souviens-tu de la fatigue imprimée dans ta chair, imprimée cruellement au plus profond de toi ? Elle n’était pas seulement physique, nous le savons tous les deux… C’est moi qui ai martelé le fer de ton âme, c’est moi qui ai affuté ton esprit, où serais-tu allé, sans moi, au milieu de cette meute cruelle ? Tu n’es qu’en troisième année, et déjà tu songes à renverser le maître, à surpasser le professeur ? Tu te crois donc si puissant que tu crois pouvoir retourner tout le monde contre moi, que tu crois pouvoir être premier en tout, et t’imposer sur les plus hauts sommets ? Oh, non Azrael, non, pauvre orgueilleux. Tu as beau être prometteur et faire des merveilles pour tes professeurs,  je te connais, je te connais par cœur, j’ai ausculté ta chair et tes muscles, et jusqu’à ton cœur lui-même. Je suis ton maître, Azrael, aussi, prends garde ! Prends garde à moi ! Prends garde à ma colère, prends garde à mon courroux ! Je ne suis pas n’importe quel étudiant, tiré au hasard, et que tu pourrais écraser vulgairement, avec ta froide distance. Je sais que sous cette glace brûle un feu qui ne te laissera jamais. Il ne t’abandonnera jamais. Ta volonté est implacable, elle est celle d’un loup, mais ne t’es-tu jamais vraiment confronté à la mienne ? Veux-tu vraiment entrer en concurrence avec moi ? Sais-tu que me défier, c’est entrer dans une guerre sanglante, et que jamais je n’abandonne ? Ceux qui avaient osé me défier… Penses-tu que cela soit un hasard, si je les ai rencontrés sur l’estrade de duel ? Ne crois-tu pas qu’ils ne me craignent pas à présent ? Je vais te préserver toi, je vais te préserver parce que nous ne pouvons nous permettre de rendre public ce duel. Parce que je te respecte encore, oui. Mais crois-moi, tôt ou tard, nous n’aurons pas à nous embarrasser de telles manières. Oui, nous pourrons nous séparer de toutes ces belles formes.

Et les éclairs jaillissent des baguettes.

VIII. Les frissons printaniers se noieront dans l’abime - Mai 1970

Les silhouettes des passants s’attardent volontiers dans les allées du parc Mikhaïlovski.  Tous veulent profiter de l’air frais printanier, du calme et de la verdure de l’endroit. L’ombre des grands chênes s’étend paresseusement sur les parterres d’herbe, abondement fleuris. Dans les allées, les vendeurs de cacahuètes promènent leurs charrettes, interpellant les familles qui se promènent là nonchalamment. L’endroit semble clos hors de la ville, loin, très loin du vacarme de Leningrad, protégé par ses grilles dorées. Quelques jardiniers s’activent dans les parterres, arrachent les mauvaises herbes, sans que personne n’y prête la moindre attention. Paresseusement, les cygnes glissent sur l’eau du canal, au milieu des quelques barques amarrée-là, en contrebas du parc. Et nous, nous sommes là. Suspendus hors du temps. A des années lumières de ce monde-là, envahis de ce calme irréel.

Nous sommes là, assis sur ce vieux banc vert, à regarder l’eau couler, à ne rien regarder du tout, à discuter de rien et de tout, à surtout éviter l’essentiel. Qu’importe après tout. Nous avons tout notre temps. Tout semble si léger, oh, que tout semble si léger… Rien d’autre, rien d’autre que cet instant, que ce calme, et cette voix, qui chantonne doucement, nonchalamment. Sans même prendre la peine d’apposer à l’air la moindre parole, rien d’autre que cette mélodie : la lalala.. Avec les L, doucement roulés, à la russe, doucement enveloppés autour de ce A qui en deviendrait presque diphtongue. Elle semble distraite, peut-être l’est-elle vraiment, mais à l’entendre me vient un frémissement doux, comme sous l’effet d’un courant d’air.

Je me tourne vers elle, et ce sont ses yeux que je rencontre, ses yeux sombres, qui ne me lâchent plus, et qui me hantent. Elle a arrêté de chantonner, et me regarde, et je ne sais alors dire quel est le souffle qui me transperce. Et je ne peux m’empêcher de sourire. Elle se moque de moi, lorsque mes réponses se font hésitantes, me parodie en riant, et elle en devient encore plus belle, ses cheveux fins dégagés vers l’arrière, dégageant pleinement son visage rieur, à la peau si pâle… Elle me parle du Brésil, de villes lointaines aux ruelles chaotiques, où elle se surprend à s’égarer, elle me parle du soleil de l’hémisphère sud, mais ce n’est pas cette lumière-là qui me baigne. L’eau s’écoule paresseusement entre les frêles embarcations, et moi je sombre, heureux, et je m’accroche à la lueur de se robe jaune, qui vient mourir sur le noir de ses collants, à mi-cuisse. Nos mains sont posées sur le bois vert du dossier du banc, à quelques centimètres l’une de l’autre, et nous nous regardons en souriant, parfois se laissant aller à de longs silences. C’est qu’il y a tant à se dire… Et moi, si froid et calculateur, je me surprends à me laisser aller à un bonheur hébété.

Elle m’aimait, sûrement. Je l’aimais, à coup sûr. J’étais fou d’elle, de ses gestes délicats, de ses rires et de ses chants. Elle aimait lire, les mêmes œuvres que moi. Voulait s’allonger pendant les nuits blanches, dans un parc, et lire sous la lumière tamisée de ces nuits de juin, lorsque le soleil se lève à peine couché.

Mais s’il y en a une autre, aux manières plus abruptes, plus sûre d’elle-même. Pourquoi pas. Peu importe sur quelles lèvres mes lèvres se posent, le frisson sera le même, pour un certain temps. Il suffit juste de pulsions de désirs, similaires en tout, quel qu’en soit l’objet. Peu importe l’alchimie des sentiments, tout cela peut très bien être synthétisée en une seule potion. J’ai embrassé cette autre, j’avais des sentiments pour celle-là, mais tout cela n’a guère d’importance. Ces jeux-là n’ont pas de règles, ne suivent aucune autre loi que celle de nos pulsions. Ce ne sont rien d’autre que des distractions, que nous prenons un peu trop à cœur. On peut très bien penser à l’une en étant allongé contre l’autre, et puis la rejeter, pas trop violemment, pour pouvoir travailler au moins un peu, se replonger dans ses notes. Qu’importent les émotions, si l’on les range où il faut, qu’elles ne soient pas trop encombrantes, et qu’on puisse travailler froidement. L’institut d’état d’administration magique de Leningrad vaut bien toutes les étreintes, c’est nos ambitions, notre soif de pouvoir qu’il vient caresser doucement.

