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 [Flashback] when July became December their affection fought the cold // Regoli (terminé)

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MessageSujet: [Flashback] when July became December their affection fought the cold // Regoli (terminé)   Sam 16 Avr - 0:33

POUDLARD
SEPTEMBRE 1974




C'est une aube nouvelle, se dit Anatoli lorsqu'il vrille le regard de Regulus. Nulle variation apparente, pourtant ; c'est toujours la même salle, les mêmes hauteurs poussiéreuses – toujours les mêmes visages, qui tourbillonnent autour des bureaux et sifflent leurs complaintes matinales dans l'air affadi. Le même cours d'Arithmancie ; celui qui à certain est totale apathie, et à d'autre, patente euphorie. Regulus est de ceux-là – Anatoli l'a remarqué dès le premier cours ; comment se méprendre ? La grande luminescence de la fascination, le jeune Black l'avait déjà bien avant que le cours ne débute – et lorsque, d'excitation, ses cils heurtaient ses pommettes, ils semblaient distiller dans l'air toute l'avidité de cette jeunesse gonflée, irriguée par un désir impérieux de savoir. Les cours se sont suivis, et jamais autre ardeur n'a dissipé ce pur scintillement ; rien, à la connaissance d'Anatoli, n'a jamais surpassé l'immensité de cette exaltation, la grandeur de cette passion intellectuelle – l'élévation de l'engouement de Regulus pour l'Arithmancie et les chiffres. Et c'est pour le mieux – car il y a, dans les lignes adoucies de son visage, dans le pli paisible qu'ont pris ses lèvres, dans la légère fébrilité de ses gestes, quelque chose de grand, de triomphant ; d'exaltant – les yeux défient, les sourires sont déclencheurs d'audaces. Ainsi s'est vue nourrie et exacerbée l'inclination d'Anatoli pour cette matière – et son lien avec Regulus.
C'est une aube nouvelle. Regulus est différent, aujourd'hui – toujours, dans les yeux, le même chatoiement, mais son orientation semble différente ; son regard s'est fait vagabond, parcourant tour à tour à tour la salle dans son entièreté, et l'horizon grandiose, que dessinent les fenêtres et la lumière éclatante qui les inonde. L'objet de sa curiosité paraît tout autre, aujourd'hui, et à quelques reprises, Anatoli pense voir son attention décroître. (Il a toujours longuement observé Regulus. Regulus aux regards courbes, Regulus, dont la complexité des trajectoires l'amenait étrangement à l'éviter à chaque fois qu'ils se croisaient. Regulus, aux sourires désincarnés quand, finalement, leurs interactions sont forcées – Regulus, qui de simple camarade de circonstance, s'est mué en cruelle énigme. Il a toujours longuement observé Regulus, si bien que c'est comme un réflexe désormais – où est Regulus, que fait Regulus.) Regulus ? Son chuchotement a des inflexions caverneuses – c'est que le silence creuse le timbre quand il est accepté ; ils n'ont pas, il est vrai, l'habitude des longues conversations pendant les cours d'Arithmancie ; ils ont ceci en commun que leur enthousiasme est un mutisme, et que son éloquence trouve résonance par d'autres moyens.
Lorsque le jeune homme se retourne enfin vers lui, la nuance nouvelle qu'Anatoli a perçue dans ses yeux semble délavée – son intensité brouillée, mais pas annihilée. La pensée s'est nichée au creux de son esprit et semble à son aise – il est apparemment impossible à Regulus de s'en détourner complètement... Est-ce qu'aujourd'hui est un jour particulier ? Pour toi ? Il espère que l'agencement syntaxique de sa phrase rend manifeste son intérêt pour Regulus, et la nouveauté qui le secoue si visiblement. C'est que rien ne trouble, d'ordinaire, la quiétude des flots de l'intérêt qu'il porte à l'Arithmancie.


***

Le crépuscule s'approche quand Anatoli prend place à la table attribuée aux Serpentard pour y faire ses devoirs – il est venu y quêter la solitude si lénifiante qui lui fait défaut depuis le début de la journée, que ni l'effervescence de la salle commune ni la lassitude collective des cours qu'il a suivis n'ont su lui apporter. Il prend soin de s'attabler loin des quelques Serpentard qui, eux aussi, ont choisi la Grande Salle plutôt que l'humidité médisante des cachots – il ne veut les respirations de personne, et les seules interactions qu'il tolère sont celles de ses pensées. Une migraine cruelle lui enserre les tempes, d'avoir trop entendu les fracas hétéroclites des voix, les désordres des discussions, les dagues aiguisées des cris et des colères, les frondes des éclats de rire et des démonstrations de joie. Sa main s'égare dans sa chevelure, la faisant anarchie, tandis que l'autre se saisit de sa plume ; il s'apprête à commencer son devoir de potions, lorsqu'il sent qu'on frôle sa jambe – le tissu de son pantalon ondule contre brièvement contre sa peau. L'agacement, d'abord, le saisit ; qui donc s'ose à briser l’Éden de son ataraxie ? Il faut qu'il soit fou ! ou bien foncièrement inconscient, l'individu qui l'ose ainsi déranger ! Et puis un coup d’œil sous la table vient renverser ses énervements ; ce qui l'a interrompu, c'est justement ce qui a tant attiré son attention le matin même, ce qui détournait Regulus de son indéfectible exaltation pour l'Arithmancie – un petit Fléreur, d'un gris chatoyant, qui élève sur lui son regard céruléen, quoique moucheté d'un léger vert ; un petit Fléreur, qui miaule contre ses jambes, s'y frottant, yeux mi-clos désormais ; le petit Fléreur, sans nul doute, que Regulus a évoqué le matin même, les yeux gorgés de nébuleuses enthousiastes, le sourire peinant à être contenu par le visage encore rond et enfantin.
C'est un sourire d'égale largeur qui, dès lors, fait place à la moue lasse sur le visage d'Anatoli. Eh bien, murmure-t-il en se penchant pour offrir au jeune félin une caresse, on vagabonde ? Tu vas en inquiéter un, tu sais... A ces mots, le Fléreur s'approche, niche sa tête dans le creux de sa paume, avant de ronronner contre la peau qui le cajole – et Anatoli ne peut que s'émouvoir de la confiance qui lui est si immédiatement accordée. Il s'accroupit et, ses caresses s'affirmant, confie au chaton : Tu sais, je vous ai toujours préférés aux autres, aux humains. Vous êtes vrais, vous êtes entiers – et puis, vous ne me détestez pas, ça change hein ? Le ton prend des amertumes indéniables. Anatoli détourne un instant le regard, l'esprit remué de toutes les distances humaines, de tous les remparts qu'on a érigé devant ses yeux, depuis son enfance – à commencer par ceux des évitements de Regulus, qu'il ne peut oublier, principalement parce que la raison en reste toujours trouble, et, surtout, parce qu'il n'oublie jamais les incendies qu'on allume dans son cœur. Et Regulus aussi a été pyromane...
Mais alors, la douceur d'un pelage d'argent se rappelle à ses doigts, et un miaulement plaintif vient heurter ses tympans – le chaton est là, lui ! qui réclame son attention, son adoration – le témoignage tactile de son intérêt. Et le sourire reparaît sur le visage fait cuirasse, l'attendrissement se substitue à l'indifférente carapace ! – c'est que les  animaux, toujours, ont su faire fluer en Anatoli l'étincelle pure d'un bonheur enfantin et perdu. Viens, toi. Sans cesser de flatter de la paume le dos du félin, il le le soulève de l'autre. Allons rassurer ton maître, tu veux ? L'affection que contient le timbre est clairement perceptible, alors même qu'il n'est guère qu'infime chuchotement.

Lorsqu'Anatoli, enfin, pénètre dans la salle commune, il a la surprise de la trouver presque déserte, vaguement animée par quelques conversations à mi-voix, et parcourue par les respirations régulières de quelques élèves travaillant ; dont Regulus, d'ailleurs, fait partie. La concentration avec laquelle il écrit paraît s'imposer clairement comme étant la raison pour laquelle le chaton a pu aller explorer le château dédaléen à sa guise, et elle peint sur le visage d'Anatoli un doux sourire. Il fait quelques pas silencieux en direction du jeune Black, prodiguant toujours au petit animal les cajoleries qui le rendent si silencieux – à l'exception, bien sûr, des petits ronronnements qu'il émet de temps à autre, et qui contribuent à élargir le sourire qu'Anatoli arbore depuis qu'il a trouvé le chaton. S'éclaircissant la gorge, il commente : Tu sais, c'est curieux, mais ce matin, il m'a semblé qu'il était au centre de ton attention. Tu ne voudrais pas que le petit père s'égare, hm ? Le sourire s'attarde dans la voix, s'infiltre dans le ton, qu'elle rend doux et velouté – nul reproche ; il n'y là rien qu'un constat, qu'a gorgé une double affection à l'égard du chaton nouvellement connu et du jeune homme récemment retrouvé. La main dans la fourrure du petit Fléreur, les yeux dans ceux de Regulus, Anatoli s'est apaisé – le ressac de ses pensées est paisible, et sa migraine a reflué ; c'est enfin le sourire solaire, patente accalmie, qui parachève le tableau de cette stable quiétude vespérale.

ω




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Dernière édition par Anatoli M. Slezniov le Mer 31 Aoû - 2:21, édité 8 fois
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MessageSujet: Re: [Flashback] when July became December their affection fought the cold // Regoli (terminé)   Mar 19 Avr - 1:10




Their affection fought the cold
feat. Anatoli Slevniov


Tu jurerais que ce cours d’Arithmancie était long, et il devait bien s’agir de la première fois. Tu jetas une nouvelle fois un furtif coup d’œil à la grande pendule de la salle, espérant tout de même que ton professeur ne t'y voit pas. Il n’avait pas caché son enthousiasme lorsqu’il s’était aperçu de ta curiosité pour la matière, et tu ne comptais pas lui montrer dès ta Troisième Année un déficit d’attention. Pourtant, tu ne pouvais pas réellement en retirer tes yeux. Le cours n’était qu’une présentation de tout ce qui serait fait au court de l’année, et vous aviez définitivement intérêt à avoir réellement cours au plus vite.
Chose qui se fit finalement, et qui put te garder concentré au moins quelques minutes de plus – enfin tu pensais en moins en donner l’air, jusqu’à ce qu’Anatoli finit par demander quelle était la source de toute cette agitation que tu semblais avoir. Il était certain que si n’importe quelle personne t’avait posé ce genre de question, tu te serais tenu au silence et te serais immédiatement remis au travail, le prenant comme un rappel à l’ordre. Mais Anatoli était tout sauf n’importe quelle personne, et tu savais que ses paroles étaient tout sauf un rappel à l’ordre. Tu savais que sa sollicitude était véritable, et qu’elle avait les meilleures intentions. Tu avais malgré toi pris beaucoup de temps pour te rendre compte que ses paroles t’avaient démesurément manquées, et tu comptais désormais toutes les honorer de tout ton possible, dans l’espoir de rattraper un petit peu de ce temps sottement perdu.
«  - Oh, euh, je récupère mon Fléreur aujourd’hui, après les cours, j’ai un petit peu hâte.  » Concédas-tu avec un sourire. Il ne servait à rien de le cacher à une personne aussi observatrice, de toute façon. Cependant le confier n’avait pas du tout calmé ton envie de voir le cours plus vite.

Tu savais que tu étais sensé te rendre dans la Grande Salle pour y retrouver le chaton alors en âge, et tu t’y rendis dès que vous aviez été libérés de cours. Bien que la propriétaire de sa mère, une Gryffondor de ton âge, savait pertinemment qu’il t’était affecté, tu ne voulais pas que la toute jeune boule de poils passe trop de temps dans le brouhaha total que cette salle représentait, alors que les élèves de Maisons différentes s’y retrouvaient pour partager du temps ensemble avant de regagner leurs dortoirs respectifs. Remarquer où la jeune fille se trouvait ne fut pas une tâche bien difficile, étant donné que beaucoup d’élèves s’étaient déjà réunis pour contempler la petite portée. Dommage pour toi. Tu te faufilas parmi eux pour récupérer le tien qui t’attendait depuis le début de l’été dernier, le temps que lui grandisse assez et que tu puisses obtenir un Permis du Ministère de la Magie pour le détenir – chose qui, compte tenu de la position de ta famille et du dit ‘’peu de rapports’’ que vous aviez avec les Moldus, qui étaient défendus de croiser une de ces bestioles, n’avait été qu’une formalité – et avait signalé impérieusement ta présence puis négligé de la remercier proprement comme la plupart l’auraient fait ; cela ne faisait pas encore partie de tes habitudes, au même titre que les excuses.