Peu importent nos deux silhouettes, l’une face à l’autre, sur ce pont, au-dessus du canal Griboïedov. Elles se noieront dans l’onde, loin, loin dans ces eaux sombres, et les frissons printaniers vont se perdre dans les eaux glacées du golfe de Finlande. Noyés dans l’abime.

IX. La marque du fer rouge - Août 1970

Le train s’enfonce à travers l’herbe jaunie des steppes de Sibérie. Son grondement régulier fend l’air, chaos de pistons et de chocs métalliques. La carcasse tremble, s’agite sur les rails, continue sur sa lancée sans ralentir, inlassablement. Des jours et des jours, qu’il dessert les unes après les autres toutes ces gares, qu’il fend le vaste monde qui s’étend derrière l’Oural. A l’intérieur, nulle autre distraction possible que les cartes, et l’alcool. On entend dans les compartiments voisins le choc des bouteilles de vodka, les rires gras et les chants, des insultes, parfois. C’est tout un monde qui s’entasse à l’intérieur du train, un monde fatigué et sale, enfermé là sans pouvoir n’en sortir qu’une ou deux heures par jour, dans une gare de province. Les gens dorment mal sur les couchettes de cuir, c’est bruyant, et l’on n’a rien d’autre pour se laver que des lingettes ou l’eau d’un robinet. Alors on reste assis, et l’on discute. C’est tout ce qu’il y a à faire. On raconte sa vie, à ces compagnons de voyage, qui bientôt redeviendront des inconnus, et on leur raconte tout, dans les moindres détails. Les conversations ne s’arrêtent jamais, la parole est libérée, enfant de ce morne ennui. Les langues se délient avec le temps. Parfois, une personne se lève, va faire quelques pas dans le couloir, pour aller faire ses besoins aux toilettes ou seulement pour dégourdir ses jambes, puis replonge, dans l’inlassable bavardage.

« Pourquoi prenons-nous ce train ? »

Feodor semble insensible à tous ces détails. Il n’a même pas songé à rendre plus confortable leur compartiment privatisé. Il dort sur sa couchette, allongé sur son matelas, dans les draps de la compagnie de train, comme le ferait n’importe  quel moldu. Assis face à sa tablette, il lit, imperturbable, quelque traité de biologie magique. A côté de lui, sa plume s’agite, retranscrit  ses notes ; il ne lui accorde pas la moindre importance, trop occupé par sa lecture et ses réflexions. Sa vie
Semble s’être calée sur le rythme du train, mécanique, répétitive. C’est pour lui un moment hors du monde, coupé de tout. Les hiboux ne viennent pas le chercher, ici, et il peut s’adonner entièrement à son étude. Rien d’autre ne compte que les rails sombres qui fendent la plaine, et son immensité. Sans lever la tête, il répond, d’une voix terne :

« Là où nous allons il vaut mieux emprunter les voies des moldus. »

Sans plus de précision. Il se replonge dans sa lecture, impassible. On le soupçonnerait presque d’apprécier le confort spartiate du train. Le long parchemin défile, à ses côtés, se déroule et s’enroule progressivement alors que la plume sombre glisse dans un doux crissement, y abandonnant une enfilade de caractères cyrillique en une écriture serrée et élégante. Il n’y a rien à attendre de lui. Il travaille, il s’enferme dans son travail. Rien ne pourra l’en séparer, lui qui a donné sa vie à l’étude de la magie et de ses mécanismes. Et son esprit est semblable à son étude. Froid et implacable, méthodique. Je m’allonge un moment, puis m’assoupis. Je serai fixé bien assez tôt. Il ne m’a pas laissé le choix de ce voyage, son ton était impérieux, peut-être plus qu’à l’habitude. Il a besoin de moi. Et dans son regard fiévreux, je vois qu’il s’attende à une avancée dans ses travaux.

La Kolyma… La célèbre, tristement célèbre rivière d’extrême orient. Tes eaux glissent silencieusement vers les gouffres glacés du Pacifique, emportant au loin les macabres secrets engloutis en ton sein. Tes berges sont rouges de sang, rouges du sang des déportés, zeks et prisonniers politiques, opposants au régime soviétique ou simples malchanceux, broyés au hasard d’un vulgaire malentendu, pris dans la terrible machine répressive. Combien de silhouettes décharnées, qui frappent de leurs membres squelettiques le sol glacé, en une danse macabre, baignés par la lueur glaciale de l’hiver polaire ? L’air se fige des cris muets, qui emplissent l’atmosphère de leur silence assourdissant, de ce silence d’horreur où ne résonnent que les pics et les pioches, chocs désordonnés qui martèlent la terre. Et c’est dans cette enfer absurde, où le claquement du tampon est davantage craint que celui du fusil, que Feodor m’entraîne, résolument. Et alors que les gardes en uniformes le saluent, il sourit.

L’homme est jeté sans ménagement dans le cabanon. L’endroit est entièrement nu, seulement des rondins de bois, empilés les uns sur les autres, pour former quatre murs autour de ce parquet rugueux. Une table, une chaise. Rien de plus. Rien d’autre que ces rideaux que Feodor tire, avec délectation, pour dissimuler leur activité à tout regard extérieur. Il fait signe aux gardes soviétiques de nous laisser là, seuls, seuls face à cet homme décharné que l’on nous a emmené. Je le regarde avec attention, droit face à lui. Il n’a pas l’air d’être un droit commun. Il n’en a pas la stature, ses doigts sont trop fins, plus habitués à des tâches administratives qu’aux labeurs manuels. Le visage dévoré par la barbe, les yeux hagards, il tremble, les bras ballants, la mâchoire pendante. Il est maigre, beaucoup trop maigre pour quelqu’un de sa stature, et pourtant, il n’a pas le teint cireux de ce qui ont passé l’hiver ; on le devine déporté du printemps, arrivé avec la débâcle estivale. Le claquement sec du verrou que l’on pousse retentit, et le prisonnier sursaute, terrorisé. Quand a-t-il été pour la dernière fois confronté à des hommes en civil ? Le voilà, face à ces deux hommes, et qui n’ont en rien les manières de la police secrète… Poliment, Feodor lui propose de s’asseoir, s’installe sur la table, juste face à lui, juste au-dessus de lui, et lui saisis le menton de sa main droite, fourrant ses doigts dans la barbe touffue.