Le chaton, quoique premièrement très joueur et très curieux quant à son nouvel univers, ne tarda pas à montrer des signes de fatigue, et tu installas une couverture dénichée quelques jours plus tôt aux couleurs de Serpentard pour le laisser se remettre de sa journée, certainement forte en émotions selon lui, dessus, et à la caler contre tes chaussures le temps que tu termines ton devoir de Potions, qui ne pouvait malheureusement plus attendre plus tard que le lendemain.

Le devoir était certes simple, mais ennuyant, et tu comptais l’expédier au plus vite. Tout en maintenant des résultats plus que corrects dans la matière, tu n’étais assurément pas aussi passionné que la plupart des Serpentard, et écrire dans un devoir tous les risques encourus par une personne utilisant une potion de vieillissement n’était pas exactement la fin d’après-midi que tu adorais passer. La liste étant bien entendu aussi longue qu’assommante, tu finis par te concentrer dessus, histoire de la terminer au plus vite, et alors que tu sentais le contact de la couverture contre toi, tu n’eus pas la moindre d’idée que le jeune Fléreur avait filé découvrir le monde.

Tu fus tiré de ton devoir par une interpellation qui semblait t’être destiné, ce qui te valut un léger sursaut, le temps qu’il te fallut pour te rendre compte qu’il s’agissait de ton ami. Anatoli avait sûrement les mêmes dons que toi pour rester silencieux, quoique peut-être bien meilleurs. Ton attention se reporta cependant directement sur la petite boule au poil gris nichée au creux de ses bras, et tu fronças les sourcils. Il y avait de grandes chances qu’il s’agisse de la tienne. Cette pensée fut affirmée par Anatoli, qui, sans juger une introduction comme nécessaire, t’interrogea sur ta négligence. Tu n’en tins pas rigueur, connaissant Anatoli depuis bien assez longtemps pour savoir qu’il n’y avait pas de reproche dans son propos. Mécaniquement, tu passas ta tête sous la table que tu occupais, pour te rendre compte que la couverture avait bel et bien été désertée par son occupant, supposément venu rejoindre la Grande Salle puisque c’était là qu’Anatoli allait travailler après les cours, la préférant à votre salle commune, et qu’il l’avait entre ses bras.

« - Galilée ! » t’exclamas-tu, alors que la bestiole émergea de son petit sommeil pour déterminer d’où venait son prénom. Définitivement plus intelligente qu’un chat moyen, elle avait sûrement parfaitement été capable de retourner là d’où elle venait, et aurait retrouvé son chemin en sens inverse vers les sous-sols du château, tu n’en doutais pas. Mais tu n’avais anticipé du tout qu’elle puisse se faufiler en douce hors d’une salle aussi protégée, et tandis que tu étais persuadé qu’elle était dans les bras de Morphée. La surveillance de ce chaton ne s’annonçait pas de tout repos, et tu te réjouissais de pouvoir manifestement compter sur ton meilleur ami pour cette tâche.

« - Je suis vraiment désolé, je… » tu ne savais pas vraiment quoi dire. Le chaton devait t’appartenir depuis seulement une heure et voilà qu’il tentait déjà des escapades sans que tu puisses les prévenir. Tu connaissais le tempérament fugueur de l’animal, mais tu n’avais appris nulle part qu’ils pouvaient l’être aussi jeunes. « Il lui a fallu cinq minutes d’inattention. Il ne t’a pas trop dérangé, au moins ? » Tu posais la question en sachant très bien que si le Serpentard avait quitté son lieu de travail c’était de toute évidence parce qu’il avait été gêné pour terminer. Tu te pinças les lèvres, avant de lui adresser un mince sourire confus, tandis que le chat commença à se débrouiller pour sauter des bras de son hôte, sous ton regard épouvanté de le voir risquer ainsi de se blesser. Tu récupéras le chat qui lui n’avait visiblement que faire de sa chute ; tu aurais juré qu’il était même très content de lui, à la manière dont il se frotta contre la paume de ta main pour réclamer de l’attention. Garder un œil sur lui allait être sportif.
by NYXBANANA
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MessageSujet: Re: [Flashback] when July became December their affection fought the cold // Regoli (terminé)   Sam 23 Avr - 23:45


their affection fought the cold




Il a toujours été plaisant à Anatoli d'examiner les autres – l'orientation de leur démarche, les plis que prennent leurs visages lorsque leurs peaux s'infiltrent d'émotions, les tressautements de leurs yeux captivés par une conversation ; leur voix, que module une gamme infinie d'élans hétérogènes. Il lui arrive de s'engoncer dans cette contemplation de l'altérité si complètement que sa réponse tarde – vous sentez alors son regard couler sur vous, alerte, attentif ; il analyse, il vous analyse, soyez-en certain. Nulle variation de votre expression ne lui échappera, nulle déviation de votre regard ne lui restera inconnue – c'est comme s'il se figeait en vous, en vos réactions, abandonnant son enveloppe propre pour aller se nicher en la vôtre. Son expression, à Anatoli, est une impression en l'altérité – il n'a jamais su s'y prendre convenablement avec lui-même. Et c'est à cet examen qu'il se livre, alors que Regulus lui répond, qui alterne entre une surprise véritable, qui tend ses traits, arrondit sa bouche, et un embarras rougissant, qui baisse sa tête et fait voleter quelques mèches devant ses yeux. Le visage pâle voit ainsi se succéder deux états émotionnels si radicalement contraires, qu'ils fascinent Anatoli quelques secondes durant. Comment surface charnelle peut-elle être reflet d'instants si différents, kaléidoscope si changeant, il ne le sait pas – c'est admirable. Il y a longtemps qu'il a appris, lui, à modeler à sa guise cette chair si malléable – à y peindre les signes de son choix, ceux qui indiquent certains élans bien particuliers ; il lui a fallu perfectionner l'art des masques charnels, celui de forger des sourires ou de faire ruisseler des larmes – il a appris l'authentique, et travaillé le contrefait ; et, aujourd'hui encore, le premier l'attire et le fixe là où le second le hérisse. Et Regulus a toujours été de ceux-là, qui laissent sur leur visage enfler la germination de leurs émotions, toutes ardentes qu'elles soient, toutes brutes qu'elles soient – quand lui se voilait la peau de lâches contrefaçons. Alors, quand il lève les yeux de ses pensées, c'est pour les plonger à nouveau dans ceux de Regulus – une inclinaison, un aveu ; celui d'une admiration véritable.
Et il ne sait plus, soudain, ce que Regulus lui a dit, tant son observation minutieuse a imprimé en lui l'image de ses expressions. Mais le petit chat se rappelle à lui – ou plutôt, Regulus le rappelle à lui, le gratifiant d'une petite exclamation teintée de sollicitude. Il faut quelques secondes à Anatoli pour prendre la mesure de l'interpellation – ces trois syllabes ne lui sont pas étrangères, seulement... elles sont comme dépaysées, ont des sonorités exotiques à ses oreilles – dans cette salle commune, que baigne la vague luminescence verdâtre des flots du lac Noir, elles paraissent vestiges d'un autre monde oublié, ou sciemment écarté. Elles tranchent l'air froid, comme stigmates qui tailladent l'ego – elles détonnent, font orage dans l'humidité, lancent des éclairs dans les noirs cachots ; elles viennent d'un monde extérieur, comme extraites d'un autre univers. Anatoli grimace quelques instants : Galilée, Galilée, Galilée... Ga – oh. Et subitement, le masque choit – il sourit. La comédie est tenue en échec par la crue des émotions, qui s'élèvent en rafale et poignent sur la peau. Il a compris, et quand bien même il voudrait simuler son habituelle impassibilité, cela lui est impossible – la situation est bien trop cocasse. Le chaton, quant à lui, se love contre la courbe de la paume de Regulus pour y ronronner sa satisfaction guillerette – comment, dès lors, estomper le sourire et ses largesses sous les traits d'une expression fallacieuse ? Le lien semble s'être établi directement entre son cœur, qui pulse férocement, et sa peau – sans le médiat de son entendement pour penser des expressions trompeuses. Et le sourire ne se délace pas, de ses traits relâchés – il reste et creuse les sillons d'un apaisement véritable contre leurs lignes, contre les mâchoires, les pommettes. Et il s'adresse à Regulus quand ses yeux commencent à pétiller : Oh, mais bien sûr, je comprends... Ils sont toujours si curieux, les Fléreurs. Je dirais même qu'ils sont, hm. Ingénieux. Et inventifs, un peu comme des scientifiques, tu vois ? Il faut toujours  qu'ils trouvent la faille, et qu'ils s'y faufilent – là est la solution.

Il prend, il faut l'admettre, un plaisir croissant à ciseler les mots qu'il emploie, à les cultiver dans leur glorieuse polysémie pour taquiner le jeune Black, dont il a hâte d'observer les réactions bourgeonner sur la peau, y galoper, comme affolées, avant de s'y installer pour quelques temps – témoignage fugace d'une belle véracité assumée, ou du moins acceptée comme telle. L'écarlate se peindra-t-il sur ses joues plus fort ? Baissera-t-il les yeux, la tête, ou son regard sera-t-il défi, confession de l'audace ? S'il a toujours été agréable à Anatoli d'observer autrui et ses réactions, la perspective d'influencer pareilles réactions, et, mieux encore, de les provoquer, a quelque chose d'exquis – c'est se voir ancré en l'altérité, initier en lui un mouvement ; un contact, une interaction à même l'autre, contre sa peau ; une intimité singulière, née dans la distance – de celles qu'Anatoli prise, lui que la crainte de la promiscuité agite tant. Et, en cet instant, sourire à Regulus, moduler sa voix en une inflexion gentiment taquine, c'est raffermir leur lien, celui-là même que les obstacles divers avaient tenté de disloquer – c'est, pour le jeune Russe, s'assurer sa continuité ; un second apaisement. Je faisais mon devoir de Potions dans la Grande Salle, en fait. Mais je l'ai bientôt fini, donc rien de grave, ne t'en fais surtout pas pour ça. La courbe des lèvres tressaille un peu – le sourire se fait plus doux que narquois ; c'est plus de sollicitude, un peu comme une main qui se tend, dans la sincérité des doigts écartés pour saisir leurs homologues. Le regards est plus affûté – mais ce sont les pointes émoussées d'une attention aiguë qu'il dirige vers un Regulus médusé.
C'est bien une sculpture qui, cette fois, se fait sur les traits d'Anatoli, qu'il laisse s'attendrir à dessein – il veut voir les remparts de son ami s'effriter sous un incontrôlable désemparement, il veut repousser d'une paume large la cuirasse qu'une longue scolarité sous l'étendard des Serpents a impitoyablement érigée sur le visage blanc ; même si celle du jeune Black se révèle poreuse, à la fréquenter intimement, à y poser un poser un front audacieux et impavide. Il laisse passer le petit rictus qui piquait malicieusement sa bouche pour y planter un pli presque soucieux – pour laisser paraître le souci de rassurer son vis-à-vis. A son tour, il prodigue au petit félin une caresse légère sur l'échine : Galilée, hm ? Curieux nom. Je me demande pour quelle raison on te l'a donné... Il a courbé le genou sur la pierre pour être plus proche du chaton gris – son regard dévie, reprend l'ascension jusqu'à celui de Regulus, accroche son attention. Il y a ceci dans les yeux d'Anatoli, qui décourage les interactions et éloigne les contacts – s'ils le veulent, ils vous agrippent, ils vous enserrent de leur chape bleutée, qu'un vague voile émeraude vient assombrir de temps à autre ; ils sont le moyen de cet examen, qu'il aime tant à exécuter – ils sont scalpels méticuleux, doigts précis qui fouaillent votre intériorité avec cette stupéfiante acuité. Et, depuis le début, le jeune Black est celui qui se détourne, celui qui tord les vertèbres dans l'espoir d'échapper aux percées de ses yeux analytiques – le petit serpenteau qui se glisse entre ses doigts blancs, celui qui fait flamboyer dans ses yeux le brasier d'une fascination affamée ; celui dont l'intime connaissance lui est, à présent, nécessité. Les nuques qui ne ploient pas ont toujours troublé Anatoli – quoi ! il faut qu'on conteste sa légitime curiosité, il faut qu'on lui refuse ce droit à savoir ! Soit – il tord les doigts, ferme les poings, et son visage prend le pli d'une farouche opiniâtreté. Il saura ! Et nul, jamais, n'osera s'ériger en forteresse devant lui.
A cet instant, le mot de dévisager n'a jamais tant pris sens – se défaire de son visage propre, s'élancer vers celui de l'autre et le défaire, le défaire en tant qu'il est ce mur qui vous interdit l'accès, en tant qu'il est ce fort inexpugnable, dont les herses vous griffent le torse et barrent les élans de votre cœur vers son semblable. C'est précisément ce à quoi se livre là Anatoli – c'est comme une étreinte, ce regard ; c'est la volonté de continuer un contact, dont l'établissement a été si ardu qu'il l'a rendu inestimable – c'est le ferme désir de le préserver, de le protéger comme une flamme secrète et sacrée. Il y a, dans ce regard, presque sauvage tant il saisit pour s'approprier, la peur ancestrale d'un néant honni, dont l'âpre morsure seule reste présente à la mémoire – la crainte viscérale de cette solitude loqueteuse, qui estropie le cœur et met l'âme à genoux. Et il y a, dans le sourire complice qui l'accompagne, presque timidement, le rayonnement d'un espoir solaire et véritable – la confiance en cette continuité tant convoitée ; la confiance en la grande et belle altérité.

ω




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Dernière édition par Anatoli M. Slezniov le Mar 5 Juil - 0:54, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Flashback] when July became December their affection fought the cold // Regoli (terminé)   Mar 26 Avr - 22:32




Their affection fought the cold
feat. Anatoli Slevniov


« And after all, you’re my wonderwall »
Le Fléreur s’avérant encore plus intrigué par le monde qui l’entourait que ce que tu avais pu prévoir à l’instant d’en acquérir, tu n’osas plus le quitter des yeux, de peur qu’il ne s’aventure encore plus loin cette fois-ci, ou pire, recherche ce qu’il connaissait déjà. Tu te voyais très mal monter jusqu’à la tour des Gryffondor pour y reprendre un chaton dont ils ignoraient même l’existence – et étant donné qu’on ne pouvait pas reconnaître les deux Maisons en question comme en de bons termes, ils croiraient à une quelconque farce piégeuse, et tu passerais un très mauvais quart d’heure. Peu enchanté par l’idée, tu fixas encore plus intensément la petite bête aux instincts aventuriers. Celle-ci s’avérait certes adorable, comme l’avaient remarqué certains des membres de ton entourage, mais il ne s’agissait pas de sous-estimer son intelligence pour autant – et pour quitter la salle commune d’une Maison d’un château se distinguant comme étant selon lui le mieux gardé du Royaume-Uni sans être remarqué, il fallait être talentueux, à défaut d’être expérimenté.
Anatoli te soutint du regard, et tu le fuyais comme s’il s’agissait d’un réflexe entretenu par de nombreuses années passer à réaliser l’exercice – et la seule chose en laquelle il ne l’était pas était qu’il s’agisse d’un geste parfaitement attentionnel. Ton regard erra alors quelques secondes, le temps de trouver un point d’accroche, avant d’en dénicher un complètement à ta droite. Cependant, l’étude de marches d’escaliers, aussi scrupuleuse soit-elle, étant un très mauvais prétexte pour l’éviter du regard, tu te vis dans l’obligation d’au moins fixer du regard ton nouveau chaton, prétextant une attention toute particulière quoique justifiée au vu de ses dernières actions à son encontre, tout en sachant que ton ami n’y croirait pas un seul instant, te connaissant certainement mieux que toi-même. D’humeur volontairement distraite, tu fis dans un premier lieu moins attention aux paroles de ton ami. L’évocation du mot scientifique éveilla cependant ta méfiance. Sûrement au fait de ce dont il s’agissait et uniquement par curiosité pour leurs recherches et leurs trouvailles, tu te doutais que le nombre de personnes sachant était dans cette salle bien mince, et tu avais assez compté dessus au moment de baptiser ton jeune Fléreur. Comprenant juste assez ses allusions pour évaluer à quel point la situation était problématique, tu réfléchis tout d’abord aux chances que tu avais de faire comme avec tous les autres Serpentard, la chose était tout simplement impossible. Tu jetas un coup d’œil au reste de la salle, vérifiant qu’aucun de ses membres éparpillés aux quatre coins de la salle ne prêtait attention à vous ; de toute façon, tu n’étais pas sûr qu’ils y comprennent un mot, et qu’ils pensent même à prêter attention à votre conversation. A tout juste quatorze ans, tu étais encore très loin d’être une pièce maîtresse d’un quelconque échec, et tu ne comptais pas le devenir, à ton plus grand plaisir. Tu fis cependant le choix de ne rien dire, pour ne pas risquer une énormité dans une situation déjà assez compliquée. Si ton ami décidait d’ébruiter la chose, il devrait alors se heurter à leur ignorance sur le sujet, se justifier lui-même,  et tu n’aurais qu’à dire qu’il mentirait, ou l’inviter à croire qu’il s’est trompé. Il y avait des choses que tu sois cru par ton entourage, bien que tu n’avais aucunement la volonté d’en arriver à de telles fins. Tu choisis plutôt de blâmer ta malchance d’avoir un ami aussi vif d’esprit, plutôt que de t’interroger sur les raisons de ses connaissances, sans réellement douter qu’il ne s’agisse pas des mêmes que les tiennes, et ne risqua pas à nouveau de prendre la parole tant que tu n’avais pas plus de clefs pour le faire, et que la possibilité de te faire définitivement piéger par tes propos n’était pas écartée. Tenant de regagner de ta superbe, tu levas un œil en sa direction, le mettant au défi d’en dire plus, tout en réalisant qu’il l’accepterait certainement, tandis que l’objet de votre conversation, Galilée, décida de continuer son va-et-vient entre vous deux.
Son observation sembla t’apaiser relativement, si le jeune Russe n’éveillait à ce point aucun soupçon chez un animal dont l’un des premiers instincts était de gronder en présence d’un danger pour son propriétaire, il n’en présentait certainement aucun.
«  - Ce devoir est une horreur à faire » tentas-tu pour soulager la tension, et qui n’émanait malgré tout que de toi, qui ne parvenait pas réellement à te rassurer, tandis que la situation semblait véritablement amuser celui qui l’avait soulevée – et bien qu’il n’y avait jamais eu d’hostilité dans sa voix ou dans son regard, tu lui en adressas un qui se révéla étonnamment proche de celui de l’enfant que l’on venait de surprendre en plein forfait.
« - L’étude des étoiles n’appartient pas aux Moldus, Toli » attestas-tu d’un ton calme pour essayer de te défendre, sachant que cela faisait plusieurs siècles que ce fait était connu de la très ancienne Maison Black. L’étoile de la constellation du Lion portait elle aussi le nom du petit prince, à ta connaissance. Tu n’admettrais pas que la principale raison relevait justement des nombres pour lesquels tu avais un certain faible, et où tu leur accordais une sorte d’avance par rapport au monde auquel tu appartenais, mais cela ne voulait pas dire que tu n’y comprenais rien pour autant ; les calculs sorciers n’avaient rien à envier à ceux Moldus, qui eux ne pouvaient pas les allier à des sortilèges, bien que tu ne puisses pas penser que ceux-ci étaient plats et creux pour autant. Et les travaux de ce scientifique en particulier avait bel et bien fait progresser la science dans l’étude des infiniment petits, sujet sur lequel il n’y avait presque rien à lire dans les ouvrages sorciers. Tu ramenas tes jambes vers toi, et te mis en tailleur sur le siège que tu occupais, te servant aussi de celui-ci pour te grandir, sans que cela ne soit trop visible, mais le regard ne se posant toujours pas définitivement sur ton interlocuteur, semblant préférer spontanément le sol ou les murs quelques secondes plus tard. Pourtant tu mourais d’envie de lui montrer tes trouvailles en la matière, et qu’il t’apprenne lui aussi des choses à ce sujet s’il en savait tant. Tu étais à ce sujet insatiable, quelles que soient les politiques à l’œuvre.
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MessageSujet: Re: [Flashback] when July became December their affection fought the cold // Regoli (terminé)   Dim 1 Mai - 22:39


i'll use you as a warning sign




Dans l'esprit d'Anatoli court encore, léger, évanescent, le petit Regulus des pompeuses réceptions qu'il a tant honnies – le grand bleu de ses iris, dont la digue des paupières ne suffisait pas à empêcher la crue ; il y avait, dans son regard, cette immensité, toute l'étendue d'une enfance candide, passée à l'abri du monde – la clarté de la lagune, que protège la frêle ceinture terrestre, et dont on n'a jamais souillé la pureté. D'ordinaire, les enfants qu'Anatoli se voyait forcé de côtoyer, au moins à distance, lors de ces rassemblements, secouaient en lui les vagues d'un agacement brûlant – quoi ! quelques années seulement suffiraient à cette insupportable escalade du timbre vers la condescendance, à cette hautaine tenue qui se veut majesté, qui n'est qu'affectée ! Ces enfants n'étaient, au fond, que tristes poupées de son, que leurs propres parents maniaient à l'aide de fils d'or – combien de fois n'avait-il pas vu la jetée latérale d'un regard en direction d'une fenêtre et de l'idéal récréatif d'une étendue herbeuse, baignée d'un soleil de zénith, auquel les plis sévères d'un front les contraignaient à renoncer prématurément ? combien de fois n'avait-il pas aperçu les secousses de membres avides de poursuites endiablées, d'haleines égarées, que d'interminables conversations et d'infinies tablées contribuaient à réprimer ? Le sentiment d'Anatoli envers ces petits pantins rutilants avait des mouvements pendulaires, entre pitié véritable et mépris irrépressible – Regulus lui a toujours semblé différent ; peut-être parce qu'il avait intériorisé la supplique implicite de ses parents de l'être de son frère.
Regulus, Anatoli l'a perçu dès leurs premiers contacts, est son antithèse – immensité sereine des yeux, qu'ouvrent, dans une grande quiétude, de longs cils gracieux, quand les siens tempêtent, quand les siens halètent, tout en violentes exhalaisons enflammées ; paix du sourire, qui allonge la bouche et change l'harmonie marmoréenne du visage reposé – face aux crevasses qui impitoyablement trouent ses joues, à lui, et font couler leur lassitude dans ses rictus même. Il lui est parfois difficile de se faire à cet autre, que de lui chaque geste éloigne – que longtemps il a vu, à chaque regard, faire un pas en arrière ; et aujourd'hui encore, parfois, Anatoli regarde Regulus et le voit partir – il voit la grandeur bleutée lui être refusée, les pâleurs de la peau se dérober à ses yeux, les lénitives discussions lui être arrachées. Et c'est la triste torsion du cœur évidé, le regard qui se rive à l'ancrage spatial et inaltérable de ses pieds – le viscéral sentiment de son incomplétude qui lui revient en dagues acérées.