« Dis-moi, camarade… N’as-tu jamais observé des choses qui te paraissaient… Sortir du commun ? »

Il joue avec sa proie. Je le sais. Je ne le connais que trop bien… Il est heureux, heureux d’avoir cet homme-là face à lui, à sa merci… Et il l’ausculte, du regard, comme on ausculterait une bête morte. Il semble n’être pour lui qu’une curiosité particulièrement intéressante. Et puis brusquement il se détourne, me regarde, droit dans les yeux. Il a retrouvé sa froideur habituelle, sa mine austère, glaciale, la mâchoire légèrement proéminente de celui qui s’attelle à une tâche d’importance. L’autre est là, dans son dos, ahuri, terrorisé, qui n’ose pas bouger, quand bien même il serait délié de toute chaîne. Et je ne saisis pas encore ce qui se passe, je ne comprends pas encore la raison de notre venue, mais j’entrevoie déjà la froideur clinique, qui étincelle comme un scalpel dans le regard de mon oncle, ce froid mécanique de celui qui va œuvrer à sa dissection. Une cruauté toute scientifique, toute méthodique, qui rugit au fond de lui, tranchante. D’un geste sec, il sort sa baguette. Alors le déporté comprend tout, de son arrestation à son arrivée dans la cabane, et il voudrait hurler, se débattre, se déchaîner, mais les entraves magiques le lient déjà, et son cri est vide, désespérément,  terriblement vide. Rien que le silence, oppressant, sourd.

« Quelle force faut-il appliquer à un cracmol pour libérer la magie qui devrait sommeiller en lui… »

Feodor semble se parler à lui-même, alors que je vois défiler devant mes yeux, ses notes, ses schémas, ses commentaires, ses explications, et toutes les fines lignes noires d’analyse et d’autopsie, d’hypothèses et de vérifications diverses, et elles se dessinent là, sous mes yeux, à la lumière de ce corps qui convulse déjà, frappé par un ultime sursaut d’espoir, l’espoir d’une fuite impossible ou d’une mort rapide et sans souffrance. Mais ces derniers vœux sont vains. Je me porte au-dessus de lui à mon tour, sors lentement ma baguette, que je pointe sur lui. Il ne sert à rien de haïr. Ce n’est là qu’un tas de chair, une chair agitée de spasmes, d’émotions, d’infimes et multiples décharges électriques. Haine et colère ne te serviront à rien, pas plus que la soif du châtiment de justice… Il te faut marquer ce corps, le marquer si profondément qu’à travers les nerfs et les veines tu n’accéderas non pas aux os mais à son âme, et tu y libéreras la magie qui y est enfermée, étincelle vacillante. Le marquer, le marquer au fer rouge, au plus profond de lui… Je plonge mes yeux dans les siens, et j’y lis cette terreur absolue. La terreur de l’homme qui sait qu’il est tombé en de mauvaises mains… en des mains expertes.  Mon frère… Mon Tolia… Bientôt, ce sera toi, que j’aiderai… Mon Tolia, je t’aime, je t’aime tellement…

« Endoloris ! »

X. Sous la brûlure de mon amour - Octobre 1970

Le vent souffle sur Volgograd. Un vent âpre, cruel, chargé de cette neige d’automne, qui fond en se déposant sur le bitume.  Le vent s’insinue dans les ruelles, en bourrasques, il siffle, strident, oiseau de mauvais augure ; c’est un rapace qui plane dans les allées sales, bascule les déchets de ses longues ailes déployées. Les façades délabrées des obshejitie se dressent, grises, sombres, menaçantes, fissurées, crevassées. Elles sembleraient prêtes à s’effondrer, à engloutir les passants qui oseraient passer à leurs pieds, à les anéantir. Sur les murs, la peinture des échoppes s’écaille, tombe en ruine, comme tout le reste d’ailleurs, comme les bâtiments lugubres, et ces silhouettes patibulaires, qui errent, perdues, matraquées par l’alcool, l’esprit abruti par la vodka. On distingue peut-être quelques caractères cyrilliques, aux couleurs passées, quelques affiches déteintes, qui acclament la gloire d’un monde qui sombre dans une terreur sourde. Quelques cadavres de bouteilles, qui roulent sur l’asphalte. Des cris stridents, perdus derrière un simple vitrage fêlé, en hauteur, loin, loin au-dessus des têtes. Les chats qui rodent, de ces chats au pelage râpé, sali par les immondices, aux touffes de poils collées par le pus. Une odeur de pisse, une odeur du dénuement le plus violent vous frappe, lorsque vous arrivez sur ce bas-côté de la ville arrogante, dans ce déversoir d’âmes en peine, d’âmes brisées, broyées, de sous-produits usés.

Voilà dans quel monde je t’envoie, mon frère, mon tendre et cher frère. Un monde d’abominations, un monde de puanteur, et de solitudes, un monde d’abrutissement et de souffrance. De souffrance mon frère ! De souffrance ! Vois comme l’on souffre, vois cette douleur qui marque les corps, cette douleur de la ville agitée de spasmes, et qui hurle, et qui déverse cette haine purulente par ses rues et ruelles, qui déverse ce qu’elle ne peut voir, ce qu’elle ne peut accepter, dans les banlieues les plus sombres. Et tous ces corps qui se tordent, qui se tordent de cette souffrance atroce, torturés, torturés par la vie, par cette vie froide, dure, terrible et cruelle, ingrate, et cette torture soulève tant de cris, tant de malédictions terribles, qui se lèvent vers le ciel comme autant d’incantations rauques, maudissant, maudissant les hommes et leur monde, et leur civilisation et leurs idéologies, et ils renient tout, ils renient le père, la mère, le fils, la fille, ils renient l’être aimé lorsque les rats viennent ronger leurs membres gangrénés, ils renient leurs dieux lorsque l’aube faiblarde vient embraser leur misère noire, ils renient leurs héros et leurs modèles, lorsque le couchant apporte une nouvelle nuit d’anxiété, de désespoir, et que les ombres engloutissent un soleil de sang. Et le sang coule dans les ruelles, il rigole le long des trottoirs, pour se perdre dans les égouts parmi les déchets et les excréments. Mon frère, mon frère adoré… Pénètre donc sans crainte dans ce monde torturé… Pénètre-y jusqu’à en atteindre le cœur, le cœur le plus profond, ce cœur purulent qui palpite péniblement, et où ronronne le gaz, et où la moindre étincelle pourrait… pourrait… pourrait…