C'est, lorsque ses yeux captent la totalité des réactions de Regulus, cette grosse amertume qui le prend ; les errances du regard semblent se donner pour but l'esquive soigneuse et délibérée du point visuel qu'il représente, et l'objet de la discussion même dérive, sous le décret de ses mots, vers des flots ternes et banals – c'est comme s'il s'employait à jeter entre eux des lieux communs, qui lui assureraient une distance sécuritaire dont Anatoli serait l'objet. Ces atermoiements physiques et rhétoriques lui creusent le cœur d'une souffrance cinglante, et il a un vif mouvement de recul, que le costume de son indifférence n'a pas le temps d'inhiber ; sa main quitte le pelage du chaton tandis qu'il s'impose une distance, hésitant. Il n'a jamais été dans ses intentions de terrifier Regulus, de chasser ses yeux des siens, de délaisser leur conversation – et les paupières qui tressautent, comme cassées par les hoquets d'un désemparement apeuré, la voix qui, elle aussi, semble se détourner, comme emmurée dans une angoisse qui croît exponentiellement, sont pourtant les manifestations patentes de ce que les taquineries d'Anatoli ont pu engendrer en Regulus. Je – oui. Il m'a pris du temps, et je ne l'ai même pas encore fini. Enfin... tu – tu aurais besoin d'aide ? Non pas que mon aide te soit vraiment utile, enfin je ne sais pas. Si le cours tranquille d'un sujet tel que celui-ci peut fixer le regard de Regulus et aider à raffermir sa voix, alors Anatoli veut bien en assurer la continuation ; c'est que ces secousses, ces égarements, ces effarements lui ont rappelé leurs trois premières années, et les écarts presque effrayés du garçon sur le tracé rectiligne de son chemin – les ignorances comme des blessures narcissiques, les questions qui ont pesé ces années-là sur ses nuits. Et depuis que l'opacité de leurs malentendus s'est dissipée, Anatoli a à cœur de parfaire, aux côtés de Regulus, ses rapports à l'altérité ; de parachever en sa compagnie l'idyllique tableau de sa complétude.
Son regard reflue, sa prise sur celui de son vis-à-vis moins puissante, moins avide – ce bleu-là aussi peut être immensité ; Anatoli ne l'a jamais voulu carcan. L'espace d'un instant, c'est cet enfant placide, ce petit prince de sobriété qui n'a jamais cherché à usurper les cieux que ses ailes d'enfants ne lui permettaient d'atteindre, ce digne petit roi, qui a refait surface dans les prunelles effarées de Regulus – et il n'a jamais voulu être celui-là, qui rappelle l'enfance à ses peurs profonde ; il n'a jamais voulu être celui-là, qui défait ses amis de leur assurance – il n'a guère voulu que cimenter leur lien, que s'assurer que cette fois, Regulus ne s'en irait pas, ne déserterait pas l'oasis vacillant qu'ils avaient eu tant de peine à bâtir. Ne pars pas, ne pars pas. Et soudain ce sont deux syllabes qui serpentent affectueusement dans l'air, adoucies par le timbre complice – son nom transfiguré par le cœur de Regulus, son nom marqué par lui, orné des arabesques de sa voix. Il n'y a plus rien là de l'ablation qu'était Tolik, de la décapitation du Tolia, quand hachés par la guillotine des mâchoires dures de Vassili – plus rien de cette large paume  fraternelle, rugueuse dans le bas de son dos, de ces regards sondant le fond de son âme d'une seule franche plongée ; c'est Regulus, qui fait sien l'idée du surnom en tant qu'appliquée à Anatoli. Regulus, qui peint sur la vieille hideur de son prénom mutilé l'inédit de sa renaissance, qui souffle la calme brise de son affection sur les morsures familiales. Deux syllabes, et le cœur d'Anatoli se rassérène dans l'étreinte indéfectible des côtes – deux syllabes, et son regard ose épingler son semblable à nouveau.

Ah, Regulus... Il conserve la distance vers laquelle sa surprise l'a mu – les réactions de Regulus l'ont placé devant cette évidence, qu'il agit peut-être avec l'altérité trop brusquement. C'est, après tout, ce qui l'a toujours éloigné de ses homologues au sang impeccable – les saluts grandiloquents, les hausses du menton comme grotesques tentatives d'effleurer les ciels inaccessibles, la vacuité des premières paroles adressées ; il lui semble qu'il n'a jamais appartenu à ce monde-là. Alors, pour Regulus, il prend le temps ; il laisse ses mots infiltrer l'air vespéral, leur sonorité pénétrée du sourire qui, comme par instinct, a fait la conquête éclair de ses lèvres, en l'espace de quelques secondes – il ne déploiera pas ses mots comme des chaînes, ni ne projettera véhémentement ses phrases comme des sabres ; il mettra sa syntaxe à genoux devant son roi. Ne me fais pas croire que ce n'est là que la continuité d'un intérêt familial pour les étoiles... et quand bien même. On parlerait donc de Galilée à la table des Black, hm ? Que pensent alors tes parents de Copernic ? A l'instar de la métamorphose qu'a si splendidement opérée Regulus sur son prénom, Anatoli a pris soin de faire autres les lignes de son sourire – la malice a pris des douceurs ineffables, chassant les pointes incisives par lesquelles le jeune Black avait dû se sentir acculé ; la voix écrase moins l'air, s'y enroule pour tendre très légèrement vers lui. Nulle accusation, seule la prestance sobre d'un constat – sobriété que vient, pourtant, colorer la pointe tendre d'un rire prêt à s'évader de la clôture des lèvres. Il y a, dans la soie flegmatique du sourire, dans la paresse chaleureuse de la voix, cette volonté de défaire les nœuds qu'ont, en Regulus, tissé ses précédentes taquineries, de lui offrir la précieuse certitude que jamais, jamais il ne sera l'artisan de son malheur. La volonté de contenter le petit garçon à la mine doucement princière que ses yeux laissent scintiller lorsque la surprise les grandit ; d'être à son côté la présence stable, l'ancrage ferme et la confiance que ces mêmes yeux, céruléennes galaxies à l'intensité inimitable, lui supplient de lui offrir depuis ce qu'il lui semble être la première fois que leurs regards se sont entrelacés.

ω




Spoiler:
 


Dernière édition par Anatoli M. Slezniov le Mar 5 Juil - 0:53, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Flashback] when July became December their affection fought the cold // Regoli (terminé)   Ven 13 Mai - 12:46




Their affection fought the cold
feat. Anatoli Slevniov



| With shortness of breath i'll explain the infinite |

Il est très difficile de différencier deux frères, et tu admettais en être certainement une preuve, tout comme ton ami pouvait l'être du bourreau que représentait Vassili à tes yeux. Physiquement, il était impossible de douter de leur appartenance à la même famille, tant ils partageaient des apparences et des caractéristiques semblables, que tu ne pouvais nier - et il t'avait fallu quelques années pour découvrir à quel point les deux étaient opposés, pour finalement apprécier chacune des différences que le jeune Serpentard possédait, et à quel point il s'opposait parfaitement à l'autre Slevniov, bien que tu ne puisses l'oublier pour autant. Mais les évitements blessent et pas seulement toi, et il te fallait prendre conscience qu'il y avait bel et bien une personne en face de toi, qui attendait une réponse, où même un simple regard, de ta part. Parfois, ce sont ses propres ressentis et émotions qu'il faut laisser de côté, même lorsqu'ils prennent assez de place pour t'encombrer complètement, surtout alors qu'il s'agissait d'Anatoli Slevniov, qui t’avait déjà suffisamment attendu pour que tu t’en sentes encore coupable, et ce encore plus alors qu’il s’éloignait de toi. Tu te mordis la lèvre, accablé par le remords et en colère contre toi-même, te faisant la promesse silencieuse que tu mettrais tout en œuvre pour cesser tes esquives du regard, au moins pour lui, craignant qu’un jour ton ami en ait tout simplement assez. Le regard encore dirigé vers le sol, tu ne trouves autre chose à faire que contempler ton Fléreur qui lui profite de la distance mise entre vous deux pour gambader au milieu, visiblement amusé d’un rien, et faisant désormais une totale confiance en le jeune Russe ; quoique tu n’avais pas songé à douter du contraire en prenant le chaton ; Anatoli serait même excellent pour en prendre soin, attentionné et vigilant comme tu le connaissais. Tu finis par laisser cette pensée derrière toi lorsque tu te rendis compte que le silence était devenu beaucoup trop long pour qu’une tension ne s’installe pas dans les yeux d’Anatoli, et que c’était à toi d’agir pour le combler et lui indiquer que tout allait bien.

- J'ai dû faire approximativement les trois quarts, j'ai passé du temps à installer... Le petit chat, donc je pense avoir du retard.
Compte tenu du sens aigu de la débrouillardise du Fléreur argenté, tu aurais pu passer un petit peu moins de temps à t'acharner à tout lui présenter, mais connaître une grande partie des sous-sols devaient améliorer sa confiance quant à son nouvel environnement. Peine perdue puisqu'il semblait se sentir libre d'aller où bon lui semblait, et ce malgré la petite vingtaine de centimètres qu'il mesurait sous tous ses longs poils, et sans que tu aies une chance d'avoir le moindre contrôle dessus. Soit, tu n'auras qu'à te convaincre que tu sauras faire avec. Néanmoins tu savais que ce sujet n’était qu’un prétexte pour l’avoir toi-même initié, et ton compagnon valait beaucoup mieux que ça. Tu fis le choix finalement d’abandonner tes justifications pour défendre le véritable sujet de conversation entre vous deux, et tenter de rattraper l’avance que le Russe avait pris pour toi à ce niveau. Tu fus cependant très agréablement surpris de t’apercevoir que tu n’aurais pas besoin de s’adapter à son discours puisque le sien s’était déjà assorti à tes demandes silencieuses. Son ton s’était fait plus bas, son élocution moins intrusive, alors que tu finissais par te convaincre que le fait qu’il sache maintenant ou plus tard – aucune chance qu’il fasse l’impasse, et c’est un trait que tous les deux partagiez, parmi d’autres – importait peu, et que tu lui dises toi-même plutôt qu’il le découvre serait peut-être à la hauteur de l’effort réalisé.

- Qui est Copernic? Répondis-tu, faisant mine de t'indigner pour la forme. Tu n'avais pas là moindre idée de qui il s'agissait, bien que tu pouvais en déduire un certain rapport avec les études astronomiques, quelles qu'elles soient. Tu te voyais forcé de concéder ton absence presque totale de connaissances moldues en la matière, mais ce n'était pas non plus celles qui t'intéressaient le plus, au contraire.  Malgré l'inutilité de continuer dans ce sujet maintenant que tu avais perdu tout semblant de crédibilité, tu décidais finalement de continuer, te disant que rien n'était encore perdu. Qu'importe, je suis sûr que Galilée a fait des découvertes plus importantes, après tout, tentas-tu, sans avoir la moindre certitude de ce que tu avançais. Tu avais eu quatorze années pour apprendre que ce n'était pas la vérité qui importait, mais l'assurance que l'on apportait à ses propos, si bien que peu de personnes osaient en vérité corriger un individu persuadé d’être celui qui avait raison.

Voyant que ce petit jeu ne te mènerait nulle part, tu t'arrêtas soudainement, et dis de ton mieux pour ancrer ton regard dans le sien, chose qui relevait d'un effort bien plus immense que d'aller chercher un Vif d'Or sous un pluie torrentielle selon toi. Tu hésitas quelques secondes, le temps de  penser aux risques, avant de réaliser que chacune de tes actions avait été soigneusement gardées secrètes par ton ami, et que tu savais qu'il ne les échangerait pas avec d'autres pour amasser la plus grande quantité d'informations, ce qui était tristement compétition pour certains vert et argent à qui tu ne pouvais enlever ce tort. Mais comme l'avait déjà commenté ta mère, pas vu, pas pris - pris, pendu, et tu croyais très fort ne pas l'être. Tu adressais un regard particulièrement méticuleux et attentif au reste des élèves présents dans la salle, concluant que la seule personne pouvant savoir ce qu'était un scientifique dans les environs était en face de toi, et que tu n'aurais pas de mal à ne pas attirer l'attention des autres. Tu te mordis la lèvre une deuxième fois, avant de finalement te lancer à vive allure.

- Galilée était certes astronome mais aussi mathématicien, et il a beaucoup fait avancer les sciences dans ce domaine. Sa théorie sur la chute des corps implique déjà la notion d'accroissement de la vitesse et sa définition précise au dix-septième siècle! Elle est tellement précise qu'elle est encore utilisée à cette époque, et c'est plutôt rare qu'il soit encore une référence parce qu'ils ont un grand nombre de d'arithméticiens qui font constamment avancer les calculs.
Toujours assis en tailleur sur ton siège et désormais papillonnant au rythme de la conversation, tu marquais un arrêt pour l'observer d'une expression désolée, remarquant qu’il y avait assurément beaucoup d’informations à intégrer, et surtout qu’il était tout à fait inhabituel pour un sorcier de s’intéresser à des sciences qui étaient sensées lui être inconnues. Cependant tu restais persuadé qu’éloigner la magie de cette science était la meilleure façon de la faire progresser, pour ne plus l’orienter que dans une seule direction, mais pour l’adapter à des possibilités infinies de réalisations, bien qu’il n’y eût aucune chance que tu formules un jour cette idée à haute voix, essentiellement parce qu’elle paraîtrait insensée, voire même sotte, auprès de tes pairs. Il t'avait fallu te familiariser avec des concepts qui n'étaient absolument pas ceux que tu avais connu grâce  aux  livres poussiéreux de Poudlard dans ce domaine, mais ils étaient encore une fois très peu nombreux, essentiellement historiques.