Il est là. Anatoli. Mon Tolia, mon petit Tolik… Approche-toi donc… Tu es là, tout égaré, parmi ce monde brut… Dans cet univers qui rejette ce qui ne se fond pas en son sein…Et cet univers est violent, mon frère, extrêmement violent… Un univers de haine et de rancœur, et d’une jubilation sadique, qui vient réconforter seuls les plus puissants. Tu le sais et tu t’y plonges, comme tu te plongerais dans les eaux troubles d’un marécage, et la vase est là qui te tient la cheville, et ne la lâchera pas, alors qu’elle engloutit à son tour ton mollet. Mais tu y vas, toi, parce que je te l’ai demandé. Je te l’ai ordonné. Et toi, mon frère, tu m’obéis, tu m’obéis servilement. Tu m’appartiens, misérable être estropié, dénué de tout talent. Tu n’en as pas conscience, toi qui hais ce qui te semble être une entrave, ce qui te lie, te restreint, te retient. Mais ces entraves sont en toi. Au plus profond de toi. Voilà pourquoi tu te révoltes, aveugle, frappant au hasard dans tes ténèbres. Rassure-toi… N’aie pas peur… Je vais te les briser… Je vais briser ce sceau d’infamie apposé sur ton âme… Misérable cracmol…

Il est là…

Nous nous dressons face à lui. Le visage plongé dans l’ombre de nos capes, enroulés dans les fourrures soyeuses.  Nous foulons du pied les déchets qui jonchent le sol, nous avançon, silencieux, terribles. Et le voilà face à nous, seul, éperdu, face aux trois silhouettes, la face dissimulée, qui le jugent, en silence, dans ce silence lourd et implacable des cours de justice. Il s’impatiente, il trépigne, furieux de se voir confronter à l’inconnu, à l’imprévu, à cette menace sourde et terrible qui l’attend, à l’éclat aveuglant de ce glaive acéré. Le monde est figé, figé dans cette attente horripilante, et tout est alors suspendu, et les fils du destin sont tressés, et l’impardonnable ne s’est pas encore réalisé. Mais le gamin s’agite, de plus en plus, il s’énerve face à cet obstacle sans nom, face à cette confrontation.

« Qu'est-ce que vous voulez ? C'est vous, les amis de Vassili ? »

Jusqu’au bout, jusqu’au bout, il croit en son grand frère, il croit en moi… Il a cette confiance absurde, du chiot que l’on va noyer, et qui lèche encore la main qui le nourrissait. Pauvre petit chiot. Pauvre, pauvre petit chiot.

« Eh ! Répondez. C'est lui qui vous envoie ? »

Le silence, pour toute réponse, et ce geste mécanique, devenu si habituel. Les trois baguettes surgissent, dans les mains de leur sorcier, et elles se pointent vers lui, comme autant de doigts accusateurs de sa débilité, de son stigmate. Le fil de ses pensées déraille. Il bafouille, il balbutie. Ne bafouille plus, mon frère. Je vais te libérer. Tu seras libre… Libre… Libre !

Et son corps se cabre, son corps se tord, son corps rue. Il se déchire, il s’envole, secoué de spasmes terribles, violents. Il s’agite, il se contorsionne, agité de toutes parts, possédé, possédé par une armée de démons, innombrables, qui fait de sa campagne une charge furieuse, une razzia terrible, brûlant tout, brûlant tout sur son passage, et c’est le corps d’Anatoli qui s’effondre dans les flammes maudites. Sa tête bascule en arrière, les yeux écarquillés, il a le visage figé dans un rictus sinistre, la mâchoire bloquée, et il en sort un hurlement, un hurlement inhumain, un hurlement de bête damnée, qui fait trembler les tristes murs, ronge leurs fissures et mord, morde désespérément ce qui peut lui tomber sous la main, mord cet air qui lui manque, cri d’agonie, cri indicible, rage impossible à contenir et qui dévaste tout sur son passage, de son désespoir. Ses doigts sont repliés, comme les pattes d’une araignée morte, ses bras battent l’air en vent, tout explose, en lui, autour de lui. Il  n’est plus humain, il n’est plus mon Tolia, il n’est que ce tas de chair meurtrie, difforme, qui se convulse sur le sol, agité de spasmes brusques, violents, comme un poisson que l’on jetterait vivant sur le gril.

Oh, mon frère… mon frère adoré… ma créature… Souffre ! Souffre donc ! Souffre le martyr, vide l’air qui brûle tes poumons, arrache toi ces os hérissés d’épines qui déchirent tes muscles, rejette cette peau incandescente, griffe-toi, mords-toi, brise tout carcan qui t’enserre, qui t’oppresse ! Tu te roules sur le sol, tu cries, tu cries en vain… Grandis-toi, grandis-toi sous la torture ! Il est temps pour toi de naître ! De renaître, et revoir un monde nouveau, un monde digne de ton sang, un monde digne de ta race ! Tu vagis comme le nouveau-né, comme la marmaille tirée des entrailles de sa mère… Renoue avec les tiens, dans ce sacrifice de ton âme… Casse les liens, romps les chaînes… Libère-toi… Sois un homme ! Sois un homme Tolia ! Reprends la place qui t’étais due… Roule-toi sur les braises, jette-toi dans les flammes ardentes ; l’acide court dans tes veines, et t’irrigue de souffrance. Tu danses, gémissant, hurlant sur le sol, tu te contorsionnes comme plongé dans une transe sacrificielle… Il faut que l’homme meurt pour que naisse le sorcier, Tolia… Meurs donc…

Et les flammes jaillissent. Electriques, surréalistes, qui s’élancent, s’envolent, se jettent sur les manteaux sombres des trois sorciers, les dévorent, les déchirent de leurs crocs bleus. Ce n’est que fugace, mais c’est une explosion, une explosion de magie, de cette énergie si longtemps contenue, si longtemps brimée… Elle surgit, elle bondit et danse, furieusement, sur la pointe de ses langues ardentes, de ces flammèches incandescentes,  et voudrait lécher cette peau blanche qui se présente à elle… Mais plus rien. Seulement ces trois silhouettes menaçantes, inamovibles, qui se dressent toujours face à lui. Et, alors qu’il gémit, alors qu’il se lamente, le même cri retentit, claquant et lugubre.

Endoloris !

Tolia. Tu es maintenant mon frère, nouveau-né. Tu es mon sang et ma chair. Hurle, hurle tant que tu le peux, tu hurles de vie, tu hurles sous la brûlure de mon amour…

XI. Les murs du Kremlin seront trop étroits - Décembre 1972

Le vin, doucement, s’écoule dans le verre translucide, avec un doux glougloutement cristallin. La senteur des épices s’élève dans la salle, et pour un peu, en fermant les yeux, on pourrait voyager, vous seriez déjà sur les bords de la Caspienne, à respirer cet air floral, et ces embruns salés qui vous viennent du large. La carafe se reporte vers le second verre, hésite un peu, puis le remplit en s’élevant doucement en l’air, avant de disparaître à travers la table. Le ministre n’accorde aucune importance à la scène. Il est là, debout sous la coupole transparente, les mains croisées dans son dos. Son  regard ne me lâche pas, il me fixe, en silence, comme s’il essayait de jauger le jeune sorcier qu’on lui présente.

« Buvons. »

Et nous restons-là, face à face, le verre à la main. Le liquide écarlate glisse sur mes lèvres, et se réveille sous mon palet, son âpreté me caresse la langue, les arômes s’exhalent doucement, musqués. Nos yeux se lèvent, se rencontrent, jouent un instant, suspendus dans l’air, alors que nous continuons à boire. Ses deux gardes m’ont escorté jusqu’ici, sans en indiquer les raisons. Tous les deux engoncés dans leurs longues vestes de feutre gris, aux épaulettes barrées de kaki et de rouge. La baguette toujours au poing. Tous les deux mutiques, comme si l’on leur avait ôté toute parole par un sortilège ancré dans leur chair. Ils sont restés devant la lourde porte, me laissant entrer sans un mot, sans un regard, coincé dans leur rigueur militaire.

« Vos supérieurs sont… troublés, Vassili Aleksandrovitch. Ils n’ont pas l’habitude de sorcier de votre… stature. »

Sa main glisse sur son crâne chauve, légèrement plissé par les rides. Il semble satisfait de lui. Ses bajoues tremblotent alors qu’il tente d’esquisser un sourire, dévoilant ses canines jaunies. C’est un prédateur, un de ces prédateurs cruels et bornés, mais à l’ambition limitée. Il s’est contenté de vouloir être ministre de la magie de l’Empire Russe, et le voilà satisfait à présent, menant ses innocentes magouilles pour défendre son poste. Sur le revers de son costard brillent, argentées, les trois lettres de sa fonction, imbriquées entre elles : M, V, D. Ministerstvo Volshebnykh Del.  Ministère des Affaires Magiques. Il était suffisamment étroit d’esprit pour ne pas toucher aux intérêts des plus grandes familles aristocratiques de sang pur, suffisamment hargneux pour défendre violemment sa fonction et sa nation. Il avait soviétisé les uniformes du ministère et quelques-uns de ses symboles, pour davantage se fondre dans le Kremlin moscovite, mais ses idées, et les idées de la communauté magique de Russie et des autres républiques soviétiques, restaient coincées au XIXème siècle. Alexandre II avaient émancipé les serfs de son Empire moldu, les domovoi des maisons russes restaient, eux, dans un état de servilité semblable aux elfes de maison d’Angleterre. La Russie perpétuelle survivait, malgré les convulsions de l’histoire. Ici plus que nulle part ailleurs, nous étions les garants de l’ordre naturel des choses. Les gardiens de la hiérarchie naturelle des êtres, nous qui luttions contre l’abâtardissement de notre civilisation…

« Je vais les délester du poids de vos… capacités naturelles. Vous êtes rattachés à mon bureau, Vassili Aleksandrovitch. »

Et il dévoile à nouveau son sourire carnassier. Je le sais, il a déjà du travail pour moi. Pour m’éprouver. Et lui doit le savoir, aussi, qu’il peut me le confier. J’ai pris l’habitude d’exécuter au mieux toutes les tâches qui m’étaient confiés. Surtout si elles sont à la hauteur. Il sait qu’il lui faudra être à la hauteur. A ma hauteur… Les murs du Kremlin seront trop étroits pour cela.

XII. Danse avec les flammes - Février 1973

« Je n’ai absolument rien contre vous. Je ne fais que mon travail. »

Le rouquin est là, suspendu en l’air, les membres écartelés par des liens invisibles. Il peut hurler, il peut hurler autant qu’il le faudra, personne ne l’entendre. Le cabanon est fermé, tissé de sortilèges. Personne ne viendra nous perturber. Quoi qu’il s’y passe. Et il peut s’y passer beaucoup de choses, quand on a tout son temps, et que l’on a la solitude et la discrétion que l’on désire. Vous serez libre de vos mouvements, m’a-t-on dit. Vous avez toute latitude pour trouver la réponse appropriée à nos problèmes. Personne ne veut s’inquiéter trop de ça. Il faut être méticuleux, pour des affaires comme celle-ci, s’abaisser à fouiller le sol. Ils ignorent que c’est un devoir sanitaire, de traquer les fouilles merde de ce genre, pour assainir notre race et garantir son bon fonctionnement. Ce sorcier avait trop creusé, dans un terrain miné. Il se serait contenté de lécher la surface du sol comme le fond tous les siens, nul n’aurait jamais remarqué sa présence. Mais ils ont cette habitude de chiens… Il faut qu’ils creusent, dès qu’ils sentent un os. Lui, était tombé sur l’os. Peu importait qu’il soit anglais, qu’il ne dépende pas directement de notre ministère. Cela ne nécessite qu’un peu plus de doigté. De discrétion. Mais le ministre sait que c’est là mon domaine d’action. Tu peux en témoigner, mon frère… Oh, non… Ton absence de témoignage n’en est que plus éloquente.