Ton discours précipité terminé, tu orientas ton regard vers le reste de la salle, afin de t’assurer que personne ne faisait attention à toi. Et pourtant si tu avais commencé d’un ton silencieux, tu ne pouvais pas te vanter de l’avoir terminé de la sorte, et tu en étais parfaitement conscient.

Dans l’attente de sa réponse, et déjà impatient de son verdict, tu te levas de ton siège pour récupérer le jeune chaton et t’asseoir à nouveau, le caressant distraitement alors que tu forçais ton regard à se planter sur Anatoli, empêchant au mieux ses vagabondages qui arrivaient sans que tu ne t’en aperçoives à intervalles réguliers, tandis que tu savais ne rien pouvoir faire pour tes lèvres pincées et tes joues que tu sentais rougissantes.




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Dernière édition par Regulus A. Black le Lun 11 Juil - 8:31, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Flashback] when July became December their affection fought the cold // Regoli (terminé)   Sam 21 Mai - 20:15


open sesame (we've places to go)




C'est, lorsqu'enfin Regulus se lasse des atermoiements et des détours rhétoriques, comme une cuirasse qui s'effrite, comme un rempart dont l'argile délavée se délite – il semble même à Anatoli que les lacs paisibles des iris se sont moirés de nuances plus claires, tant le changement, en le jeune Black, est palpable à qui l'observe bien. Et il est de ceux-là, Anatoli, qui a du mal à précipiter son regard ailleurs que sur son vis-à-vis – c'est qu'il est captivant ! à ainsi lutter contre les écarts que fait son attention de temps à autre, à forcer son regard dans les gouffres du sien, à redresser sa voix, que la surprise a perfidement défaite – Regulus est captivant, oui ; il l'a toujours été. Mais il y a, à cet instant, une grandeur véritable dans le redressement qui s'opère en lui, et elle statufie le jeune Russe – les traits aristocratiques semblent onduler, les lèvres entamer une valse effrénée, alors que le Black s'épanche, la voix heurtée par un souffle empressé, les yeux mouchetés d'une excitation presque enfantine. C'est un masque salvateur que l'on se résout à ôter, les mains tremblantes et le cœur vrombissant sauvagement ; un carcan protecteur, dont on ose finalement dénouer les cordes – et Regulus a le cœur à nu, devant lui ; Regulus a estropié ses craintes et ses angoisses, tordu ses réticences à lui livrer une pleine confiance – Regulus s'est livré à lui. Et le babillage charmant fait bourgeonner un sourire du côté d'Anatoli – enfin, il a déverrouillé en son ami cette passion, qu'il sentait flamboyer contre les murs humides et putréfiés des conventions ; enfin, il peut voir l'enthousiasme affluer aux commissures des lèvres, et les yeux côtoyer à nouveau le tendre bleu de l'enfance exaltée ! C'est un petit prince galvanisé qui lui fait face, un petit prince aux cheveux hérissés par l'excitation, au sourire immense, que les interdits qu'il s'apprête à braver ont rendu timide et hésitant cependant – et il s'élance, le petit prince, mais ses yeux écument le monde, car il veut qu'on lui tende la main, qu'on élève vers lui une paume ferme et indéfectible, et des doigts assurés pour initier des étreintes solides. Il s'abandonne à la folle ivresse du vide d'un bond audacieux, mais ses pieds battent l'air dans l'attente d'une terre à laquelle se fier – il se donne à lui, Regulus, tandis que son être entier a des mouvances pendulaires, tout pénétré d'une incertitude qu'il est impossible à Anatoli de ne pas juger attendrissante ; le second sourire fleurit, cette fois, et investit les tracés lâches de ses mâchoires plus durablement.
Il se félicite de son léger recul – la dynamique de leur discussion semble en avoir été modifiée du tout au tout. Toujours, on lui a reproché cette opiniâtreté dans l'attitude, cette ténacité dans les regards, et cet entêtement dans les invectives – tu sais Anatoli, parfois il est bon de baisser le regard, de porter son attention sur autre chose. Ses parents et leur veule éducation loqueteuse – tu sais comment ils sont, Tolia. Ne baisse pas le regard, ce serait t'abaisser l'âme – détourne-le, de ton propre chef. Choisis d'être celui qui part – ce n'est pas un abandon, c'est une démission, c'est une volonté qui manifeste sa pleine force et la rappelle au monde. Se fixer, petit frère, est mauvais – on s'enracine, et lorsqu'il faut s'en aller, les racines sont inamovibles, ou alors on saigne. Ne t'enracine pas. Voltige, papillonne mais ne laisse jamais oublier tes serres. Vassili, dont les yeux maintes fois ont gelé son cœur jusqu'à l'os, dont les sourires béants ont gravé mille frissons sur sa peau d'enfant – Vassili, dont les mots clament et entaillent, et qui malgré tout pulse en lui comme une cicatrice au toucher délicieusement déchirant. Anatoli a toujours eu les yeux rapaces, inquisiteurs – laisser l'autre fuir le regard, c'est se rendre ignorant, impuissant face aux revirement divers qui peuvent être ceux de l'altérité. Mais la variété des situations qu'il a connues depuis, et dans lesquelles il a brillé par l'inflexibilité de ses regards, l'a conduit à repenser cet aspect des interactions humaines ; et Regulus, il faut bien le signaler, a la part belle dans cette réflexion, qui a la mine hâve et souffreteuse d'une remise en question. L'écart semble, en effet, lui avoir été bénéfique – et Anatoli fait le choix de ne point précipiter une proximité accrue, de laisser s'épanouir entre eux l'espace confortable dont Regulus a fait son sanctuaire. Je comprends... et il n'a pas tardé, en plus, à n'en faire qu'à sa tête. C'est ce même sourire stable et droit, celui qui a suivi le visible apaisement de son interlocuteur, qui accompagne le regard d'Anatoli vers le chaton, dont la démarche pataude claironne maladroitement sur les pierres froides du sol.

Et alors, on est promis à de grandes choses et on s'éclipse ? Il ploie la nuque en direction du félin espiègle, captant son regard – il a toujours su s'y prendre avec les animaux, orner ses caresses de la nuance qui les fixe auprès de lui, émettre le sifflement juste, qui aimante leur attention sur lui ; il a toujours su y faire avec eux, faute, peut-être, d'avoir su y faire avec ses homologues. Mais c'est une retraite, cette inclinaison vers le Fléreur – un répit pour le petit prince qui est déjà si loin de son château, et dont les yeux ont effleuré, déjà, des horizons qui lui sont si étrangers ; c'est un instant cédé au jeune Black, une offrande à son vouloir – l'opportunité pour lui de délibérer sans les serres intrusives des attentions d'Anatoli. Il n'y a là guère qu'un instant fugace, une brève variation sur la crête de leur conversation, mais elle paraît nécessaire, et d'autant plus que  son recul a permis à Regulus de se défaire de sa réserve. Sa tirade a élevé le timbre de sa voix ; elle semble presque battre des ailes, dans la sombre moiteur de la salle commune que les reflets aigue-marine du lac voisin inondent ; elle semble celle d'une autre personne, d'une autre âme ! et l'enthousiasme qui l'anime a des airs d'euphorie, des tessitures d'ivresse quand elle voltige et délace la clôture des lèvres de Regulus, et le carcan des normes qu'une éducation cloisonnée a férocement enserré autour de lui. Et elle touche incommensurablement Anatoli, cette envolée de la voix, qu'accompagne la frénésie des cils papillonnant d'alacrité, elle tire son sourire vers la démesure. Oh, allons. Ne me dis pas que tu as nommé ton chat Galilée sans rien connaître de Copernic... Sa main fait son chemin entre les mèches qui désordonnent son apparence et cette prestance sacrée, dont on lui a toujours énergiquement vanté l'absolue nécessité ; c'est que douter de l'authenticité de la stupéfaction qui s'est peinte sur les traits fins et nobles paraît impensable, illégitime ! quand le bleu des yeux se voit ainsi rehaussé. … Mais tu as apparemment nommé ton chat Galilée sans rien connaître de Copernic. Hm, je ne peux pas te laisser partir sans y remédier, ce serait réellement offensant – ne serait-ce que pour cette pauvre petite bête. Étant donné que Copernic a vécu avant ce cher Galilée, et qu'il a été pour lui ainsi que ses théories un appui non-négligeable, je ne pense pas qu'il soit réellement pertinent d'en parler comme quelqu'un de moins important que lui... Il est difficile d'aborder Galilée sans parler de Copernic, en réalité – et par aborder, j'entends parler de ses travaux dans tous les domaines qu'ils ont pu couvrir. Même si c'est surtout en termes d'astronomie, en fait, qu'ils se rejoignent. Et c'est là encore plutôt maladroitement formulé, disons plus exactement que Galilée admet la théorie copernicienne de l'héliocentrisme et s'appuie sur elle pour ses propres travaux dans le domaine. Bien sûr, Copernic n'a pas été exactement le premier à se pencher sur la question et à évoquer l'idée d'une rotation de la terre autour du soleil et d'un système de corps eux aussi en rotation autour de lui – il me semble que des astronomes grecs ont vu avant lui les choses sous cet angle-là, mais tu m'excuseras, je ne peux pas te donner leur nom ni te dire grand-chose de plus, ma connaissance sur le sujet étant absolument loin d'être exhaustive.

Anatoli marque une pause – à son tour, sa voix a chantonné d'allégresse, diffusant un bourdonnement continu et enjoué dans la salle par ailleurs silencieuse, et que son état de quasi-désertion a rendu morne. Jamais il n'aurait ne serait-ce qu'osé nourrir l'espoir de pouvoir tenir un jour pareille conversation à Poudlard, et encore moins à l'intérieur même de la salle commune des Serpentard, lieu de toutes les condescendances et de tous les mépris les plus nauséabondes à l'égard des Moldus ; et voilà que lui fait face le plus admirable des paradoxes, tout en grâce aristocratique et en joliesse éthérée ; l'archétype même du petit prince sorcier, au sang si pur que c'est à se demander s'il a gardé son incarnat, celui dont la famille s'est vue littéralement écartelée en raison d'une affectation scolaire ; l'un des fidèles satellites d'un groupe d'individus dont la farouche acrimonie des idées n'est plus à faire, et que seuls voilent une prestance et un rayonnement à grande échelle. Et voilà que le nom de Galilée a compté parmi les mots du dernier héritier des Black ! Regulus, dont les jeunes épaules blanches soutiennent désormais le poids de toute une race déçue, qu'a aigrie l'infamie d'un frère aîné jugé irresponsable et aveuglé. C'est le même Regulus qui s'est enivré, là, sous ses yeux ébahis, de l'évocation dudit Galilée et de ses travaux scientifiques. Il y a là, pour Anatoli, toute la richesse inégalable d'un instant abandonné, d'une minute titanesque, qui a les a délestés de leurs masques et de leurs atours poussiéreux – la grandeur d'une conversation hors du temps et loin du monde, qui a révélé leur ardeur et leurs audaces respectives. Oui, articule-t-il, Galilée a eu un rôle majeur dans un certain nombre de domaines scientifiques, même si effectivement, ce qu'on retient de lui en général sont les avancements qu'il a permis en termes d'astronomie, et qui le lient à Copernic. Il semble normal que ce soit de lui dont tu aies entendu parler ; quasiment tous les Moldus le connaissent ! C'est tellement dommage qu'on n'en parle pas ici. Comment est-ce que tu l'as découvert ? Je dois avouer être curieux à ce sujet. Et sa voix, lorsqu'elle s'élève de nouveau, a des douceurs inattendues – il semble que les courbes tranquilles de leur conversation aient sur lui quelque effet lénitif, que sa folle exaltation à l'idée d'évoquer, enfin, ce pan entier d'une culture délaissée, se double d'une sérénité nouvelle. Le sourire qui resurgit, fier ! gage d'un engouement sincère, et que d'aucuns, sûrement, jugeraient inapproprié – qu'Anatoli ne peut se résoudre à garrotter.