« Je fais toujours mon travail. Mais quand j’ai affaire à une sous race comme la tienne… Quand j’ai affaire à un sang de bourbe… Là, je prends un soin particulier à faire très bien mon travail. Là, je recherche… la perfection. »


Il n’a pas été trop difficile de retrouver discrètement un britannique en Russie. Ces gens-là sont trop libéraux, pour rester respectueux des anciennes traditions et des autorités naturelles. Il faut forcément qu’ils se fassent remarquer, par les libertés qu’ils prennent. Peut-être est-ce parce qu’ils habitent sur une île. Cela doit forger des caractères lâches, excentriques, libertaires. Ils ont l’impression d’être immenses, d’être les maîtres sur leur ridicule parcelle de terre. Alors que nous… Nous, nous vivons dans l’immensité… Dans la nature… Nous connaissons le monde, car nous vivons contre lui, et nous sentons pulser le cœur de notre nation en son sein. Nous connaissons ses règles, son ordre, et ses hiérarchies, ses valeurs. Nous nous durcissons à son contact, nous nous purifions de toute influence étrangère. Alors que ces britanniques… Celui-là n’a pas tenu longtemps. Pas même besoin de sortir ma baguette. Pas même besoin de le contraindre. Perdus dans les immensités hostiles de la mère Russie, ils se laissent attraper facilement, comme des mouches, qui sombrent dans le sirop sucré. Pour lui, un peu de vodka lui aura suffi. Nous n’avons pas même fini la bouteille… Et alors que l’alcool éveillait mes sens, lui sombrait. C’est une loque, qu’il a fallu ramener ici. La seule difficulté a été de le transporter jusqu’ici.

« Je pourrai te soumettre au sortilège doloris. J’en ai une connaissance particulière, vois-tu… Mais ce ne serait pas assez distrayant. »

Je brandis ma baguette, sous son nom, et, lentement, tourne autour de mon prisonnier. Les filins argentés restent un instant suspendus en l’air, en spirales, autour de l’anglais ligoté là. Puis, avec une légèreté aérienne, se déposent sur son corps, et glissent pour dessiner un voile qui le recouvrent entièrement. Je sens sa panique, je vois ses yeux écarquillés, la peur face à l’ignorance du sort qui l’attend. Il sue, il sue à grosse perle. Oh, qu’il s’inquiète donc. Qu’il s’abandonne, qu’il soit tout entier à ses craintes. Cela fait partie du jeu. Qu’il retrouve les peurs primaires, des peurs bestiales, animales, qu’il retourne à cet état de nature qui devrait être le sien.

« Lorsque j’en aurai fini, tu pourras retourner en Angleterre. Et tu y raconteras comment je t’ai héroïquement sauvé de l’attaque d’un Pansedefer Ukrainien. Pas la peine de mentionner mon nom, naturellement. Ne t’inquiète pas, tous ces souvenirs seront en toi. Réalistes à souhait… »

Le voile argenté, doucement, se dissipe, comme absorbé par les habits, par la peau du rouquin suspendu en l’air. Il n’a rien dit depuis longtemps. Je le regarde, d’un air satisfait. Il sait qu’il va survivre. Il se raccroche à cet espoir. Quel dommage… Il va le falloir faire oublier cette pensée.  Brûler toute chose à laquelle il pourrait s’agripper. Oui, brûler, c’est le mot qui convient… Je le regard fixement, planté face à lui.

« Maintenant, nous pouvons passer aux choses sérieuses. Je veux que tu me dises tout ce que tu as fait. Tout ce que tu as entendu. Tout ce que tu as pensé. Tout ce que tu as ressenti. Tout ça, depuis que tu as posé ton premier orteil sur notre territoire national. »

Il semble ne pas comprendre, encore. Il se tait. Quel dommage… Il me faut lui expliquer plus clairement les règles. D’un mouvement de baguette, je ramène une chaise, une table, et m’installe face à lui. Les coudes posés face à mon cahier de parchemin, le menton posé sur les poings, je l’examine. Il ne connaît pas encore mes manières. C’est adorable.

« Vois-tu… J’aime la biologie. C’est admirable, cette façon de disséquer les êtres encore vivants… Sais-tu… Sais-tu à quel point la plante des pieds est innervée ? Pour des gens comme toi, cela signifie qu’elle est sensible, très sensible… J’ai ignifugé tout ton corps, toutes tes affaires… Mais par mégarde, il me semble avoir oublié précisément cette partie. Juste cette partie… »

Je m’approche de lui, et doucement, ma baguette pointée sur ses pieds, je murmure :

Lacarnum Inflamare.

A quoi bon se creuser la tête, à chercher les sortilèges les plus complexes… Je laisse ça pour après, lorsqu’il faudra s’intéresser à sa cervelle de sang de bourbe. Mais ce n’est pas d’actualité. Pas encore. Pour l’instant, je veux seulement avoir son témoignage, un témoignage exhaustif… Et lui rappeler sa position naturelle de né-moldu. Ma plume se tient en l’air, prête à griffonner le moindre mot qui sortirait de ses lèvres. Mais pour l’instant, il hurle, il hurle seulement, son corps ondulant de souffrance. Mais il ne peut se dégager des liens invisibles qui enserrent ses membres. Il ne lui reste plus qu’à hurler, à hurler le mal qui lui ronge sa chair. Il ne lui reste plus qu’à danser avec les flammes…

XIII. Et je l’aime entière sous la lumière du soleil – Juin 1973

Le vent souffle, frisquet, du golfe de Finlande. Il balaie la baie, apporte un peu de douceur à ce mois de juin. Il ferait même presque froid, à cette heure tardive… Le soleil a disparu au loin, derrière la ligne d’horizon. Et pourtant, une lumière blanche, un peu grisâtre, berce les bâtiments qui se dressent là. Il fait jour, au plein cœur de la nuit. Les nuits blanches de Leningrad… Mes parents sont là, qui se pressent l’un contre l’autre, dans leurs longs manteaux. Ils ont hâte de partir, hâte de fuir… Tant mieux pour eux. Si l’on ne peut assainir notre race par les moyens les plus expéditifs, faisons-le par l’exil... Qu’ils ne nous déshonorent pas davantage sur leur terre natale. Peut-être passeront-ils pour des aristocrates discrets et bien élevés, là-bas, sur leur île… On ne sait jamais avec ces libéraux.

Les sentinelles sont là, fidèles à leur poste, le long de la jetée. Derrière nous, les arbres bruissent sinistrement, dissimulant dans la pénombre le parc tout juste traversé. Les silhouettes massives de la flotte de la Baltique se dessinent dans le clair-obscur, et les pavillons battent doucement au vent. Au bord de l’eau, les canards dorment, la tête enfoncée sous l’aile, ignorant des restrictions d’accès à la zone. Le regard d’Anatoli s’attarde sur eux, un peu perdu. Je pose ma main sur son épaule, le tire à moi, doucement. Allez, Tolia. Allez… Pas d’effusion inutile. Les canons des kalachnikovs luisent doucement dans la lumière grise. Ils s’avancent vers nous. D’un geste machinal, je tire le laissez passer du ministère.

« Salut à toi, camarade Komissar. »


Les formalités moldues…

On nous laisse passer. Tirant leurs valises, mes parents s’aventurent rapidement sur la jetée, furtifs. Les soldats les regardent, interloqués. Ils n’ont pas l’habitude de voir des civils passer sur la base de Kronstadt. Ils peuvent s’imaginer des agents partant en mission, où de hauts responsables jouissant de privilèges exceptionnels… Mais non, ils ont été choisis justement pour ne rien imaginer, pour agir, et ne pas penser. Ils se détournent, sans accorder plus d’importance que ça au couple qui se découpe au-dessus de l’eau sombre du golfe. Anatoli brusquement s’arrête, se met face à moi.

« Petit frère… »

Il m’enserre, de ses bras trop maigres. Il ne veut pas me quitter. Il ne veut pas perdre son seul support, son seul point d’appui ferme. Je le laisse contre moi, m’agripper de toutes ses forces. Laisse-toi aller mon Tolia, laisse-toi aller, abandonne toi… C’est normal, ton monde s’écroule, tu pars vers l’inconnu… Tu seras seul, Tolia… Il te faudra être fort… Alors laisse-toi aller maintenant, au moment du départ, une dernière fois…Pleure la terre que tu quittes, mon frère, pleure-la de toute tes larmes… Tu la reverras, un jour, sûrement, mais elle ne sera plus jamais la même, car ce ne sera plus le monde de ton enfance. Rien n’aura plus jamais la même saveur. Tourne cette page, mon frère, mais ne l’oublie jamais, qu’elle reste ancrée en toi. N’oublie jamais d’où tu viens, et les valeurs qui dirigent nos vies.  N’oublie jamais ça. N’oublie pas le chant des plaines de ta nation. Tu es un sorcier russe, Tolia, issu du sang des plus  nobles, de la plus ancienne tradition. Ne trahis pas ce que tu es. Pleure, parce que tu seras loin des tiens, mais garde-les dans ton cœur…

Au cœur de la nuit blanche, je te murmure ces mots, mon frère, je sais qu’ils seront ton appui là-bas, en Angleterre, loin de nos rivages. Garde intacts tes pas dans la pénombre de ce parc, les balcons colorés des immeubles de brique, et les longues fabriques écarlates qui s’étalent le long du canal. N’oublie pas Kronstadt, mon frère, c’est ton point de départ, ce sera désormais ton point d’accroche avec ton sang…

« Tolia… »


Je l’ai écarté de moi, pour m’accroupir, face à lui, le regarder droit dans les yeux.

« Je vais bientôt avoir la nomination du ministère pour être ambassadeur. Je pourrai venir vous voir, je te le promets. Sois fier et digne, mon frère. Et n’oublie pas ces vers que l’on a appris tout petits… »

J’ai découvert                       Я узнал, что у меня
Que j’avais une immense famille -         Есть огpомная семья -
Les sentiers, et les forêts,                  И тpопинка, и лесок,
Et le moindre épi dans nos champs !      В поле каждый колосок!

Les rivières et le ciel bleu,                   Речка, небо голубое -
Tous m’appartiennent de naissance !     Это все мое, pодное!  
C’est ma nation,                       Это Родина моя!
Et je l’aime entière sous la lumière du soleil.   Всех люблю на свете я!


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Dernière édition par Vassili A. Slezniov le Dim 23 Oct - 16:43, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Lun 5 Sep - 1:35

Bienvenuuuuuue coeur
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MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Lun 5 Sep - 5:14

oh la laaaaa je suis tellement contente que Vass soit pris, et ça fait trop trop trop plaisir à Ana, elle t'adore haha. cute
donc elle et moi nous connaissons IRL, et comme la semaine elle est un peu prise et n'a pas trop internet, si tu as la moindre question / remarque / trucdanslegenre n'hésite pas à faire passer je ferai le relais, si tu veux coeur
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MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Lun 5 Sep - 7:45

Bienvenue ! Smile

C'est chouette que ce scénario soit pris ! Bon courage pour la rédaction de ta fiche ! ^^
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MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Lun 5 Sep - 16:51

Vassili Presque tout le fo attendait ce scéna avec impatience haha ! Bienvenue parmi nous. coeur

ω



reign in blood.
I’m bigger than my body. I’m colder than this home. I’m meaner than my demons. I’m bigger than these bones. @ ALASKA.
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MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Lun 5 Sep - 17:47

Woooooah ça fait plaisir de voir que je suis aussi attendu ! bril Merci à tou.te.s calin J'vais essayer de pas vous décevoir bril (Et ça commence par arracher des petits morceaux de temps pour avancer cette fiche cache )

@Reglisse, c'est noté Smile

En tout cas le fow à l'air formidable et tous les joueurs aussi j'ai trop hâte de RP avec vous bril bril bril

La Russie vaincra ! sadique sadique
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MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Lun 5 Sep - 17:59

Bienvenue chez nous mon loumpf, ravie d'avoir pu te traîner jusqu'ici, after all that time.

Hâte de lire ta fiche en tout cas, puis si tu as le moindre problème, tu sais où toquer ange

ω



Georgiado
« Moi je t'offrirai des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas. Je creuserai la terre jusqu'après ma mort pour couvrir ton corps d'or et de lumière. Je ferai un domaine où l'amour sera roi, où l'amour sera loi, où tu seras reine. Ne me quitte pas » Jacques Brel
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MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Lun 5 Sep - 18:29

Bienvenue ! coeur
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MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Lun 5 Sep - 21:45

Ah ! Encore un russe ! Bienvenuuuuuuuuuuuuuuue !!! crazy

ω



HEAVEN:
 




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Bibliothécaire ϟ Indifférent
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MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Mar 6 Sep - 10:47

Bienvenue chez nous superman
Bon courage pour la suite de ta fiche, hâte de lire ça bril

ω





Dernière édition par Mafalda Hopkirk le Mar 13 Sep - 10:09, édité 1 fois
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6ème année ϟ Élève
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MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Mar 6 Sep - 21:07