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MessageSujet: Re: [Flashback] when July became December their affection fought the cold // Regoli (terminé)   Mar 5 Juil - 21:22




Their affection fought the cold
feat. Anatoli Slevniov



| Tell the neighbours i'm not sorry if i'm breaking walls down |
La vingt-cinquième heure est un concept populaire selon lequel il existe un moment hors du temps, à l’abri des autres et expressément réservé à un groupe restreint de personnes concernées. L’intérêt de celle-ci réside dans le fait que ses membres sont les seuls avertis de son existence, et qu’ils sont tout à fait libres de faire le choix de ne jamais en parler. Pourquoi le faire et prendre le risque de sacrifier l’instant sacré qui leur appartient, après tout, même s’il s’agirait plus de se vanter de pouvoir accéder à une période aussi précieuse que d’inviter d’autres individus à la joindre ; car s’ils devaient en être gardiens du secret, il aurait fallu que leur intégration fut assez évidente pour qu’elle se fasse d’elle-même, or le cercle se révèle toujours pour des raisons de viabilité exclusif. Et cette fois-ci la vingt-cinquième heure t’appartenait à toi et à Anatoli, et il n’y avait pas de chose plus importante au monde que de ne pas la laisser s’échapper.

- C’est un Fléreur, ça fait partie de leur caractère, mais je n’imaginais qu’il ait un tempérament fugueur aussi jeune. Il est intelligent mais j’ai peur qu’il se perde, qu’il se retrouve coincé quelque part, ou quelque chose d’autre. Tu lui offris une moue déconfite alors que tu imaginais installer une clochette qui t’avertirait des mouvements du chaton jusqu’à ce qu’il soit en âge de fuguer, en supposant qu’il y en ait un, mais lâchant vite l’idée en pensant à toutes ces nuits sans sommeil auxquelles tu condamnerais ton dortoir s’il venait à sonner sans discontinuer, et appréciant tout de même d’avoir encore le droit de dormir dans ton lit, ce qui te conduit à constater que le problème restait définitivement insolvable, particulièrement depuis que tu savais que les portes de Serpentard ne lui posaient aucun problème. Tu soupiras en le reprenant une énième fois, la créature n’étant pas encore assez patiente pour supporter de ne pas découvrir son petit univers pendant plus d’une minute, et parvins à l’installer sur tes genoux pour qu’elle y dorme quelques instants – tu ne doutais pas que cela ne durerait pas longtemps – et installée confortablement elle ne tarda pas à prouver être en confiance. Au moins avait-elle prouvé qu’elle reviendrait après ses quelques aventures, ce qui était un point dont tu ne pouvais que te ravir.

Ton attention désormais portée sur le confort croissant de la petite bête, et la discussion s’apaisant à mesure qu’elle évoluait, tu trouvas le moyen de te rassurer plus ou moins quant à la tournure qu’elle pouvait éventuellement prendre, si bien que tu regrettas bientôt de ne pas lui avoir annoncé plus tôt, chose qui, tu en étais assuré, n’aurait rien changé, excepté ton angoisse naturelle. Tu levas un instant les yeux au ciel, avouant ta culpabilité d’un mince sourire, lorsqu’Anatoli t’interrogea sur ton absence totale de connaissance au sujet de Copernic, qui semblait être un personnage majeur sinon essentiel de l’Histoire telle qu’elle était enseignée à tous, et dont tu n’avais aucune idée de l’existence. Les connaissances de l’histoire sorcière étaient elles jugées suffisantes pour pallier à une qui n’était pas supposée s’y mêler, et tu ne t’étais jamais jusque-là surpris à ignorer la totalité de toute la teneur d’un sujet, contrairement à ton interlocuteur. Tu doutais malheureusement qu’une autre personne put un jour constater l’incroyable étendue de connaissances qu’Anatoli possédait, lui-même se faisant toujours très discret quant à ce que tu caractérisais comme un trait à part entière de sa personnalité, et qui rappellerait à beaucoup l’actuelle limite de leur sagesse. Mais Anatoli n’était pas de ceux-là et tu te ravissais qu’il te laisse accéder à une infime partie de son érudition que tu étais défendu de découvrir. Analyser un tel nombre d’informations en étant étranger à toutes relevait du défi, mais tu t’étais dorénavant promis d’essayer d’être à la hauteur de ton meilleur ami, dont tu étais sincèrement admiratif, et tu réussis tout de même à rattacher quelques évènements à des mots survolés durant tes diverses lectures ou entendus par d’autres élèves.
- C’est parce que Galilée avait seulement affirmé la thèse copernicienne sur cet héliocentrisme qu’il a été condamné à ne plus exercer en tant que scientifique, parce que les Moldus ne voulaient pas croire que la Terre tournait, c’est bien ça? Avançais-tu d’une voix interrogative, espérant ne pas trop te tromper malgré ton maigre savoir ; la chose avait été mentionnée plusieurs fois et tu ne t’étais jamais intéressé assez pour réellement comprendre, étant donné qu’il t’aurait fallu comprendre bien trop de choses et que tu jugeais pouvoir mieux rentabiliser ton temps qu’en t’attardant sur leurs mœurs qui semblaient bien trop complexes et changeantes.
Tu haussas les épaules lorsqu’Anatoli rappela à quel point Galilée était une figure incontournable d’une éducation qui n’était pas la tienne, et te demandant comment ton meilleur ami avait réussi à pouvoir accéder à tant de savoir en ce domaine.

Il te fallait trouver les mots pour décrire la frustration pénible qu'avait été la découverte des limites de la matière que tu adorais, et la quête interminable dans la recherche d'explications pour les explications que celles-ci avait su te donner. Certains outils étaient rapidement plus qu'un handicap alors que tu commençais à comprendre, et c'est naturellement que tu avais fait le choix de t'en débarrasser ; les nombres offraient tellement plus lorsqu'ils n'étaient pas soumis à un seul objectif, et tu t'étais plu à modifier tous les assemblages comme bon te semblait. Désespéré de trouver des ouvrages mathématiques que tu jugeais plus complets pour ne plus en regretter les lacunes, tu avais fini par consommer avec voracité la section attribuée de la bibliothèque, pour atterrir dans celle réservée aux mathématiques appliquées. Après une minute de réflexion sur la façon dont tu t'étais retrouvé à nommer ton Fléreur du nom d'un scientifique italien, tu finis par donner une explication au jeune vert et argent, après lui avoir adresser un regard à demi-coupable et en t'étant préparé à te torturer les doigts pendant toute la durée de ta prise de parole.

- L’ennui, principalement. Je voulais en apprendre un petit peu plus, puis je me suis posé des questions, puis mes questions se sont posé des questions, et j’ai fini par appeler mon chat Galilée. Il y a une section de livres sur cette matière dans la réserve, parce que peu de personnes les empruntent et qu’ils prennent donc de la place dans la bibliothèque. Le professeur d’Arithmancie a négocié mon accès, mais tu peux venir toi aussi tu sais. Indiquas-tu avec une voix teintée malgré toi d’espoir, car connaissant les surprenantes aptitudes dans ce domaine, bien qu’il ne fut selon toi pas que prodigieux dans ce domaine, alors que le chaton se réveilla de son court sommeil pour s’étirer de toute sa longueur et bondir de tes jambes pour aller vers celles d’Anatoli. La cohabitation entre les deux ne serait sans aucun doute pas un problème, ni pour l’un, ni pour l’autre, les deux semblant s’être aussi parfaitement trouvés.
by NYXBANANA
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MessageSujet: Re: [Flashback] when July became December their affection fought the cold // Regoli (terminé)   Lun 8 Aoû - 1:42


i don't need this lonely skin anymore



Depuis que Regulus s'est ouvert à lui, depuis que son visage rayonne de spontanéité, ainsi que de cet enthousiasme un peu gauche qui fait plaisamment onduler son sourire comme s'il s'apprêtait à déborder et à se hisser hors du lit purpurin de ses lèvres, Anatoli a bien du mal à poser le regard sur les alentours – il lui faut l'admettre, Regulus est proprement fascinant lorsqu'emporté par l'engouement, et le Russe se félicite d'avoir su orienter la discussion sur l'un des centres d'intérêt de son ami. Une certaine fierté, également, se gonfle en son cœur lorsqu'il voit les éclats d'une certaine admiration luire dans les prunelles céruléennes de son vis-à-vis – durant trois ans, il a lutté pour obtenir l'attention du jeune Black, et là, alors que l'apaisante atmosphère feutrée de la salle commune déroule son intimité autour d'eux, il lui semble qu'il y est parvenu au-delà de ses espérances ; quoi ! capturer ainsi l'intérêt du même garçon qui a fait, durant trois longues années, sciemment dévier ses chemins pour qu'ils ne rencontrent pas les siens, faire scintiller, dans l'océan alerte du regard, les lueurs véritablement curieuses et enjouées ? ces accomplissement, jamais les errances les plus audacieuses de son imagination n'auraient osé les lui suggérer. Et pourtant, le voilà, à retourner à Regulus un regard espiègle, d'où le contentement est tout, sauf imperceptible ; un observateur extérieur ne manquerait pas de s'apercevoir de l'état de ravissement d'Anatoli, et son esprit le lui figurerait, dans des tons légèrement violâtres, en une aura nerveuse s'étendant doucement autour du jeune Slezniov et menaçant de conférer à la salle commune de nouvelles nuances légèrement plus euphoriques. Soudain, l'immensité des progrès qu'ils ont accomplis, tous les deux, apparaît à Anatoli – il sent encore son cœur s'affaisser et ses paupières masquer ses yeux pour les arracher à l'énième déception de la vue du cadet Black se hâtant à la sortie du cours  pour éviter à tout prix de croiser ne serait-ce que le fantôme de son regard ; il se rappelle les nuits troublées, fragmentées par ses interrogations teintées d'amertume à ce sujet – la frustrante proximité de ce souffle dont le propriétaire, en état de conscience, prenait d'extrêmes précautions pour ne pas se tenir à moins d'une bonne dizaine de mètres de lui. C'est que jamais sa mémoire perfide ne lui a laissé ignorer l'âpreté de ces trois années – il lui semble, parfois, que leur arrière-goût saumâtre s'obstine à s'accrocher à son palais.
Mais l'instant est tout autre – et Anatoli ne peut nier le contraste qui l'oppose, lui ainsi que le singulier plaisir qu'il leur apporte, à tout deux, à ceux qui ont précédé son entrée en quatrième année ; et lorsqu'il voit Regulus lever les yeux au ciel, il a l'audace de déceler une touche d'affection dans l'agacement que le geste semble vouloir manifester. Oui, il n'a pas l'air de vouloir tenir en place, et le château est très grand, je peux comprendre que tu t'inquiètes pour lui... Mais il m'a l'air plutôt débrouillard, hm, qu'est-ce que tu en dis petit Galilée ?

Le ton s'adoucit indéniablement tandis qu'il apostrophe le petit chat qui est revenu s'égarer entre ses jambes – sa main s'attarde sur le pelage éclatant le temps d'en apprécier la douceur ; eut-il été poète, il se serait éternisé sur la somptueuse métaphore que fait, en cet instant, Galilée de l'évolution de leurs rapports ; sur le symbole de leur amitié récemment forgée qu'il érige, tout en petits regards attendrissants qu'emplit toujours une extraordinaire intelligence, lorsqu'il passe de l'un à l'autre au prix de quelques balancements encore un peu patauds. Prétendre qu'il n'y songe pas, d'ailleurs, l'espace d'une agréable seconde, est un mensonge éhonté ; et la main qui fourrage entre les poils argentés s'y fige durant ce laps de temps. Lorsqu'il lève à nouveau les yeux sur Regulus, une certaine hésitation y plane, comme si l'emprise glaciale du doute l'avait insidieusement pénétrée : Je pourrais peut-être t'apporter de l'aide ? Je veux dire, pour le petit chat. Et si tu le veux, bien sûr. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de s'en faire pour lui, il est très certainement plus que capable de s'orienter tout seul et de revenir vers toi de lui-même, mais on ne sera pas trop de deux pour le surveiller à travers le château, et il y aura peut-être des moments où tu ne pourras pas, du genre pendant les entraînements de Quidditch, et– et puis voilà ? Que l'intervention se clôture sur ce ton interrogatif et mal assuré n'était certainement pas au programme – il croyait pourtant s'être défait de ses appréhensions au sujet de Regulus ; il croyait être désormais en mesure de lui adresser la parole sans ces grotesques réserves, qui creusent dans sa voix des saccades indignes de son habituelle prestance. Force est de constater que l'allure altière et le port de tête princier l'intimident encore aujourd'hui, les souvenirs, ainsi que les plaies qui leur sont associées toujours béants dans son esprit – et si la dynamique de leur relation devait venir à être bouleversée, il sait qu'il y laisserait un cœur comprimé, une titanesque déception ainsi qu'une circonspection encore plus marquée envers les rapports humains ; car Regulus, ainsi que l'amitié qu'ils entretiennent, sont, à ses yeux, une prodigieuse rédemption. Anatoli n'a jamais fait figure de courtisan assidu sur la scène sociale, bien au contraire – ses compagnons les plus fidèles lors d'événements tels que les réceptions internationales Sang-Pur se trouvant être les murs, ni ses parents ni sont frère n'ont jamais su que le qualifier de marginal ou de solitaire. Mais avec Regulus, tout a toujours été différent – Sang-Pur parmi les Sang-Pur, prince, malgré tout, parmi les morbides enfants de rois auto-proclamés, Anatoli, pour une raison qu'il ne s'explique pas, n'a jamais pu le haïr comme il a d'emblée haï les autres et leur teint de porcelaine presque inhumain, et leurs manières guindées de pantins mal articulés. Il y a toujours eu en le jeune Black ce quelque chose, ce halo délicat qui a su faire barrage au mépris blessé d'Anatoli – étaient-ce les yeux trop bleus, le visage trop juvénile, la voix trop douce ? Il ne saurait le dire, mais il sait aujourd'hui, alors qu'il a une conversation avec lui sur l'une de ses passions les plus inavouables, qu'il est reconnaissant à son cœur d'avoir eu ce moment de faiblesse.
En résumé, oui, c'est ça. Disons que ça allait à l'encontre de certaines... croyances, lesquelles contrôlent une bonne partie de la société moldue, surtout à cette époque, et qui avaient aussi un pouvoir politique majeur. C'est somme toute assez compliqué à expliquer quand on ne connaît pas le monde moldu, parce que si pour eux il s'agit d'un fait culturel central et connu de tous même ceux qui ne l'admettent pas, ça n'existe pas dans notre monde à nous et ça nous semble totalement incongru si on nous l'explique... Je pourrais tenter de te l'expliquer, si tu en as envie mais il faut que tu prévoies un peu de temps et de patience, c'est tout, sauf facile à assimiler, il faut vraiment vouloir comprendre la chose.

Anatoli est douloureusement conscient que sa volubilité a certains aspects agaçants voire rébarbatifs, mais il estime que Regulus et lui partagent une certaine familiarité, et qu'il le connaît désormais assez pour savoir que ces tirades enflammées ne sont guère le signe que d'un profond intérêt et de la ferme velléité de le faire partager. Il a un instant songé à l'incompatibilité de son propre statut aristocratique avec les connaissances qu'il affiche fort ostensiblement devant son ami, mais l'entrain du jeune Black a estompé les simulacres de crainte qui menaçaient de l'assaillir. Lorsqu'il mentionne son accès privilégié à la Réserve, et qu'il précise que ce dernier lui a permis de se constituer quelques connaissances fondamentales, Anatoli ne peut s'empêcher d'ouvrir grand des yeux émerveillés, et de se réjouir d'une voix que fait tressauter une monumentale excitation :
Vraiment ? C'est formidable, il doit vraiment t'estimer pour te le permettre ! Non pas que ça m'étonne, je sais ta passion pour l'Arithmancie, et je n'ai jamais vu personne t'égaler, mais c'est – vraiment quelque chose d'exceptionnel.
Il sent sur ses pommettes la flamme d'un embarras croissant – il n'est guère dans ses habitudes d'encenser démesurément les autres, quand bien même ils lui sont proches, mais là encore, et comme toujours visiblement, Regulus semble faire figure d'exception ; cela dit, au vu de ses performances, et de l'intelligence patente de ce regard alors même qu'il se contente de le dévisager avec intérêt, il n'y a là rien qui mérite un fard – plus que personne, Regulus mérite qu'on l'encense. Il doute, au vu de ses fréquentations et du milieu duquel il est issu, qu'on l'ait beaucoup fait durant son enfance – l'idée lui serre le cœur, et c'est un instinct indéniablement teinté de tendresse qui le pousse à lui sourire plus largement encore, alors qu'il poursuit sur sa lancée un brin extatique : Je – j'aimerais beaucoup y venir. Ils doivent disposer de tellement de documents riches en informations ! J'ai vraiment hâte de voir ça, c'est – c'est – je suis vraiment content que tu me le proposes... Sa voix se voile, entravée par quelques heurts – lui non plus n'a jamais réellement été gratifié d'un intérêt plus que passager, et celui que Regulus semble lui porter lui chauffe le cœur d'un élan étranger. Et si le jeune Black lui-même lui fait cette attrayante proposition, laquelle implique nécessairement qu'ils passent encore davantage de temps aux côtés l'un de l'autre, c'est que cet intérêt est véritable – où en tous les cas, c'est ce dont Anatoli a l'audace de se persuader tandis qu'il se laisse errer entre les nuances d'azur des yeux de son ami...

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MessageSujet: Re: [Flashback] when July became December their affection fought the cold // Regoli (terminé)   Mer 24 Aoû - 11:00




Their affection fought the cold
feat. Anatoli Slevniov


| Never give up it's such a wonderful life |

L'avantage qu'il y avait dans une conversation entre vous deux, c'est que malgré tous les efforts que l'on pouvait y mettre, il devenait au bout de cinq minutes impossible de vous comprendre, et que vous ne feriez de toute façon une fois mis ensemble aucun effort pour l'être, et que vous saviez que vous finiriez par faire abandonner jusque les plus motivés à vous entendre. Peut-être était-ce parce que vos conservations n'étaient finalement que peu verbales, et que vous communiquiez la plupart des choses, voire tout ce qui était réellement essentiel, par le regard, et que toute tentative intruse de se rajouter à votre conservation silencieuse en était rendue tout à fait impossible, la plupart de vos propos étant, à votre plus grande réjouissance, tout bonnement inexplicables.

« - C'est juste que cette fois-ci il est parti dans la Grande Salle, là où ce n'est pas difficile de venir le rechercher, mais il aurait pu aller explorer le troisième étage, la salle d'Astronomie, ou encore même les jardins tout entiers. Sachant qu'il a réussi à quitter notre Salle Commune alors que je n'ai jamais vu le chat d'Augusta le faire, je doute qu'un endroit lui soit inaccessible maintenant. Il reviendra bien sûr, mais il ne faudrait pas qu'il se coince quelque part en se promenant dans un endroit trop étroit pour lui ou autres. Puis il est encore tout petit alors... »

Bien sûr tu étais parfaitement au fait du tempérament des Fléreurs, en ayant assez lu dessus pendant une bonne année pour avoir toutes tes chances à l'entretien qui déterminerait si, oui ou non, tu serais en mesure de prendre en charge une créature magique intelligente et devant rester parfaitement invisible aux yeux des Moldus, Galilée étant, comme toute son espèce, loin d'être protégé de finir inventorié dans un de leurs quelconques bestiaires, surtout étant un pure race et ayant, au final, peu du chat, ou alors ressemblant à une lointaine espèce exotique à oreilles ressemblant à celles d'un fennec et à queue de lion - non, définitivement, le rencontrer pour un Moldu serait un choc aussi important qu'inutile - mais tu ne te souvenais pas avoir lu qu'ils étaient assez capables et aventuriers pour partir à la conquête du monde dès leurs tout premiers mois de vie, bien qu'ils soient d'une intelligence tout à fait supérieure à celle de chats plus communs. Tu avais naïvement espéré que le chaton se contenterait dans un premier temps d'une seule salle, bien qu'elle fut immense par rapport à sa petite taille, et qu'il finirait par aller à la rencontre du monde une fois qu'il aurait pris ses marques dans la salle qu'il devrait considérer comme son refuge s'il y avait le moindre soucis, comme l'avaient jusque là fait tous les chats que tu connaissais ; et étant donné le nombre important de chats que les murs de Serpentard habitaient, tu estimais en avoir assez vu pour établir une moyenne sur ce qui était logique dans le comportement du félin, et ce qui ne l'était pas. Et loin de tous ces problèmes, le tout jeune Fléreur continuait à se blottir dans les jambes d'Anatoli et ne s'arrêtait de gambader joyeusement que lorsque toi et lui approchiez suffisamment pour qu'il fonce de sa tête sur les paumes de vos mains, puis se déconcentrait à nouveau et reprenait son petit jeu.

C'est par conséquent avec beaucoup d'attention que tu accueillis les premières phrases d'Anatoli, dont tu sais pertinemment l'importance dès que tu perçois une certaine hésitation - chose tout à fait rare, si bien que tu ne sais pas si d'autres personnes ont déjà eu la chance de le voir s'interroger sur ses mots en même temps que celui les prononce -

« - Oh ce serait tellement génial de ta part, bien sûr que j'accepterais! Et puis je ne pense pas que Galilée s'y oppose avec véhémence non plus, je pense plutôt qu'il en serait aussi ravi que moi. Compte tenu du nombre d'escapades de sa part que l'on peut prévoir, on ne sera jamais trop de deux pour aller le chercher. »En vérité tu t'étais déjà interrogé sur l'aide certaine que le vert et argent pourrait t'apporter, mais rendu tout à fait bloqué par la simple façon de le demander, tu avais fini par te persuader que le faire était inutile et ne t'offrirait qu'une réponse négative, tout en sachant pertinemment qu'Anatoli Slezniov ne t'avait jamais refusé la moindre chose, et encore moins de l'aide.

La suite de son discours occupa toute ton attention, celui-ci se précisant de plus en plus à mesure que le plus grand avançait dans son explication, et le choix particulièrement subtil de ses mots – à savoir plus encore qu'à son habitude, le jeune Russe pouvant se targuer d'en avoir maniés à la perfection et pourtant de ne jamais les utilités contre une personne comme s'il s'agissait d'une arme légitime – annonçait déjà la future complexité de ses propos, ainsi que leur aspect sans aucun doute sensible.
« - Si tu veux le faire, surtout dis-le à voix basse s'il te plaît. »


Vous étiez certainement à l'abri que même la personne la plus téméraire et déterminée ne cherche à trouver ce que vous étiez en train de vous dire, mais tu doutais que vos aînés n'accueillent pas avec attention des termes d'un vocabulaire aussi spécifique que celui-ci se présentant à eux, et souhaitais ne pas avoir de problèmes malgré ta curiosité bien trop importante, qu'il s'agisse du monde Moldu ou de météorologie tu aurais tout donné pour entendre le jeune Russe s'exprimer sur un sujet qui lui tenait à cœur, sachant d'ors et déjà que son récit se ferait clair et sans écueils. Les chances que tu ne comprennes pas le moindre mot de ce qu'il s'apprêtait à raconter étaient grandes mais l'envie de le laisser parler et de te taire pour l'écouter avec toute l'attention dont tu étais capable bien plus encore.

Cependant si Anatoli avait ici pour ambition d'expliquer les mœurs et politiques d'un monde qui t'était tout à fait tenu inconnu sans que tu aies beaucoup lutté pour le connaître, tu pouvais dorénavant statuer très exactement que Galilée d'autres projets en tête dès lors pour le prouver son ascension vers le vert et argent en direction de son col, et bien qu'aidé par ce dernier le trop petit chaton ne se contenta pas de si peu, et finit par réfugier sa tête dans la chevelure du plus grand, après avoir escaladé une bonne partie d'un uniforme qui peinerait grandement à s'en remettre. Définitivement, l'entente entre les deux ne semblerait être en aucun cas problématique, et tu finis par te décider à compléter la question posée par le désormais futur gardien du Fléreur, car même si tu avais du envisager l'idée que tant repose sur lui et que vous soyez amenés à partager autant, celle-ci n'était pas désagréable.