BONJOUR TOI. (a) coeur
Déjà je t'ai harcelé à ce sujet donc tu SAIS que je suis t r è s emballée par ton titre de fiche ET ENCORE PLUS PAR TON DÉBUT DE FICHE QUI EST MAGNIFIQUE PARCE QUE TU ÉCRIS TROP TROP BIEN OHLALA JE POUVAIS PAS ESPÉRER MEILLEUR VASSOUCHAT (sans commentaires) JE SUIS TROP HEUREUSE ADODO EST PARFAITE ET TOI AUSSIIIIIII calin
...mais je m'emballe un peu
J'AI DONC TROP HÂTE DE LIRE LA SUITE ET EUH JE SUIS MORTE SUR L'EPOUVANTARD JE MON PETIT COEUUUUUR ;;;;;;;;;;;;;
...euh oui bon j'ai un peu de mal à me contenir, mais je suis tellement ravie d'avoir enfin un grand-frère et le meilleur de tous en plus pardon je suis hystérique ange

ω




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MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Jeu 8 Sep - 2:52

Merci merci merci, trop de gens à qui dire merci, z'êtes tous adorables. bril

Mais c'est quand même Tolia qu'est le plus mieux que tout le reste de le monde adorable. bril bril bril J'adore ton hystérie, je veux l'entretenir tout le temps. bril Je dois bien ça à un frère qui envie du rêve. bril
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MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Jeu 8 Sep - 13:30

Bienvenue sur le forum et courage pour ta fiche quoi elle est bien avancé ou terminé, je ne sais pas xD

De ce que j'ai lu, cela à l'air prometteur, je viendrais te quémander un lien, bien que je n'ai encore aucune idée xD

SOIT VITE VALIDER QU'ON PUISSE JOUER ENSEMBLE ♥
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MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Jeu 8 Sep - 20:31

OUI JE REPOSTE ICI PARDON MAIS TU ES VRAIMENT TROP MIGNON POUR QUE JE NE LE FASSE PAS ALORS. bril et TU envoies du rêves chaton ohlala coeur
et je stalke ta fiche régulièrement o u i, c'est-à-dire que dès qu'il y a même deux phrases en plus je suis extatique parce que tu écris si somptueusement ** et J'AI TROP HÂTE DE VOIR LA SUITE t'es le meilleuuuuuur

ω




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Club : Membre à part entière du Club des Briseuses de Noix en Chef ; membre honoraire du Gryffy Squad

Métier : Redresseuse de torts serpentardesques
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Particularité : Kleptomane


MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Sam 10 Sep - 18:20

#OhThoseRussians

Bienvenue à toiiii I love you ! Comme tout le monde l'a déjà dit, il était temps qu'un Vassili arrive blue. C'est donc un méga-plaisir de te voir ici I love you

ω



    mind
    i'mma show you how to love again. △ you love how you push me to the point of crazy and I love when you're on your knees and begging for me. you got me good with all these mind games, there you go, you got my heart again.  ©️endlesslove
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Club : Mangemort. The Layer. #Ohthoserussians.

Métier : Professeur de magie runique.
Age : 25
Particularité : Les secrets dévoilés en traître par leur esprit. Tu maîtrises la Légilimencie.


MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Sam 22 Oct - 19:34

Hey there, bienvenue handsome
(Trois ans après, oui, parfaitement, c'est pour mimer le temps terrible que tu as dû passer sans moi à la sortie de Durmstrang, je sais que ça t'a marqué What a Face )
(aussi : c'est une leçon sur les entrées remarquées )

Plus sérieusement : j'ai hâte de lire la suite de la fiche pour pouvoir admirer ta plume, donc courage et hurry up Vassia-vodka, tu en verras bientôt le bout What a Face

ω



OUR ANIMAL IMPULSES
Shine razor eyes in delight. Shine razor eyes before you die. Shine razor eyes in this light. There’s a cold breeze blowing over my soul.
Animal Impulses ; IAMX.
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MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Dim 23 Oct - 16:45

Tu l'as, la suite de la fiche. cool

Mais merci pour ce bienvenue même si tu me l'as déjà souhaité y'a bien longtemps sur la box
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MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Dim 23 Oct - 20:49

Bon un dernier éclat d'hystérie parce que je ne pouvais pas espérer meilleur Vassili **
Bravo pour ta fiche chaton, elle est superbe, vraiment, je suis tellement contente que tu sois là, trop hâte de rp avec toi hehe coeur calin

ω




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MessageSujet: Re: Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups   Lun 24 Oct - 23:53

La Gazette du Sorcier


ϟ Maintenant que tu es validé(e), tu vas pouvoir passer faire un tour par les bottins pour référencer ton personnage. D'abord, réserve lui sa tête en passant par le bottin des avatars. Mais référence aussi ses capacités magiques dans le bottin des patronus et des capacités spéciales au besoin.
Ton personnage, maintenant sorti de Poudlard, est rentré dans le monde du travail. Va donc l'inscrire dans le bottin des professions.
Si c'est ton deuxième personnage - ou plus, petit coquin ! - va donc t'inscrire dans le bottin des multicomptes.

ϟ Puis, tu vas pouvoir lui construire une fiche de lien et de RP dans ce sous-forum, tu vas aller lui acheter un hibou que tu vas ranger par ici et que tu vas aller référencer dans ce sujet. Libre à toi aussi de publier son journal intime dans cette sous-partie

ϟ Une fois toutes ces étapes passées, tu peux -enfin- aller RP ! Tu peux évidemment aussi aller flooder, en tout cas, va nous démontrer par des montagnes d'écrits combien tu aimes ton nouveau personnage ♥ Amuse-toi bien sur Fizwizbiz ♥

Qui es-tu ?

Dépêche du jour : qui est donc Vassili A. Slezniov?

Son nom résonne jusqu'en Angleterre Magique ; sang-pur particulièrement réputé dans sa Russie natale, le premier fils Slezniov émigre pour rejoindre les siens. Il occupe un poste d'ambassadeur pour la Russie Magique mais on murmure aussi qu'en tant que SYMPATHISANT, il pourrait s'intéresser de près à la cause de celui qui se fait appeler Lord Voldemort ... Affaire à suivre, très certainement...
Survole l'image pour en savoir plus


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Vassili Alexandrovitch Slezniov - où traîne encore le cri des loups
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