« - Tu sais Anatoli, j'avais prévu de m'arranger pour lui en restant plus souvent à l'école, et Sirius et moi avons déjà eu un chien pendant au moins six heures en ayant pris des dispositions assez sommaires parce qu'on était plus petits avant que Narcissa ne le remette dehors, et pour Galilée j'avais préparé plus de choses pour qu'il passe inaperçu mais, si tu veux, tu peux le garder pendant les vacances d'été ? Bien sûr je ne t'oblige en rien du tout, et tu peux me répondre que ce n'est pas possible, tu pourras toujours l'avoir avec toi si tu veux à Poudlard, n'est-ce pas ? Je continue d'être légalement son responsable donc tu ne risques rien du tout s'il fait des bêtises, mais tache cependant de ne pas trop le laisser sortir dehors en revanche, qu'il ne prenne pas l'habitude d'aller de plus en plus loin pour finalement tomber sur un Moldu. »

En fait, à partir de ce moment, tu aurais tout donné pour rester proche d'Anatoli et avoir le motif qui justifierait vos multiples échanges si Vassili Slezniov – et tu ne doutais pas qu'il y arriverait – finissait par entendre parler de votre relation. Mais tu pouvais désormais recevoir autant d'avertissements que possibles, et, tu en étais sûr, des plus durs encore que tous ceux que tu avais pris l'habitude de subir sans oser dire le moindre mot de peur qu'ils ne s'aggravent un peu plus, plus rien ni personne n'oserait se mettre en travers de votre amitié – il en était hors de question. Et tu n'en parleras jamais à son jeune frère, parce que Vassili ne vaut pas la peine que ton meilleur ami ne s'attarde ne serait-ce qu'une seule seconde sur ce vautour.


 
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MessageSujet: Re: [Flashback] when July became December their affection fought the cold // Regoli (terminé)   Mer 31 Aoû - 2:20


heartbeats accelerating (x)




L'attention d'Anatoli a quelques ratés – à l'origine de ces heurts, plusieurs troubles ; il y a cette pataude et adorable ascension, d'abord, de la toute petite créature – les minuscules foulées enthousiastes et sautillantes pour s'accrocher aux hanches, puis la remontée sur le chemin de l'abdomen, dont l'uniforme à la mise déjà douteuse est la très regrettée victime collatérale ; quelques secondes, la froide pâleur de son cou semble au petit chat la niche idéale, mais sa gauche escalade ne se fait guère attendre, et il apparaît alors manifestement que Galilée préfère à sa peau laiteuse le désordre sombre de ses cheveux épais. L'adorable escapade de l'animal continue l'ère du sourire sur le visage d'Anatoli, attendri par les remuements soyeux sur son crâne – il s'esclaffe doucement, les juvéniles pattes de l'animal comme des légères chatouilles sur l'épiderme sensible. Et c'est son masque qui se délave aux coins de ce sourire vrai, la cuirasse d'airain qui le voulait maître de la neutralité et détracteur de tout sourire sans torsion ni insanité – une hilarité fugace, oui, mais toute flamboyante de l'éclat blanc de la vérité. Il est, dans cette école, et même dans la vie d'Anatoli, un nombre infime d'êtres qui aient pu s'enorgueillir d'avoir pénétré si loin dans son intimité, qu'ils aient jamais été témoins de ce sourire-là – Regulus Black en fait partie, et le Russe, même le regard affairé dans les méandres douloureuses de leur passé, ne peut regretter l'état actuel de leur relation. Il ne sait pourquoi leurs trois premières années à Poudlard l'ont tant détruit – rien de plus, dans le comportement du jeune Black, a priori, que l'attitude stéréotypée du Serpentard au Sang si magnifiquement pur qu'il ressent le besoin d'accoler l'appellation à son patronyme ; que le comportement ordinaire de ces egos de cauchemar, le menton si haut qu'ils ne voient réellement pas leurs camarades lorsqu'ils parcourent les couloirs. Et puis Anatoli n'a jamais été de ce noyau dur de Serpentard dont son ami fait partie intégrante depuis sa plus tendre enfance – il n'a jamais entretenu d'interactions régulières ni cordiales avec l'un des membres de ce groupe, jamais ; rien de bien surprenant, de fait, que le petit brun l'évite – et personne, d'ailleurs, ne s'en est jamais formalisé outre mesure. Qu'est-ce qui donc a pu rendre Regulus différent au cœur d'Anatoli ? Il n'a jamais tant souffert du rejet de qui que ce soit – car le garçon n'étrennait certainement pas sa liste de rejets, d'une longueur plutôt indécente compte tenu de son jeune âge ; mais jamais, jamais il n'avait eu au cœur ce grand abîme, ce géant aux pieds hérissés de massues qui semble vous piétiner l'âme de ses charges amères – ces poings imaginaires qui semblaient s'abattre en flèche contre son estomac, dès lors que l'autre apparaissait dans son champ de vision, ses nuits écartelées, sacrifiées à l'errance désespérée d'une pensée rudoyée ; ces maux qui l'ont tourmenté trois ans durant, Regulus en a le terrible apanage – et cela, Anatoli ne se l'explique pas. Ce n'est pas que sa réflexion ne se soit pas suffisamment ardemment escrimée sur la question, bien au contraire – il s'en suit même que, depuis leur première année, Regulus est toujours le sujet de ses insomnies, quels que soient les tournants que leurs rapports prennent depuis ce temps-là.

Mais l'instant est au partage, à leurs âmes sur le même plan et à leurs regards perdus l'un en l'autre – la seule présence de Regulus dans cette salle commune, à ses côtés, et ses yeux arrondis par cet étonnement immaculé de l'enfant qui bat des paupières fascinées sur tout ce que le monde a de nouveau suffisent à cette prise de conscience foudroyante, et en un sens dévastatrice, qu'en lui Anatoli a trouvé son exception, la brume enténébrant les normes suffocantes qu'il s'est imposées en tyran intérieur, la grande lézarde de la muraille de ses apparences. C'est l’œil légèrement trop luisant qu'il s'assure de la plaisante continuité de la conversation en cours : Oh, mais ce chat relève clairement de – (une brève cassure confère au timbre un éraillement nouveau – la réalisation l'a saisi brusquement, et c'est la poigne féroce et irrépressible de la lucidité qui, il lui semble, a haché sa respiration et disloqué la fluidité de son expression) de l'exception, le comparer avec les autres serait sous-estimer ses capacités et pas de peu – mais je pense que sa petite excursion te l'a bien montré... C'est qu'il pourrait bien découvrir des salles inexplorées, qui sait ! Enfin défait de la camisole de son embarras, le ton a de gaies élévations, un enthousiasme subit, comme bondi d'un cœur trop longtemps dissimulé sous la chape noire et visqueuse d'une indifférence piquée d'une pointe de dédain – et c'est soudain, sur l’arête ivoirine des pommettes aristocratiques, une jeune flammèche, veule encore, à peine rougeoyante ; le masque qui s'effritant laisse paraître le sang à la surface de la chair – le cœur qui laisse émerger son incarnat triomphant, enfin libre des chaînes d'une futile prétention, d'une afféterie sans fond. Quelques instants lui sont nécessaires pour brouiller sur son teint le rouge fugace qui s'y est logé ; pour tenter, également, de reprendre un contrôle relatif sur son esprit, qu'une brume un peu étrange, toute moite d'une chaleur inédite, a pénétrée. Passant une main précautionneuse à sa nuque, il y rencontre le pelage de Galilée, qu'il cajole un temps – les frictions apaisantes de ses doigts dans la douce fourrure argent sont l'ancrage qu'il lui fallait ; la salle commune, Regulus, son Fléreur et leur conversation – l'instant n'est nullement aux longues introspections tremblantes et autres révélations qui laissent les cœurs et les haleines pantelants ; Regulus lui fait l'honneur de prêter une oreille au moins poliment curieuse – au mieux littéralement fascinée, si Anatoli interprète bien le kaléidoscope d'éclats vifs et irisés dans les prunelles d'azur – et il lui faut s'en montrer digne en lui retournant l'attention infaillible qu'il mérite. Je ne suis pas encore certain mais je crois que je ne le répugne pas tellement... Je serais ravi de veiller sur lui ! J'ai toujours voulu avoir un compagnon – et je dois admettre qu'il est affreusement adorable.

Il est tout à fait rare de voir Anatoli se livrer à cette espèce de badinage éthéré, qui meut ses lèvres avec un entrain déroutant et fait vriller ses œillades plus fortement encore vers Regulus – le masque s'est définitivement liquéfié, démembré par les rayons euphorique du sourire et les chaudes ondes des yeux contentés ; et il devrait s'inquiéter, Anatoli, de cette nudité sociale, au beau milieu de la salle commune des Serpentard – de cette vérité profonde et intime qu'il donne à voir comme on laisse à nu ses cicatrices et les brèches mentales que leur vue fait béer. Pourtant, rien ne semble le gagner que cette impression diffuse d'un envol infime, la plante des pieds à quelques ridicules centimètres du sol seulement – mais qu'est-ce que cette distance ! quand c'est cette électrisante suspension de l'âme, l'insurrection contre la gravité, physique, tangible (les pieds fichés au sol) ou immatérielle, spirituelle (la légèreté arachnéenne de ses pensées, comme un une sorte de cocon nuageux et insonorisé sous son crâne) ; quand c'est l'esprit qui tout entier s'emplit d'un air diaphane et cotonneux – quand c'est la grande reddition de tout son être sous cette paume étrangère qui caresse son cœur, qui en prend possession comme une terre perdue et puis légitimement reconquise. Mais le jeune Slezniov n'a jamais été de ceux qu'on possède, jamais ! il se serait déchiré jusqu'aux sangs pour s'éviter l'opprobre d'un joug, aurait crié jusqu'à en délacer ses cordes vocales dans l'espoir d'étouffer une voix ennemie – et le voilà, pourtant, le sourire et les pensées volatiles, comme transporté ailleurs par quelque grande main transcendante, instance par excellence de cette autorité exécrée avec tant de passion. Mais c'est le corps, c'est le cœur ! qui plient si diligemment, qui affûtent sur le visage du Black le regard, en quête de la plus infime variation, de la plus fugace et dérisoire donnée physique – Anatoli a perçu la descente de la voix, les traits fermés, soudain, sur cet air navré ; il a extrait Regulus de sa zone de confort, c'est manifeste – et si la perspective d'enfin pouvoir converser sur ses intérêts les moins avouables le galvanise bien plus qu'il n'ose l'admettre, jamais il ne s'autorisera à la privilégier au bien-être de son ami. Alors, après un court pas en avant : Rassure-toi, je ne comptais pas dire tout ça ici – il nous faudrait un endroit plus calme, où nous serions certains d'être seuls... Si ça t'intéresse vraiment – ce qui me ravirait, comme tu peux probablement l'imaginer – il faudrait que l'on procède autrement, bien sûr... De son murmure même montent des velours qu'on aurait crus absents de cette gorge osseuse et blanche d'homme en édification – et Anatoli se prend à ne pas honnir immédiatement cette transformation ; il espère cependant que Regulus ne l'aura pas remarquée, sa mue incongrue, son étrange métamorphose bien singulière...

C'est finalement le suprême inattendu de la demande du jeune Black qui le tire de son exquise torpeur déconcertante – et puis Galilée, qui vient la ponctuer d'une descente oscillante jusque dans ses mains ramenées en coupe à hauteur de ses hanches, les effleurements de ses vibrisses dans son cou arrachant un énième sourire à Anatoli. Ses lèvres ont des battements inédits, comme deux cœurs pulsant doucement sur la chair – s'est-il laissé aller à sourire excessivement à Regulus ? Il n'a plus l'envie d'y penser, désormais ; et puis, est-ce bien sa faute si, depuis le début de leur conversation, les sourire ruissellent instinctivement de sa bouche comme ruissellent les flots lorsqu'ils passent une cascade vertigineuse ? Peut-être lui a-t-on jeté un sort ? Il ne se souvient pas avoir déjà tant souri de toute sa courte vie... C'est – je – oui, oui, bien sûr que je le veux ! Je vais beaucoup me renseigner sur les Fléreurs, ne t'en fais pas, je serais un bon maître pour lui – je m'en occuperai bien, tu peux me faire confiance, il sera en sécurité à mes côtés. Je suis – je suis vraiment heureux que tu me le proposes, j'aime déjà Galilée et je vais faire de mon mieux pour être à votre hauteur, à lui et puis à toi aussi, évidemment. Je te le promets. Les phrases  se sont ruées hors de sa gorge en une suite précipitée, presque haletante – si loin du détachement froid qui caractérise son phrasé habituel ; non pas que ses réactions à Regulus se soient jamais conformées à ses normes, ni à quelque autre norme extérieure que ce soit – c'est que l'unique norme de Regulus, aux yeux d'Anatoli, est celle de l'exception...

ω




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[Flashback] when July became December their affection fought the cold // Regoli (terminé)
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